devoirs, envers soi-même, envers les autres, envers les dieux.
*Flagitium* est un manquement contre soi-même, contre son propre
honneur, par débauche, inconduite, lâcheté, bref, par des
actions qui proviennent de faiblesse morale plutôt que d’une
force déréglée, par des manifestations de l’*ignavia*; c’est une
turpitude. *Scelus* est un manquement contre les autres, contre
les droits des particuliers ou la paix de la société, par
brigandage, meurtre et surtout par sédition, bref, par des
manifestations de la *malitia*, un crime. *Nefas* est un
manquement contre les dieux ou la nature, par blasphème, pillage
d’un temple, meurtre de parents, trahison envers la patrie,
bref, par des manifestations de l’*impietas*, un sacrilége.
Deligere. Eligere.
*Deligere*, faire son choix, ne pas laisser plus longtemps le
choix en suspens; *eligere*, choisir et ne pas prendre le
premier venu.
—Delirium, v. *Amens*.
—Demens, v. *Amens*.
—Delubrum, v. *Templum*.
Demere. Adimere. Eximere. Auferre. Eripere. Surripere. Furari.
1. *Demere*, *adimere* et *eximere*, enlever sans violence et
sans ruse. *Demere*, séparer une partie d’un tout qui se trouve
diminué par là; il a pour opposé *addere* et *adjicere*;
*adimere*, prendre un bien à un propriétaire qui en devient plus
pauvre; il a pour opposés *dare* et *reddere*; enfin, *eximere*,
ôter un mal à une personne qui se sent alors comme allégée d’un
fardeau.
2. *Auferre*, *eripere*, *surripere* et *furari* impliquent une
idée d’arbitraire et d’injustice. *Auferre* est le terme
général; c’est à peu près prendre. *Eripere*, prendre par
violence, comme arracher; *surripere* et *furari*, secrètement
et par ruse; mais *surripere*, par un détournement qui peut
avoir pour motif une nécessité de légitime défense et de
prudence; *furari*, en pratiquant le méprisable métier de
voleur. Sen. Prov. 5. Quid opus fuit *auferre*? accipere
potuistis; sed ne nunc quidem *auferetis*, quia nihil eripitur
nisi retinenti. Où était la nécessité de prendre? vous n’aviez
qu’à ouvrir la main pour recevoir. Et il ne vous sera pas donné
de prendre, même à présent, car on n’arrache rien qu’à celui qui
veut garder. Cic. Verr. I, 4, 60. Si quis clam *surripiat* aut
*eripiat* palam atque *auferat*. Qu’on dérobe secrètement ou
qu’on arrache ouvertement et qu’on prenne. Et II, 1, 13. Non
*furem* sed *ereptorem*. Ce n’est pas un voleur, mais un
ravisseur.
—Demoliri, v. *Destruere*.
—Denegare, v. *Negare*.
—Denuo, v. *Iterum*.
—Demori, v. *Mors*.
—Densus, v. *Angustus*.
—Deplorare, v. *Lacrimare*.
Depravare. Corrumpere.
*Depravare*, terme relatif, gâter, mais de manière qu’on puisse
encore réparer le mal; il se dira de ce qui a pris un mauvais
pli; *corrumpere*, terme absolu, abîmer, mettre hors d’usage, en
sorte qu’il n’y ait plus de remède; il se dira de ce qui est
brisé.
—Deridere, v. *Ridere*.
—Desciscere, v. *Turbæ*.
—Desertum, v. *Solitudo*.
—Deserere, v. *Relinquere*.
—Desiderare, v. *Requirere*.
Desinere. Desistere.
*Desinere* marque un fait et se dit des personnes, des choses et
des actions, comme cesser; *desistere* marque un acte de volonté
dont les personnes seules sont capables, comme renoncer.
—Desolatus, v. *Relinquere*.
—Despicere, v. *Spernere*.
—Desperare, v. *Exspes*.
Destinare. Obstinare. Decernere. Statuere. Constituere.
1. *Destinare* et *obstinare* présentent une résolution à
laquelle on s’arrête, comme un acte psychologique; *decernere*
et *statuere*, comme un acte politique.
2. *Destinare*, prendre un parti décisif dont les conséquences
sont prévues; *obstinare*, prendre une résolution irrévocable
dans laquelle on persiste avec opiniâtreté ou entêtement.
3. *Decernere* désigne comme conclure le résultat définitif
d’une délibération en forme ou pour le moins d’un examen conduit
avec la gravité qui préside à une discussion entre collègues;
*statuere* marque comme résoudre le terme d’une situation
incertaine, et on emploie dans le même cas *constituere*, quand
le sujet ou le régime de l’action est au pluriel. Cic. Fr.
