M. LE COMTE DE CHAMBORD À M. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND.

«Magdebourg, le 30 septembre 1843.

«Vous savez, Monsieur le vicomte, que je désire depuis longtemps

vous voir pendant quelque temps auprès de moi. Des obstacles qui

m'ont vivement contrarié s'y sont opposés jusqu'ici, mais une

circonstance, qui me paraît favorable, s'offrant à moi, je

m'empresse d'en profiter pour faire appel à votre dévouement. Après

y avoir mûrement réfléchi, je me suis décidé à aller en Angleterre.

Sans doute on peut faire des objections contre ce voyage, surtout

dans le moment présent; mais il m'a paru que je devais avant tout

chercher à me rapprocher de la France, et à entrer en relation avec

les hommes qui peuvent le plus m'aider de leurs bons conseils et de

leur influence.

«Je serai à Londres dans la première quinzaine de novembre, et je

désire bien vivement qu'il vous soit possible de venir m'y

rejoindre: votre présence auprès de moi me sera très-utile et

expliquera mieux que toute autre chose le but de mon voyage. Je

serai heureux et fier de montrer auprès de moi un homme dont le nom

est une des gloires de la France, et qui l'a si noblement

représenté dans le pays que je vais visiter.

«Venez donc, Monsieur le vicomte, et croyez bien à toute ma

reconnaissance et au plaisir que j'aurai à vous parler de vive voix

des sentiments de haute estime et d'attachement dont j'aime à vous

renouveler ici la bien sincère assurance.

«HENRY.

«Mes compliments affectueux, je vous prie, à Mme la vicomtesse de

Chateaubriand.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 200 / 214 题