Ce premier crime fut comme le signal des plus énormes injustices. Le
soupçon le plus léger attirait sans examen les plus cruelles disgraces.
Plusieurs familles riches et illustres furent désolées. On en vint
jusqu'à ne plus observer les formes de justice, que les tyrans même
ont coutume de respecter. Il n'était plus besoin d'accusation ni de
jugement: un ordre du prince, sans autre procédure, tenait lieu d'une
condamnation juridique. Gallus et Constantine, comme s'ils eussent
cherché à multiplier les coupables, envoyaient sous main des inconnus
dans tous les quartiers d'Antioche, pour recueillir et leur rapporter
les discours des habitants. Ces ames vénales et perfides s'insinuaient
dans tous les cercles, pénétraient sous l'habit de mendiants dans les
maisons les plus considérables, concertaient ensemble leurs mensonges;
et se rendant au palais par des entrées secrètes, ils envenimaient ce
qu'ils savaient, supposaient ce qu'ils ne savaient pas, et n'omettaient
que les louanges qu'ils entendaient quelquefois donner au prince par
des gens plus circonspects que sincères. Cette sourde inquisition
jetait la défiance dans les familles, elle inquiétait le commerce le
plus intime; et ces rapports infidèles produisaient souvent des scènes
sanglantes. Gallus, non content de mettre en œuvre, comme Tarquin le
Superbe et Tibère, ces indignes ressorts de la politique, faisait
lui-même, ainsi que Gallien, le honteux métier d'espion. Travesti et
accompagné de quelques confidents armés d'épées sous leur robe, il
courait le soir les cabarets et les rues de la ville; et se mêlant
parmi la populace il demandait à chacun ce qu'il pensait du prince.
Mais comme Antioche était pendant la nuit éclairée par des lanternes
publiques, ayant été plusieurs fois reconnu, il s'abstint enfin de
cette curiosité indécente et périlleuse.
[Note latérale: XII. Thalassius tâche en vain de le contenir.