Tull.[1] Hoc judicium sic exspectatur, ut non *unæ* rei
*statui*, sed omnibus *constitui* putetur. Ce qu’on attend de ce
jugement, ce n’est pas tant une décision sur un intérêt
particulier qu’un règlement sur un intérêt général.
—1 Tome XXXVI, p. 269, §9 dans le Cicéron de la collection
Panckoucke.
—Destinatio, v. *Pervicacia*.
—Destituere, v. *Relinquere*.
Destruere. Demoliri.
*Destruere*, abattre une œuvre d’art; *demoliri*, une
construction solide.
Deterior. Pejor.
*Deterior* se dit, comme χείρων, de celui qui est inférieur aux
autres, qui est moins estimable; *pejor*, comme ϰαϰίων et pire,
de celui qui est plus corrompu, plus dangereux. On trouve dans
Sall. Or. Phil. 3. Æmilius omnium flagitiorum postremus, qui
*pejor* an *ignavior* sit deliberari non potest. Æmilius, le
dernier de tous les misérables. Est-il plus méchant que lâche ou
plus lâche que méchant? c’est ce qu’il est impossible de
décider. Et dans ce passage *deterior* ne formerait pas un
contraste avec *ignavior*. Catulle emploie, en badinant, le
superlatif *pessimi*, qui contient l’idée d’une certaine
énergie; *deterrimus*, pitoyable ou chétif, ne se dit jamais par
plaisanterie.
—Detestari, v. *Abominari*.
—Detrectatio, v. *Invidia*.
—Deus, v. *Numen*.
—Detinere, v. *Manere*.
—Detrimentum, v. *Damnum*.
Deversorium. Hospitium. Caupona. Taberna. Popina. Ganeum.
*Deversorium*, tout quartier où l’on descend tant que dure un
voyage, dans une propriété à soi, chez des amis, chez des
hôteliers; *hospitium*, l’asile qu’on trouve chez un ami avec
lequel on est en relation d’hospitalité; *caupona*, l’auberge;
tous ces lieux fournissent le logement comme des hôtelleries.
Les *tabernæ*, *popinæ*, *ganea* ne fournissent que la pension,
comme les restaurants: les *tabernæ*, pour les gens du commun,
comme les cabarets; les *popinæ*, pour les gens du grand monde
et les gastronomes, comme certaines maisons de traiteurs; les
*ganea*, pour ces deux sortes de gens et en outre pour les
voluptueux.
—Devincire, v. *Ligare*.
—Dicare, v. *Sacrare*.
—Dicacitas, v. *Lepidus*.
Dicere. Aio. Inquam. Asseverare. Affirmare. Contendere. Fari.
Fabulari.
1. *Dicere*, parler pour instruire; il se rapporte à celui qui
écoute, par opposition à *tacere*, comme le neutre *loqui* et
λέγειν; *aio*, parler pour affirmer; il se rapporte à celui qui
parle, par opposition à *nego*, comme φημί.
2. *Ait* se joint au discours indirect et régit un infinitif;
*inquit*, au discours direct; il amène un indicatif, un
impératif ou un subjonctif.
3. *Aio* marque la simple affirmation d’une proposition qu’on se
borne à énoncer; *asseverare*, *affirmare*, *contendere*,
marquent une affirmation énergique; *asseverare*, c’est affirmer
sérieusement, par opposition à une affirmation plaisante ou
légère, à *jocari*; *affirmare*, affirmer en garantissant la
certitude, par opposition au doute et aux rumeurs, à *dubitare*;
*contendere*, affirmer en dépit des contradicteurs et soutenir
son opinion envers et contre tous, par opposition à céder et à
renoncer.
4. *Dicere*, dire, sans idée accessoire; *loqui*, pris comme
verbe actif, contient une idée accessoire de mépris: ce qu’on
dit n’est que vains propos. Cic. Att. XIV, 4. Horribile est quæ
*loquantur*, quæ minitentur. Leurs propos, leurs menaces font
horreur.
5. *Loqui*, pris comme verbe intransitif, parler en général;
*fabulari*, parler sans façon ou du moins sans gêne, pour passer
le temps, sans donner une grande attention au fond ou à la
gravité du discours, causer, λαλεῖν; enfin, *dicere*, pris comme
verbe neutre, parler avec art, en s’étudiant, particulièrement à
la tribune, λέγειν. Liv. XLV, 39. Tu, centurio, miles, quid de
imperatore Paulo senatus decreverit potius quam quid Sergio
Galba *fabuletur*, audi, et hoc *dicere* me potius quam illum
audi; ille nihil præterquam *loqui*, et id ipsum maledice et
maligne didicit. Centurions et soldats, prêtez l’oreille au
décret du sénat sur la victoire de votre général plutôt qu’aux
déclamations mensongères de Galba. Prêtez l’oreille à mon
langage plutôt qu’au sien. C’est un homme qui n’a rien étudié,
hors l’art de parler, et encore pour insulter et pour nuire.
