«Samedi, 10 heures.
«J'ai refusé Villèle à midi. Le roi m'a envoyé chercher à quatre et
m'a tenu une heure et demie à me prêcher, et moi résistant. Il m'a
donné enfin l'_ordre_ d'obéir. J'ai obéi. Me voilà resté auprès de
vous. Mais je périrai dans le ministère. À vous!»
LE DUC MATHIEU DE MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.
«Val-du-Loup, ce 31 décembre 1822.
«J'avais la confiance de recevoir une lettre de vous, aimable amie,
quoique vous aimiez peu à écrire; je ne vous en fais nullement le
reproche: car c'était aussi à moi à vous prévenir, d'après la
manière si bonne, si délicate dont vous avez été pour moi dans
cette occasion. Mon coeur en garde un profond souvenir. Je vous
plains réellement de vous trouver ainsi placée entre un ministre
sortant et un ministre entrant à la même place: outre l'ennui des
pétitions qui ne feront que changer d'adresse, nos rapports gâtés
et nos deux dernières lettres en particulier vous causeront un
sentiment pénible, que je voudrais adoucir. Vous me reprocherez
peut-être d'avoir été un peu sec; il fallait l'être ou prendre la
chose au sensible, ce qui était une véritable duperie.
«Je causerai de tout cela avec vous demain à huit heures; c'est mon
rendez-vous de bonne année auquel je tiens beaucoup.
«Le temps est triste, surtout depuis la neige, la solitude
profonde; mais tout cela est très-supportable. Ce qui le serait
moins, ce serait l'absence de mes amis.
«Adieu, adieu. Vous savez quelle place vous occupez. Hommages bien
tendres.»