Theoph. p. 29.]

Gallus approchait de vingt ans, et Julien en avait quatorze, lorsque

Constance, défiant et jaloux, les fit tous deux conduire à Macellum,

au pied du mont Argée, près de Césarée en Cappadoce. C'était un

château du domaine impérial, orné de bains, de jardins, et de fontaines

d'eau-vive. C'eût été pour ces princes un séjour délicieux, s'il n'eût

pas été forcé, et si l'on ne leur eût pas retranché tous les agréments

de la société. On les entretenait avec magnificence; ils étaient servis

par un grand nombre de domestiques; mais on les gardait à vue comme

des prisonniers; l'entrée était interdite à leurs amis, et à tous

les jeunes gens de condition libre. Ils n'avaient de compagnons dans

leurs exercices que leurs esclaves. L'étude aurait pu charmer leur

ennui, et ils ne manquaient pas de maîtres en toute sorte de sciences.

Julien s'en occupait avec plaisir; mais Gallus ne s'y prêtait que par

contrainte: sans goût comme sans génie, il avait un fonds de dureté et

de rudesse, qui s'accrut encore par cette éducation triste et solitaire.

[Note latérale: XXVII. Différent succès des instructions chrétiennes

données aux deux princes.]

Il eut cependant le bonheur de profiter mieux que son frère des

instructions chrétiennes qu'il reçut dans ce séjour. L'empereur avait

eu soin de leur choisir des maîtres chrétiens qui, non contents de leur

expliquer les livres saints et les dogmes de la foi, s'attachaient

encore à les exercer aux pratiques de la religion. On leur inspirait

le goût de l'office divin, le respect pour les personnes consacrées

à Dieu ou distinguées par leur vertu; on les conduisait souvent aux

sépultures des martyrs, qu'ils honoraient de leurs offrandes. On les

fit même entrer dans le clergé: ils furent ordonnés lecteurs, et ils en

firent ensuite la fonction dans l'église de Nicomédie. Julien, souple

et dissimulé, se pliait à ces pieux exercices. Mais son caractère

superbe, peut-être les premières insinuations de Mardonius, et plus

encore la haine qu'il portait à Constance, qui lui procurait cette

éducation chrétienne, entretenaient dans son cœur un secret penchant à

l'idolâtrie. Il s'échappait même, quand il le pouvait faire sans courir

le risque d'être démasqué; et dans les déclamations dont on l'occupait

avec son frère, et qui roulaient quelquefois sur le parallèle des deux

religions, il ne manquait jamais de laisser à Gallus la défense du

christianisme, et se réservait de défendre la cause des dieux, sous

prétexte qu'étant la plus mauvaise, elle était aussi la plus difficile

à soutenir. Il la plaidait de si bonne foi, qu'il avait besoin de

toute son hypocrisie pour étouffer les soupçons et les inquiétudes

de ses maîtres. Mais s'il était assez habile pour les tromper, il

n'en imposait pas à celui qui pénètre les replis des consciences; et

Dieu fit connaître dès lors qu'il voyait le fond de son cœur. Les

deux frères entreprirent de bâtir une église sur le tombeau de saint

Mamas, célèbre martyr de Cappadoce. Ils partagèrent entre eux le soin

de cet édifice, s'efforçant à l'envi de se surpasser en magnificence.

Les travaux de Gallus ne rencontraient aucun obstacle; mais ceux de

Julien étaient arrêtés et détruits par une main invisible. Tantôt ce

qui était élevé s'écroulait tout à coup; tantôt la terre se soulevant

repoussait les fondements qu'on y voulait asseoir. On fut obligé

d'abandonner l'ouvrage, et le saint martyr sembla rejeter avec horreur

les hommages d'un ennemi caché, qui devait un jour déclarer la guerre

aux successeurs de sa foi et de son courage. Saint Grégoire de Nazianze

offre de produire un grand nombre de témoins oculaires de ce prodige;

et la mémoire en était encore récente du temps de Sozomène.

[Note latérale: XXVIII. Gallus déclaré César.

Idat. chron. Buch. Cycl. p. 241, 251 et 253.

Amm. l. 14, c. 11.

Aur. Vict. de cæs. p. 180.

Vict. epit. p. 226.

Zos. l. 2, c. 45.

Liban. or. 10. t. 2, p. 264.

[Socr. l. 2, c. 29.]

Soz. l. 5, c. 2.

Philost. l. 3, c. 25, et l. 4, c. 1.

Chron. Alex. vel Pasch. p. 292.

[Theoph. p. 33.]

Zon. l. 13, t. 2, p. 16.

[Cedren. t. 1, p. 302.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 40 / 331 题