Cic. Brut. 58. Scipio sane mihi bene et *loqui* videtur et
*dicere*. Il me semble que Scipion brille également dans le
langage ordinaire et dans le langage étudié. Orat. III, 10.
Neque enim conamur docere eum *dicere* qui *loqui* nesciat. Nous
n’entreprenons point d’enseigner l’art de la parole à celui qui
ne sait pas ce que c’est que parler. Suet. Claud. 4. Qui tam
ἀσαῶς *loquatur*, quî possit quum declamat σαφῶς *dicere* quæ
dicenda sunt, non video. Comment, avec une parole aussi confuse,
on pourrait, parlant en public, dire clairement ce qu’il faut
dire, c’est ce que je ne vois pas.
6. *Fari* présente la parole comme le simple usage mécanique des
organes de la voix pour former des sons et des mots articulés,
par opposition à *infantem esse*; *loqui*, comme le moyen
d’exprimer ses pensées, par opposition à *tacere*. Et comme
*fari* peut se réduire à prononcer des paroles isolées, on y
rattache aisément l’idée d’un laconisme extraordinaire,
imposant, digne d’un oracle, comme dans les arrêts du destin,
*fati*, tandis que *loqui* fait songer aux discours ordinaires
des hommes qui dégénèrent souvent en loquacité, *loquacitas*.
—Dicterium, v. *Verbum*.
—Dicto audientem esse, v. *Parere*.
Dies. Tempus. Tempestas. Die. Interdiu.
1. *Dies*, le temps envisagé dans sa nature purement abstraite,
comme simple extension et simple progression; *tempus* et
*tempestas*, le temps de la météorologie et de l’astronomie, la
température, les rapports de la durée. *Tempus* marque plutôt un
simple point, un moment, une époque; *tempestas*, tout un
espace, une période. *Dies docebit* a trait à un long espace de
temps qui doit s’écouler avant que nous soyons instruits, comme
χρόνος; *tempus docebit*, au moment favorable qui nous
instruira, comme ϰαιρός.
2. *Die*, par jour, chaque jour, par opposition à l’heure et à
l’année; *interdiu* et *diu*, de jour, par opposition à *noctu*;
mais *interdiu* se prend dans toute sorte de circonstances;
*diu* est toujours joint à *noctu*que. Cic. Att. XIII, 28.
Credibile non est quantum scribam *die*. Vous auriez peine à
croire combien j’écris chaque jour. Cels. Med. I, 3. Qui semel
et qui bis *die* cibum... assumit. Celui qui mange une fois et
celui qui mange deux fois par jour. Tac. H. II., 5. *Noctu*
*diu*que. Nuit et jour.
—Dies festi, v. *Solemnia*.
Differre. Proferre. Procrastinare. Prorogare.
1. *Differre* marque le renvoi à un autre temps considéré par
son côté négatif: loin de faire la chose présentement, on la
laisse là; *proferre* et *procrastinare* marquent le délai pris
par le côté positif: la chose aura lieu dans un temps à venir;
une autre fois, sans dire quand, si l’on se sert de *proferre*;
dans un avenir très-rapproché, si l’on se sert de
*procrastinare*.
2. *Differre*, etc., se disent d’une action qu’on tarde å
commencer; *prorogare*, d’un état auquel on tarde à mettre fin,
comme prolonger.
—Difficilis, v. *Arduus* et *Austerus*.
—Digladiari, v. *Pugnare*.
—Diligentia, v. *Opera*.
—Dignum esse, v. *Merere*.
Diligere. Amare. Deamare. Adamare. Caritas. Amor. pietas.
1. *Diligere*, c’est l’amour qui naît de l’estime, le résultat
de nos réflexions sur le mérite de l’objet aimé, comme φιλεῖν;
*amare*, c’est l’amour par inclination, celui qui a son origine
dans le sentiment, qui est involontaire ou même irrésistible,
comme ἐρᾷν, ἔρασθαι. *Diligere* désigne l’amour pur, dégagé du
joug des sens et de l’égoïsme, calme et paisible: *amare*,
l’amour ardent qui confine à la passion, qu’il soit d’ailleurs
sensuel ou platonique. Cic. Att. XIV, 17. Tantum accessit ut
mihi nunc denique *amare* videar, ante *dilexisse*. Il me
semble, tant mon amour a grandi, qu’il ne mérite ce nom que
d’aujourd’hui et que je n’avais auparavant que de l’affection.
