«Rome, samedi 6 décembre 1828.
«Je suis réduit à vous répéter ce que je vous dis à chaque poste,
que je suis bien malheureux ici sans vous. Me voilà dans toutes les
horreurs du _grand ricevimento_ qui a lieu mardi prochain. Les
_gentilshommes_ ont fait des sottises: ils ont _mal prié_ les
cardinaux. Grande rumeur; il a fallu réparer ce crime d'étiquette.
Vous sentez comme tout cela me va, et quelle occupation pour moi!
Enfin il faut subir son sort. Samedi 13, je serai transformé en
chanoine. Cela enchantait le duc de Laval, et moi je suis au
supplice. De fête en fête, j'arriverai, j'espère, à la bonne, à la
véritable: je vous retrouverai. Cette espérance m'empêche de mourir
sous le poids de mes honneurs.
«Je viens de terminer un assez long mémoire sur les affaires de
l'Orient, et j'attends un courrier sûr pour le faire passer à M. de
La Ferronnays. Je crois y avoir tracé convenablement la route à
suivre, pour les intérêts généraux de la civilisation et les
intérêts particuliers de la France. La Ferronnays m'avait demandé
mes idées, je les lui communique. Le conseil et le roi sauront du
moins que je suis bon à quelque chose, et que j'entends le métier
que je fais.
«_Moïse_ est une autre affaire, elle est entre vos mains. Elle
prospérera, parce que tout va bien, quand vous vous en mêlez. Il me
tarde de savoir comment la chose marche, si l'on apprend les rôles,
si la musique est en train, si les décorations se peignent. Hérard,
comme je vous l'ai dit, comptera les quinze mille francs. Encore
fermer une lettre, sans en avoir reçu de vous!»