LE MÊME.

«Bâle, 17 mai 1833.

«Me voilà à Bâle sans accident. Vous y étiez l'année dernière. Vous

avez vu passer ce beau fleuve qui va vous porter en France, un

moment, de mes nouvelles.

«Les voyages me rendent toujours force, sentiment et pensée; je

suis fort en train d'écrire le nouveau prologue d'un _livre_. J'ai

lu Pellico[89] tout entier en courant. J'en suis ravi; je voudrais

rendre compte de cet ouvrage, dont la sainteté empêchera le succès

auprès de nos révolutionnaires, libres à la façon de Fouché.

N'êtes-vous pas enchantée de la _Zanze sotto i Piombi_? et le petit

sourd-muet? et le vieux geôlier Schiller, et les conversations

religieuses par la fenêtre, et notre pauvre Maroncelli? et cette

pauvre jeune femme du _sopr'intendente_, qui meurt si doucement? et

le retour dans la belle Italie?

«Pellico avait des visions; je crois que le diable lui a montré

quelques pages de mes Mémoires. Au surplus, son génie est peu

italien, et il parle une langue différente de celle des anciens

classiques de l'Italie. J'ai de la peine à lui passer ses

gallicismes, ses _chi che si fasse_, ses désagréables _parecchi_,

etc. Mais, bon Dieu! que vous dis-je là et quel rapport cela a-t-il

au but de mon voyage? C'est ce maudit Rhin, qui a vu César, et qui

rit de me voir courir après des empires.

«Ne m'oubliez pas; n'oubliez pas de me rappeler à la mémoire de mes

amis, et surtout de M. Ampère.

«J'écrirai de je ne sais où, car je ne sais plus par où je dois

aller. À bientôt.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 157 / 214 题