2. *Amare*, aimer en général; *deamare*, verbe augmentatif,
aimer à en mourir, comme *amore deperire*; et *adamare*, verbe
inchoatif, commencer à aimer.
3. *Caritas*, entendu de l’effet qu’on produit, c’est
l’affection que les autres ont pour nous. C’est une sorte de
substantif à sens neutre par rapport au substantif à sens actif,
*amor*, le penchant que nous éprouvons pour un autre; d’où
viennent ces constructions: *caritas* apud aliquem; mais *amor*
erga aliquem.
4. *Caritas*, entendu de l’effet qu’on ressent, tout amour qui
tourne à la tendresse, particulièrement celui des parents pour
les enfants, sans aucun mélange de sensualité, il ne se dit que
des personnes, comme ἀγάπη ou στοργή; *amor*, l’amour ardent et
passionné pour des personnes ou des choses, comme ἔρως; enfin,
*pietas*, c’est l’amour instinctif pour des personnes et des
choses que les liens sacrés de la nature nous obligent à aimer,
dieux, parents, patrie, bienfaiteurs. La *caritas* se complaît
dans l’objet aimé, se réjouit de le posséder et se manifeste par
des prévenances et des sacrifices; l’*amor* vise à réduire
toujours davantage le même objet en son pouvoir; il est
difficile à satisfaire; la *pietas* se laisse aller à un
penchant naturel et à un sentiment religieux.
—Diluculum, v. *Mane*.
—Dimicare, v. *Pugnare*.
—Dirimere, v. *Dividere*.
—Dimetari, dimetiri, v. *Metiri*.
—Dimittere, v. *Mittere*.
—Diripere, v. *Vastare*.
—Dirus, v. *Atrox*.
Disceptatio. Litigatio. Controversia. Contentio. Altercatio.
Jurgium. Rixa.
1. *Disceptatio*, *litigatio* et *controversia*, différends
susceptibles d’être terminés à l’amiable et par des voies
régulières; *contentio*, *altercatio* et *jurgium*, différends
entachés de passion et de violence, mais qui se passent
néanmoins en paroles; *rixæ*, différends qui se traduisent ou
menacent de se traduire en voies de fait, comme les querelles et
les batteries, et qui tiennent le milieu entre *jurgium* et
*pugna*. Liv. XXXV, 17. Ex *disceptatione* *altercationem*
fecerunt. La dispute dégénéra en altercation. Tac. H. I, 64.
*Jurgia* primum, mox *rixæ* inter Batavos et legionarios. Il y
eut d’abord de gros mots, puis des rixes entre les Bataves et
les légionnaires. Dial. 26. Cassius Severus non pugnat, sed
*rixatur*. Cassius Sévérus cherche des rixes, sinon des
batailles.
2. Il y a lutte, *controversia*, entre deux partis dès qu’ils
sont opposés l’un à l’autre; débat, *disceptatio*, dès qu’ils
s’engagent dans une dispute sous prétexte de rechercher la
vérité ou de démêler le droit sans avoir dans le principe des
intentions hostiles; contestation, *litigatio*, dès qu’ils
s’inspirent d’un esprit d’hostilité et d’intérêt personnel.
3. La *contentio* veut absolument avoir raison et atteindre son
but en mettant toutes ses forces en jeu dans quelque intention
que ce soit; l’*altercatio* ou échange de paroles ne veut pas
demeurer en reste de propos avec son adversaire, elle veut avoir
le dernier mot; le *jurgium* n’écoute rien et décharge sa
mauvaise humeur par des paroles dures. La *contentio* offre une
image sérieuse, celle d’un effort vigoureux; l’*altercatio*,
l’image comique de personnes qui s’échauffent à la manière des
femmes; le *jurgium*, l’image repoussante de la colère brutale.
Discernere. Distinguere.
*Discernere*, discerner, diviser conformément à des notions
acquises; *distinguere*, distinguer par des signes et des
marques.
—Disciplinæ, v. *Litteræ*.
—Discrimen, v. *Tentare*.
Disertus. Facundus. Eloquens.
