Dès que la saison permit d'ouvrir la campagne, l'empereur marcha vers
les Alpes; et il en força le passage, ayant surpris pendant la nuit
un château défendu par une forte garnison. Un comte nommé Actus, qui
s'était fait prendre exprès par les ennemis, lui en ouvrit les portes.
Le même jour avant midi, Magnence qui ne s'occupait que de spectacles,
apprit cette nouvelle dans Aquilée au milieu d'une course de chevaux.
Il fuit aussitôt avec ce qu'il put rassembler de troupes à la hâte; et
n'osant retourner à Rome, où ses cruautés l'avaient rendu odieux, et sa
défaite méprisable, il prit la route de la Gaule. Quelques escadrons
de cavalerie, envoyés à sa poursuite, l'ayant joint près de Pavie
[_Ticinum_], l'attaquèrent avec plus de chaleur que de prudence, et
furent défaits. Tandis qu'il s'éloignait, Rome et l'Italie se déclarent
pour Constance. On abat les statues du tyran; on en élève au légitime
empereur avec les titres de vainqueur, de restaurateur de Rome et de
l'empire, de destructeur de la tyrannie. Constance fait partir une
armée navale, qui se joint à la flotte d'Alexandrie pour reconquérir
Carthage et l'Afrique; il en envoie une autre en Sicile, et se rend
maître du passage des Pyrénées. Toutes ces contrées rentrent avec
joie sous son obéissance. Pendant le séjour qu'il fit à Milan[10], il
cassa toutes les sentences injustes rendues par le tyran et par ses
officiers; il remit en possession ceux qui avaient été dépouillés de
leurs biens, et ne laissa subsister que les contrats civils, passés
volontairement et selon les règles.
[Note 10: Constance passa dans la Pannonie la plus grande partie de
l'année 351. On voit par ses lois qu'il était à Sirmium le 26 février
et le 5 mars; à Sabaria, le 8 avril; il revint à Sirmium, où il se
trouvait le 27 avril, le 13 mai et le 24 juin. Il était à Milan le 3
novembre; mais bientôt il revint en Pannonie, et il était encore à
Sirmium le 1er décembre.--S.-M.]
[Note latérale: XLII. Embarras de Magnence.
Jul. or. 1, p. 39 et 40.
Amm. l. 15, c. 6.
Zos. l. 2, c. 53.