LE MÊME.

«Rome, mardi 10 février 1829, 11 heures du soir.

«Je voulais vous écrire une longue lettre, mais la longue dépêche

que j'ai été obligé d'écrire de ma propre main, et la fatigue de

ces derniers jours, m'ont épuisé.

«Je regrette le pape. J'avais obtenu toute sa confiance. Me voilà

maintenant chargé d'une grande mission. Il m'est impossible de

savoir quel en sera le résultat, et quelle influence elle aura sur

ma destinée.

«Les conclaves durent ordinairement deux mois, ce qui me laissera

toujours libre pour Pâques. Je vous parlerai bientôt à fond de tout

cela.

«Imaginez-vous qu'on a trouvé ce pauvre pape, jeudi dernier, avant

qu'il fût malade, écrivant son épitaphe. On a voulu le détourner de

ces tristes idées: «Non, non, a-t-il dit, cela sera fini dans peu

de jours.»

«Pour m'achever, Mme de Chateaubriand est assez malade et dans son

lit depuis trois jours. Toutes les joies du carnaval, grâces à

Dieu, sont finies. Plus de dîners, de bals, etc. Les Anglais

partent et vont danser à Naples et à Florence.

«Je vais avoir maintenant une multitude de courriers. J'en

profiterai; profitez-en à votre tour.

«Je vous prie de faire venir Bertin et de lui lire quelque chose de

cette lettre, en lui disant qu'il m'a été impossible, dans les

embarras où je suis, d'écrire à personne. Recommandez-lui de ma

part l'éloge du pape et de Bernetti. Il n'y avait rien de plus

tolérant et de plus modéré, témoin leur conduite pour les

ordonnances, et la confiance et l'estime que le pape me témoignait

en toute occasion. Bernetti est tout à fait un homme d'État.

«À bientôt.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 119 / 214 题