*Disertus* et *facundus* désignent un talent oratoire donné par
la nature; *eloquens* un art de la parole acquis et
perfectionné. Celui qui parle avec clarté et précision s’appelle
*disertus*, celui qui parle avec élégance et agrément,
*facundus*, celui qui réunit les deux, savoir la netteté et la
beauté du discours, *eloquens*. Le *disertus* fera un bon
maître, mais il se peut qu’il n’ait pas également cultivé toutes
les facultés de son esprit; le *facundus* brille en société,
mais tout son savoir-faire peut n’être qu’une facilité
superficielle dans le maniement de la parole, sans profondeur et
sans solidité; l’*eloquens*, avant de prendre la parole comme
homme d’état ou comme écrivain, doit s’être rendu parfaitement
maître de la langue et de l’art à force de talent et d’études
variées. Cic. Orat. 5, 19. Antonius... *disertos* ait se vidisse
multos, *eloquentem* omnino neminem. J’ai souvent rencontré une
parole nette, dit Antoine; je n’ai jamais entendu une voix
parfaitement éloquente. Quintil, VIII, pr. 13. *Diserto* satis
dicere quæ oporteat; ornate autem dicere proprium est
*eloquentissimi*. On est disert quand on sait dire ce qu’il
faut; mais de parer la parole, c’est le fait de la plus haute
éloquence. Suet. Cal. 53. *Eloquentiæ* quam plurimum adtendit,
quamvis *facundus* et *promptus*. Il s’applique fort à
l’éloquence, quoiqu’il ait naturellement la parole agréable et
facile.
—Dispar, v. *Æquus*.
—Dispertire, v. *Dividere*.
—Disputare, v. *Disserere*.
Disserere. Disputare.
*Disserere*, soutenir son opinion en style didactique, en
développant ses raisons; *disputare* en style polémique en
tenant compte des raisons contraires, en opposant à un
adversaire imaginaire ou réel raison pour raison, afin de
constater par une sorte de bilan de quel côté est la plus grosse
somme de vérité. Le *disserens* vise simplement à exprimer ses
vues personnelles; le *disputans* veut faire prévaloir les
siennes en qualité de vérités indépendantes de toute
personnalité. En outre *disserere* marque une manière plus
libre; *disputare*, une manière plus méthodique de traiter le
sujet.
—Distinguere, v. *Discernere*.
—Diu, diuturnus, diutinus, v. *Pridem*.
—Distribuere, v. *Dividere*.
—Divellere, v. *Frangere*.
—Diversus, v. *Varius*.
Dividere. Partiri. Dirimere. Dispertire. Distribuere.
1. *Dividere* et *dirimere*, diviser sans autre but que de
détruire l’unité de l’ensemble et de réduire en parties;
*partiri*, dans le but d’obtenir par voie de séparation des
parties dont il soit possible de disposer. De là *divide et
impera* et *dividere sententias*, mais *partiri prædam*.
2. *Divisio* marque dans les traités de rhétorique la
décomposition de l’espèce en variétés; *partitio*, celle du tout
en ses parties.
3. *Dividere* ne se rapporte qu’à une réunion matérielle dans
l’espace et ne détruit qu’une relation extérieure; mais
*dirimere* se rapporte à l’union organique d’un tout et supprime
des rapports intimes. Liv. XXII, 15. Casilinum urbs... Volturno
flumine *diremta* Falernum ac Campanum agrum *dividit*. C’est
qu’aux yeux de l’auteur une rivière qui coupe une ville en deux
constitue une séparation contre nature, tandis que la séparation
de deux territoires contigus par une ville est toute naturelle.
4. *Dividere* signifie encore distribuer sans idée accessoire;
*dispertire*, c’est répartir entre futurs propriétaires;
*distribuere*, entre propriétaires légitimes, ou encore mettre
chaque partie à une place convenable et appropriée.
Divinare. Præsagire. Præsentire. Prævidere. Vaticinari.
Prædicere.
1. *Divinare* se dit d’un pressentiment qui provient d’une
inspiration divine et d’un secours surnaturel, comme
μαντεύεσθαι; *præsagire*, d’un pressentiment par voie naturelle,
par suite d’un tour d’esprit particulier qui confine au
surnaturel; *præsentire* et *prævidere*, par un développement
extraordinaire des dons naturels de l’esprit, à savoir
*præsentire* par une vision immédiate, *prævidere*, par de
profondes et heureuses combinaisons, par prévoyance.
2. *Divinare*, etc., simples actes de l’entendement;
*vaticinatio* et *prædictio*, expression et communication de ce
qu’on pressent: *vaticinatio*, par le fait du *divinans* et du
*præsagiens*, c’est la prophétie, προφητεία; *prædictio*, par le
fait du *præsentiens* et du *prævidens*, c’est la prédiction.
Divitiæ. Opes. Gazæ. Locuples. Opulentus. Copiosus.
