Ce prince, placé entre les catholiques qu'il protégeait, les hérétiques
qu'il rejetait, et les païens dont il tâchait d'anéantir le culte, a
été regardé de son temps et montré à la postérité sous des aspects
entièrement opposés; et jamais souverain n'a laissé une réputation
plus équivoque. Les écrivains catholiques les plus respectables, et
même des pères de l'Église, l'ont comblé de ces louanges générales que
l'enthousiasme de la reconnaissance produit souvent, mais n'accrédite
pas toujours: ils ont été jusqu'à lui donner le nom de bienheureux.
Si l'on en croit, au contraire, les auteurs païens, c'était un tyran
cruel, d'une avarice insatiable, fier, imprudent, impétueux, exécrable
par ses propres vices et par ceux de ses ministres; un ingrat, qui
ne payait que de mépris les services des gens de guerre. L'heureuse
température de l'air, la fertilité des années, la tranquillité des
Barbares auraient, pendant tout le cours de son règne, rendu ses
sujets fortunés, s'il ne les eût affligés lui-même par des fléaux
plus terribles que la peste, la famine et la guerre: c'étaient les
magistrats pervers auxquels il vendait à prix d'argent le gouvernement
des provinces. On lui reproche même ce vice honteux qui fait rougir
la nature. Il était sans cesse environné de jeunes efféminés, qu'il
choisissait entre les otages que lui envoyaient les Barbares, ou qu'il
faisait acheter dans les pays étrangers; et pour les récompenser de
leur criminelle complaisance, il leur abandonnait les biens et le sang
de ses sujets. Passionné pour la chasse, souvent elle lui servait
de prétexte pour aller cacher au fond des forêts l'horreur de ses
débauches. Sa santé en fut altérée; il perdit l'usage des mains et
des pieds; et les douleurs de la goutte, dont il était tourmenté, le
punissaient sans le corriger.
[Note latérale: III. Ministres de Constance.
Liban. or. 7, t. 2, p. 212, ed. Morel. Amm. l. 16. c. 7.
[Hieron. chron.]
Eunap. in Prohæres. p. 89, ed. Boiss.