«Paris, 15 octobre 1836.
«Me voilà loin de vous, et vous serez longtemps sans me revenir.
Oh! ne tardez pas trop, je vous prie: c'est votre faute de m'avoir
habitué à ne pouvoir me passer de vous. Le beau temps est revenu;
je regrette de n'avoir pas fait la course de Malesherbes[100].
Savez-vous pourquoi? c'est qu'en courant les chemins, je me serais
moins aperçu du vide que me fait votre absence: vous avez l'esprit
si mal fait, que vous prendrez peut-être ceci de travers.
«J'ai été charmé de vos hôtes, je vous prie de leur dire tous mes
regrets; Mme de Noailles m'a permis de revenir, et m'a promis de ne
rien changer du tout à ma chambre. J'ai pris mes _vues_ du château;
M. de Noailles en sera content, du moins je ferai de mon mieux.
«Mille choses à mon vieil et à nos jeunes amis. À jeudi donc!
Revenez; j'écrirai demain à Montigny, mais il faudra que j'envoie
chercher l'adresse: je ne la sais pas.
«17 octobre 1836.
«Je suis bien malheureux ici sans vous; je ne sais que faire. Hier,
j'ai passé la journée assis sur des pierres, sur la place Louis XV,
à regarder l'obélisque, ou plutôt à ne rien regarder.
«Mais enfin vous revenez ici jeudi; je regrette toujours de n'être
pas allé à Malesherbes. Je ne sais plus ce que je fais, car je n'ai
rien à faire; il est bien temps que nous partions pour l'Italie.
«_La Revue de Paris_ contient ce matin un article de Nisard fort
rude; voilà Sainte-Beuve à l'aise: il ne sera pas arrêté, s'il le
veut, par les louanges de Nisard.
«Revenez, revenez.»
M. de Chateaubriand tint la promesse qu'il avait faite à la duchesse de
Noailles, et qu'il rappelle dans sa lettre à Mme Récamier, quand il dit
qu'il a pris _ses vues_ du château. Il data de Maintenon un chapitre
qu'il destinait à ses Mémoires. Ce chapitre cependant n'y fut pas
inséré; le manuscrit en fut donné par l'auteur à Mme Récamier. Nous
l'insérons ici à la date de l'année où il fut écrit.