1. *Divitiæ* et *gazæ*, la richesse en général, comme propriété,
comme moyen de satisfaire ses désirs de toute sorte; *opes*,
comme le moyen de réaliser un but élevé, de se faire valoir,
d’acquérir ou de conserver de l’influence. *Divitiæ*, la
richesse du simple particulier, πλοῦτος; *opes*, la fortune mise
au service de l’homme d’État ou de l’ambitieux politique;
*gazæ*, le trésor d’un roi ou d’un prince, θησαυροί.
2. *Dives*, riche par opposition à *pauper*, πλούσιος;
*locuples*, qui est dans l’aisance, par opposition à *egens*,
*egenus*, ἀφνειός; *opulentus* et *copiosus*, quia de grandes
ressources par opposition à *inops*, comme εὔπορος.
—Divortium, v. *Repudium*.
—Divus, v. *Numen*.
Doctor. Præceptor. Magister.
*Doctor*, le maître qui expose la théorie considéré par rapport
à la science ou à l’art qu’il enseigne, il s’oppose à
l’auditeur; *præceptor*, le maître qui initie à la pratique par
rapport au pupille qu’il façonne, il s’oppose à l’écolier;
*magister*, le maître en général par rapport à sa supériorité et
à son ascendant et par opposition aux profanes. Cic. Orat. III,
15. Vetus illa doctrina eadem videtur et recte faciendi et bene
dicendi *magistra*, neque disjuncti *doctores*, sed iidem erant
vivendi *præceptores* atque dicendi. On voit cette ancienne
méthode gouverner à la fois la conduite et la parole; point de
maîtres distincts; ceux qui forment à la parole forment en même
temps à la vie.
Doctrina. Eruditio.
*Doctrina*, le savoir considéré comme un des moyens divers par
lesquels l’esprit se développe; *eruditio*, la science qui
transforme l’esprit et l’amène à la dernière perfection. Le
savoir, *doctrina*, ne donne qu’une supériorité de
connaissances, il se rattache et s’oppose à l’idée qu’exprime le
mot *exercitatio*, lequel implique une supériorité de savoir-
faire; réduit même à la théorie sèche et mis en regard de la
pratique plus visiblement utile, il est exposé à être mal vu et
ridiculisé. La science parfaite, *eruditio*, se rapproche
beaucoup plus de la pratique, elle implique une certaine
influence, des connaissances acquises et des études sur le
perfectionnement de l’homme entier, elle représente la vraie
humanité dans l’ordre intellectuel, comme *humanitas* dans
l’ordre moral.
—Doctrina, v. *Litteræ*.
Dolor. Tristitia. Mœstitia. Luctus.
1. *Dolor*, le sentiment des douleurs, le déplaisir intérieur,
par opposition à *gaudium*; *tristitia*, *mœror*, *luctus*,
l’expression de ce sentiment. *Tristitia* et *mæstitia*,
manifestation naturelle qui perce involontairement dans
l’attitude et dans la physionomie; *luctus*, manifestation
artificielle, faite à dessein, au grand jour, à l’aide de signes
conventionnels, comme de se couper les cheveux, de mettre des
habits de deuil, etc., πένθος. *Mœror* sert en même temps
d’augmentatif à *dolor*, et *luctus* à *mœror* et *tristitia*,
en ce sens que la manifestation extérieure vient se joindre au
sentiment au lieu de lui être opposée. Cic. Att. XII, 28.
*Mœrorem*, minui, *dolorem*, nec potui, nec si possem vellem.
J’ai retranché quelque chose des marques de ma douleur; mais
pour ma douleur même je n’ai rien pris sur elle, et je le
pourrais que je ne le voudrais pas. Phil. XI, 1. Magno in
*dolore* sum, vel in *mœrore* potius, quem ex miserabili morte
C. Trebonii accepimus. Je suis dans la grande douleur, ou plutôt
dans les effusions de douleur où nous jette la mort déplorable
de C. Trébonius. Plin. Ep. V, 9. Illud non *triste* solum, verum
etiam *luctuosum* quod J. Avitus decessit. La perte de J. Avitus
ne cause pas seulement un chagrin visible, c’est un deuil. Tac.
Agr. 43. Finis vitæ ejus nobis *luctuosus*, amicis *tristis*. Sa
fin nous plonge dans le deuil, et ses amis dans la tristesse (la
parenté seule prend le deuil). Tac. Ann. II, 82. Quanquam nec
*insignibus lugentium* abstinebant, altius *animis mœrebant*.
Les marques de deuil ne faisaient pas défaut, mais c’étaient
surtout les cœurs qui étaient contristés. Cic. Sext. 29, 39.
