LE MÊME.

«Samedi, Rome, 1er novembre 1828.

«Le courrier qui m'a apporté jeudi dernier une lettre de Paris à

neuf jours de date m'apprenait le retour de M. de La Ferronnays qui

a dû reprendre son portefeuille: depuis nous avons reçu par

estafette la nouvelle de la prise de Varna. Ainsi, tout ce qui

pouvait amener un mouvement politique en France, et rendre

incertaines les destinées particulières, paraît dans ce moment

écarté, et c'est à nous à faire nous-mêmes nos destinées. Quant aux

miennes, elles dépendent de vous et elles sont décidées: ou vous

viendrez passer quelque temps avec nous, et nous nous en retournons

tous ensemble; ou je vais vous retrouver au printemps.

«C'est ce matin même, et dans deux heures, que Mme de Chateaubriand

est présentée au pape dans la chapelle Sixtine. Je ne sais comment

elle supportera la cérémonie; elle est extrêmement souffrante. Le

4, nous avons la Saint-Charles; le pape viendra à Saint-Louis le

matin, et le soir le prince royal de Prusse viendra chez moi. Nous

n'aurons qu'une petite fête, n'ayant rien encore. Je vous quitte

pour m'habiller. Je présente Mme de Chateaubriand en revenant du

Vatican.

«Mme Salvage sera peut-être ici pour la Saint-Charles. Quel bonheur

de parler de vous!

«Une heure.

«Mme de Chateaubriand a soutenu la cérémonie sans trop de fatigue.

Le pape a été fort gracieux. Mais le courrier de Florence a manqué,

et par conséquent, point de lettre de vous.

«Celui d'Ancône apporte le _Constitutionnel_ du 21, où est un long

article sur la probabilité de la nomination de M. de La Ferronnays

à la présidence du conseil. Je n'y crois pas, mais je le

désirerais: cela ferait le dénoûment naturel de mon affaire.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 79 / 214 题