«Schaffhouse, samedi 18.
«Je viens de voir la chute du Rhin à cause de vous. Je n'ai pu que
la regarder un moment, penser à vous et partir. Je n'ai pas couché
une seule nuit. J'arriverai à ma destination lundi 20. Je
n'espérais pas arriver avant le 24; c'est quatre jours gagnés sur
mon retour. Mme de Sainte-Aulaire[90] passe aujourd'hui ici; nous
n'allons pas au même roi. À bientôt. N'oubliez pas le souvenir aux
amis de la petite chambre.
«Waldmünchen, 22 mai 1833.
«J'ai été arrêté ici faute de chevaux à cinquante lieues du but de
mon voyage. J'ai perdu vingt-quatre heures; elles m'ont été bien
utiles pour prendre un peu de repos, j'étais accablé de fatigues et
de veilles. Je ne puis vous écrire que quelques mots en courant. Ce
qu'il y a de sûr, c'est que je ne veux plus quitter mes amis, et
qu'en voilà assez et trop de voyages. Je ne songe qu'à vous revoir:
je compte les heures. À bientôt, j'espère. Mais quand saurai-je de
vos nouvelles! que le temps est long!
«Parlez de moi à la petite société de l'Abbaye.»
M. de Chateaubriand arriva à Prague le 24 mai, il y passa trois jours.
Il faut relire dans ses _Mémoires_ le récit de sa visite au vieux roi
exilé, _aux enfants_ dont il parle avec un respect attendri et une grâce
toute particulière. Ce récit restera comme un des morceaux les plus
achevés de ces _Mémoires_, si diversement et si injustement appréciés,
et qui renferment pourtant des beautés du premier ordre. La postérité,
plus équitable que les contemporains, rendra à cet ouvrage son véritable
rang.
Au moment de partir pour Carlsbad où se trouvait Mme la Dauphine, M. de
Chateaubriand écrit à Mme Récamier.