Joan. Ant. in excerpt.]

L'Illyrie lui échappa. A la nouvelle de la mort de Constant, Vétranion,

général de l'infanterie dans la Pannonie, fut proclamé Auguste le

premier de mars[2], à Sirmium ou à Mursa, par les soldats qui le

chérissaient. C'était un vieillard expérimenté dans la guerre, qu'il

pratiquait depuis long-temps avec succès. Il s'était fait aimer des

troupes par sa probité, par sa douceur, et par une simplicité grossière

qui le rapprochait beaucoup de ses soldats. Né dans les pays incultes

de la haute Mésie, il était resté dans une ignorance si barbare, qu'il

lui fallut apprendre à lire quand il se vit empereur; mais il fut

dépouillé de l'empire avant que d'avoir eu le temps de connaître toutes

les lettres. Selon plusieurs historiens ce fut Constantine elle-même,

fille de Constantin et veuve d'Hanniballianus, qui le revêtit de la

pourpre impériale. Elle voulait l'opposer au torrent de la révolte

qui avait déja entraîné le reste de l'Occident. Elle craignait que

son frère Constance, alors occupé contre les Perses, ne pût arriver

assez à temps pour y résister; et elle se croyait en droit de donner

le titre d'Auguste, parce qu'elle l'avait elle-même reçu de son père

Constantin. Vétranion fit écrire à Constance: il lui protestait qu'il

ne se regardait que comme son lieutenant; et qu'il n'avait accepté le

nom d'empereur qu'afin de profiter contre Magnence de l'affection des

soldats; il lui demandait de l'argent et des troupes, et l'exhortait

à venir lui-même repousser l'usurpateur. Ce vieux soldat connaissait

peu le caractère jaloux et insociable de la puissance souveraine; il

ignorait que c'est un crime de s'asseoir à côté d'elle, fût-ce pour la

servir. Constance, plus politique, feignit de lui savoir gré de son

zèle: il approuva son élection; il lui envoya même le diadème et des

sommes d'argent, et il ordonna aux légions de Pannonie de se réunir

sous ses drapeaux.

[Note 2: Le 1er de mai selon Idatius.--S.-M.]

[Note latérale: X. Entreprise de Népotianus.

Aur. Vict. de cæs. p. 180.

Vict. epit. p. 226.

Eutr. l. 10.

Zos. l. 2, c. 43.

Hier. chron.

Socr. l. 2, c. 25.

Soz. l. 4, c. 1.

Idat chron.

Chron. Alex. vel Pasch. p. 289.

Banduri, In Nepotiano.

[Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 119.]]

Dans cette agitation de tout l'Occident, il s'éleva un troisième parti.

Népotianus,[3] qui avait, comme nous l'avons dit, échappé au massacre

de sa famille, refusa aussi de reconnaître Magnence pour son empereur.

Neveu de Constantin, fils d'un consul, revêtu lui-même en 336 de la

dignité consulaire, il ne se croyait pas né pour reconnaître les ordres

d'un soldat de fortune. Ayant rassemblé une multitude de bandits,

de gladiateurs et de gens perdus de débauche, et abîmés de dettes,

il vient le 3 juin se présenter aux portes de Rome avec le diadême.

Anicetus préfet du prétoire sort à la tête d'une foule d'habitants mal

armés, encore plus mal en ordre. Les troupes de Népotianus n'étaient

guère mieux aguerries. Cependant dès la première attaque ceux-ci

mettent les habitants en fuite. Le préfet, craignant pour la ville,

s'y retire avec une partie des fuyards, fait fermer les portes, et

abandonne les autres à la merci des ennemis qui en font une horrible

boucherie. Népotianus avait des intelligences dans Rome: on massacre

le préfet; on ouvre les portes au vainqueur, qui laisse ses soldats se

rassasier de butin et de carnage. Les places, les rues, les maisons,

les temples sont inondés de sang; et le nouveau tyran, fier d'une si

belle victoire, prend le nom de Constantin[4]. Il ne le porta que

vingt-huit jours. Magnence envoie contre lui une armée commandée par

Marcellinus, qu'il avait fait grand-maître du palais. Les habitants de

Rome, trahis encore par un sénateur nommé Héraclide, sont vaincus dans

un grand combat. Cette ville infortunée est une seconde fois le théâtre

d'une révolution sanglante. Népotianus est tué, et sa tête portée au

bout d'une lance annonce une nouvelle proscription.

