«Padoue, ce 20 septembre 1833.
«Je vous ai écrit hier de Ferrare le changement survenu dans ma
marche. Je voulais envoyer Hyacinthe à Paris vous porter des
détails, mais je serais resté tout seul, et j'ai besoin de lui pour
mille choses. Vous n'aurez donc que cette lettre. _On_ ne voulait
pas faire le grand voyage sans moi, _on_ n'osait pas se présenter
seule; _on_ m'a supplié d'achever mon oeuvre de réconciliation. Tant
de malheur, de courage et de grandeur déchue, se réfugiant dans ma
chétive vie, ont vaincu ma résistance; après avoir montré tous les
inconvénients pour moi et pour les autres de cette résolution, _on_
s'est obstiné, et je n'ai plus eu qu'à obéir. J'ai mis dans mes
conditions que je serais libre aussitôt que j'aurais touché le but,
et que je pourrais à l'instant retourner à Paris, c'est-à-dire
auprès de vous. Vous me reverrez le 15 d'octobre. C'est bien
dommage! J'espérais faire la Saint-François dans mon infirmerie
avec mes vieux prêtres et recevoir de vous ma bonne fête. J'étais
assez content de ma course italienne. À Venise, imaginez-vous que
j'avais retrouvé _la Zanze_! et que j'étais à la découverte du plus
beau roman du monde! L'histoire est venue l'étrangler; enfin, vous
en verrez le premier chapitre.
«Écrivez-moi, je vous en supplie, un mot poste restante _où_[96]
vous m'écriviez au mois de mai. Je voudrais vous savoir guérie. Je
n'ai pas besoin de vous recommander mes intérêts ou plutôt les
_nôtres_, et de veiller aux interprétations, sans les prévenir.
«Toujours souvenirs à nos jeunes amis; à vous des hommages qui sont
un culte.
«Je pars ce soir de Padoue. Je devance mon illustre suppliante,
avec une lettre pour le terrible tuteur. Je vous écrirai quelques
lignes de la route.»