LE MÊME.

«Rome, le mardi 2 décembre 1828.

«Voilà enfin M. de Ganay, il m'apporte trois lettres de vous; l'une

du 11, l'autre du 18, la troisième du 21 novembre. Je vous remercie

mille fois. Soyez bien tranquille sur mes sentiments pour vous,

rien ne peut les arracher de mon coeur, ils dureront autant que ma

vie. Je ne vous parlerai plus de ma vieillesse; je vous trouverai

jeune à cent ans.

«Laissez dire les amis au sujet de _Moïse_. Bertin m'écrit aussi à

ce sujet; ce qui l'inquiète, lui, c'est la médiocrité des acteurs.

Ce qui anime Mme d'Ag., c'est une certaine antipathie des succès

arrivés ou à craindre qui lui est naturelle. Laissons faire le

temps. Il faut accomplir son sort; il faut que _Moïse_ soit joué.

S'il tombe, peu m'importe; s'il réussit en dépit de tous les

obstacles, une couronne va bien, et l'on se range du côté du

_pouvoir_. Fermez donc l'oreille à tous ces bruits, ou plutôt ne

les écoutez pas. Ayez le même courage que moi.

«On m'écrit de Paris mille rabâchages de ministère; je ne veux plus

entendre parler de tout cela; je ne veux plus rien que mourir

auprès de vous à Rome ou à l'Infirmerie. Je ne prends donc à rien

de ce qu'on me dit. Je n'ai qu'un moment pour mettre cette lettre à

la poste avant le départ du courrier. Jeudi je reviendrai sur vos

lettres. C'est aujourd'hui un simple _accusé de réception_. Je suis

inébranlable sur _Moïse_: allez en avant, et n'écoutez rien.

«Quel désastre dans cette pauvre infirmerie! À vous, à vous.

«Dites, je vous prie, à M. de Barante, que je lui répondrai (il

m'écrit), et remerciez-le de son obligeante mention à l'Académie.

«Je reçois des dépêches de Morée. Peut-être expédierai-je cette

nuit un courrier extraordinaire à Paris. Autre occasion de vous

écrire et de recevoir par le retour de ce courrier des lettres de

vous.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 91 / 214 题