[Note 3: On voit par ses médailles qu'il s'appelait Flavius

Popilius Népotianus.--S.-M.]

[Note 4: Il existe quelques médailles, sur lesquelles il prend

le nom de Constantin. Voyez Eckhel, _Doct. num. vet._ t. VIII, p.

119.--S.-M.]

[Note latérale: XI. Tyrannie de Magnence.

Ath. apol. ad Const. t. 1, p. 299.

Jul. or. 1, p. 34; or. 2, p. 58, ed. Spanh.

Them. or. 3, p. 43.

Hier. chron.

Eutr. l. 10.

Aur. Vict. de cæs. p. 180.

Socr. l. 2, c. 32.

Grut. inscript. p. 291, nº 10.

Murat. inscript. p. 262. nº 1.

Banduri, in Magnent.

[Eckhel, doct. num. vet. t. VIII, p. 121 et 122.]]

Magnence vient jouir de sa conquête: le massacre des citoyens les plus

considérables lui tient lieu de triomphe. Il fait mourir Eutropia,

dont tout le crime était d'être mère de Népotianus. Les Barbares, tels

que les Germains et les Iazyges, qui composaient une partie de son

armée, assouvissent la haine naturelle qu'ils portaient au nom romain.

Marcellinus le maître de Magnence, plutôt que son ministre, s'attache

surtout à éteindre tout ce qui tenait par des alliances à la maison

impériale. Au milieu de ces désastres, la crainte, qui affecte les

dehors de l'admiration et de la reconnaissance, prodigue à l'oppresseur

les titres de libérateur de Rome et de l'empire, de réparateur de la

liberté, de conservateur de la république, des armées et des provinces.

On ne célèbre sur ses monuments et sur ses monnaies que le bonheur,

la gloire et le rétablissement de l'état[5]. Magnence enivré de ces

fausses louanges, pour persuader au peuple, et peut-être à lui-même,

qu'il les a méritées, fait arrêter plusieurs officiers de son armée,

qui s'étaient distingués dans le massacre; il les punit de lui avoir

obéi, et les sacrifie à la vengeance publique. Mais en même temps il

ne relâche rien de sa tyrannie. Il oblige par un édit tous les Romains

sur peine de la vie à porter au trésor la moitié de la valeur de

leurs biens; et contre les lois anciennes et nouvelles, il permet aux

esclaves de dénoncer leurs maîtres. C'était les y exciter. Il contraint

les particuliers d'acheter les terres du domaine. Son avarice n'était

pas le seul motif de ces tyranniques ordonnances. Il faisait d'immenses

préparatifs, et rassemblait des troupes de toutes parts, pour soutenir

la guerre contre Constance: car il méprisait la vieillesse imbécille

de Vétranion. Les troupes romaines répandues dans la Gaule et dans

l'Espagne, les Francs, les Saxons et les autres Barbares d'au-delà du

Rhin, attirés par l'appât du pillage, se mettent en mouvement pour se

rendre sous ses enseignes. Les garnisons quittent la frontière. Chaque

ville de la Gaule devient un camp. On ne rencontre sur les chemins

que fantassins, cavaliers, gens de trait. Les Alpes sont sans cesse

hérissées de lances et de piques; toutes ces bandes comme autant de

torrents fondaient en Italie; et la terreur était universelle.

[Note 5: Les médailles de Magnence portent les légendes BEATITVDO.

PVBLICA. ou LIBERATOR. REIPVBLICAE. ou RENOBATIO (_sic_). VRBIS. ROME

(_sic_). ou RESTITVTOR. LIBERTATIS. Les mêmes expressions se retrouvent

dans les inscriptions faites en l'honneur de ce tyran.--S.-M.]

[Note latérale: XII. Guerre de Perse.

Liban. or. 10, t. 2, p. 309 et 310.

Zos. l. 2, c. 45.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 29 / 331 题