*Luctum* nos hausimus majorem, *dolorem* ille *animi* non
minorem. Ce fut pour nous la source d’une douleur plus
expansive, pour lui celle d’une douleur concentrée tout aussi
vive.
2. *Tristitia* présente la manifestation du chagrin par son côté
repoussant, celui des idées noires, de l’ennui, de la mauvaise
humeur, par opposition à *hilaritas*; *mœstitia*, par son côté
pitoyable, celui de la désolation, d’une douleur ordinairement
justifiée qui nous plonge dans la mélancolie, par opposition à
*lætus*. *Tristitia* est le fait de la réflexion, *mæstitia*, du
sentiment. On reconnaît le *tristis* comme le *truculentus* à
son regard farouche, à son front plissé, à ses sourcils
contractés; le *mœstus* comme l’*afflictus* à ses yeux mornes et
à son regard baissé. Tac. Hist. I, 82. Rarus per vias populus,
*mœsta* plebs; *dejecti* in terram militum vultus ac plus
*tristitiæ* quam pœnitentiæ. Très-peu de monde dans les rues, la
population consternée; des soldats qui baissaient les yeux, mais
d’un air sombre plutôt que d’un air de regret. Cic. Mur. 24, 49.
*Tristem* ipsum, *mœstos* amicos. Vous-même soucieux, vos amis
désolés.
—Dolor, v. *Cura*.
Donum. Munus. Largitio. Donarium. Donativum. Liberalitas.
1. *Donum*, cadeau désintéressé, le donateur n’ayant pas d’autre
vue que de faire plaisir, δῶρον; *munus*, présent qui engage la
reconnaissance, qui est une marque d’amour ou de faveur de la
part du donateur, γέρας; enfin *largitio*, présent intéressé
destiné à gagner et à corrompre les gens sous couleur de
bienfaisance, la plupart du temps dans un but politique. Suet.
Cæs. 28. Aliis captivorum millia *dono* afferens, c’est-à-dire
en pur don et non point seulement par manière de prêt. Comparez
avec Ner. 46. Auspicanti Sporus annulum *muneri* obtulit, c’est-
à-dire par honnêteté. Tac. Hist. I, 52. Id comitatem
bonitatemque faventes vocabant quod sine modo *donaret* sua,
*largiretur* aliena. Les partisans de Vitellius vantaient son
caractère facile et bienveillant lorsqu’ils lui voyaient
dissiper ses propres biens en cadeaux, ceux des autres en
largesses.
2. *Donarium*, terme particulier pour une offrande qu’on fait à
un temple; *donativum*, pour un don militaire que le nouvel
empereur accordait aux soldats à son avénement; *liberalitas*,
pour une munificence de l’empereur destinée à soutenir un noble
tombé dans la pauvreté.
Dorsum. Tergum.
*Dorsum*, le dos au sens horizontal, celui de l’animal, par
opposition au ventre, νῶτον; *tergum*, le dos au sens vertical,
celui de l’homme par opposition à la poitrine, μετάφρενον.
*Dorsum* montis, la crête; *tergum*, le revers d’une montagne.
Dubius. Ambiguus. Anceps.
*Dubius* et *ambiguus*, douteux quand il ne s’agit que d’un bon
ou d’un mauvais succès, d’un bonheur ou d’un malheur; *anceps*,
quand il y va de l’existence entière, d’être ou de ne pas être.
Vell. P. II, 79. Ea patrando bello mora fuit, quod postea
*dubia* et *interdum ancipiti* fortuna gestum est. Tels sont les
retards que souffrit l’ouverture de cette guerre où la fortune
intervint dans la suite avec des chances douteuses et
quelquefois critiques.
—Dudum, v. *Pridem*.
—Dulcis, v. *Suavis*.
Dumi. Sentes. Vepres.
*Dumi*, fourrés de broussailles qui offrent un aspect sauvage;
*sentes*, buissons épineux où l’on se blesse; *vepres* réunit
les deux idées: broussailles épineuses qui font du sol un lieu
sauvage.
Duplex. Duplum. Geminus. Dupliciter. Bifariam.
1. *Duplex*, double en parlant de quantités déterminées qu’il
suffit de compter; *duplum*, en parlant de quantités
indéterminées qu’il faut peser ou mesurer. *Duplex* s’emploie
adjectivement, *duplum* substantivement. Quintil. VIII, 6, 42.
In quo et numerus est *duplex*, nec *duplum* virium. Armée deux
fois plus nombreuse, mais sans offrir le double de forces.
2. Étant donnés des objets semblables et pareils au nombre de
deux, c’est l’idée du nombre deux qui domine dans *duplex* comme
dans διπλοῦς; c’est l’idée de ressemblance et de parité qui
domine dans *geminus* comme dans δίδυμος. Dans ce passage de
Cic. Part. 6. Verba *geminata* et *duplicata*, vel etiam sæpius
iterata, *geminata* se rapporte à la répétition d’une idée par
le moyen de termes synonymes, *duplicata* à la répétition d’un
même mot.
3. *Dupliciter* est toujours adverbe de manière: de deux
manières, à un double point de vue; *bifariam* est adverbe de
lieu: en deux endroits ou en deux parties. Cic. Fam. IX, 20.
*Dupliciter* delectatus sum litteris tuis. Ta lettre me charme
de deux manières. Comparez avec Tusc. III, 11. *Bifariam*
quatuor perturbationes æqualiter distributæ sunt. Les quatre
passions fondamentales ont été également réparties en deux
catégories.
E
Ebrius. Vinolentus. Temulentus. Crapula. Ebriosus.
1. *Ebrietas* présente par leur beau côté les suites d’un excès
de vin, c’est l’exaltation, l’animation, qui touchent à
l’inspiration, μέθη; *vinolentia* et le terme archaïque de
*temulentia* les font envisager par leur vilain côté, celui d’un
homme qui se soûle et tombe dans l’abrutissement, οἶνωσις;
enfin, *crapula* exprime la cause matérielle de cet état, les
fumées du vin, comme ϰραιπάλη.
2. *Ebrius* et le mot d’origine étrangère *madulsa* désignent
l’état passager d’un homme qui est ivre; *ebriosus* l’habitude
d’un homme qui s’enivre.
—Ecce, v. *En*.
—Editus, v. *Altus*.
—Edulia, v. *Alimenta*.
—Egestas, v. *Paupertas*.
—Egere, v. *Carere*.
—Egregius, v. *Eminens*.
—Ejulare, v. *Lacrimare*.
—Elaborare, v. *Labor*.
—Eligere, v. *Deligere*.
—Elonginquo, v. *Procul*.
—Eloquens, v. *Disertus*.
Eloqui. Enunciare. Proloqui. Pronunciare. Recitare.
1. *Eloqui* et *enunciare* marquent un acte de l’intelligence
par lequel on exprime une idée qui était dans l’esprit:
l’*eloquens* tient autant de compte de la forme que du fond; il
veut donner à la pensée le tour le plus parfait; l’*enuncians*
ne s’attache qu’au fond; son but est rempli dès qu’il a fait
passer ses idées dans le domaine public, qu’il les a
communiquées. Le style, *elocutio*, appartient à la rhétorique;
la proposition et le jugement, *enunciatio*, appartiennent à la
grammaire et à la logique.
2. *Proloqui* marque un acte moral par lequel on se résout à
exprimer une pensée qu’on tenait secrète, par opposition à
*reticere*, comme *profiteri*; enfin, *pronunciare* marque un
acte physique par lequel on exprime mécaniquement et
intelligiblement ce qu’on a pensé ou écrit, comme *recitare*.
3. *Pronunciare* est un simple usage des organes de la parole et
ne suppose pas d’autre but que de se faire pleinement entendre;
*recitare* est le fait de l’art: on vise à produire une
impression agréable par une juste modulation de la voix conforme
aux règles de la déclamation. La *pronunciatio* ne s’applique
qu’aux lettres, aux syllabes et aux mots considérés comme les
éléments et le corps du discours; la *recitatio* se rapporte, en
outre, aux termes et au sens considérés comme l’âme du discours.
—Elucet, v. *Constat*.
—Emendare, v. *Corrigere*.
Emere. Mercari. Redimere.
1. *Emere*, faire une emplette; c’est l’acquisition de l’objet
qui est le point capital, et le prix à payer n’est qu’une idée
accessoire, πρέασθαι; *mercari*, acheter, il s’agit de la
conclusion d’un marché fait dans toutes les règles, généralement
entre commerçants, ἐμπολᾷν.
2. *Emere* s’applique à des objets de commerce proprement dits;
*redimere*, à des objets qui ne constituent point aux yeux de la
loi et de la morale de vrais articles de commerce, que
l’acquéreur pourrait réclamer comme un dû ou qu’il devrait
obtenir par faveur sans bourse délier, par exemple, la paix, la
justice, l’affection. Cic. Sext. 30, 66. Quis autem rex qui illo
anno non aut *emendum* sibi quod non habebat, aut *redimendum*
quod habebat arbitrabatur? Quel est le roi qui ne se soit cru
réduit cette année ou à acheter ce qu’il n’avait point ou à
racheter ce qu’il avait?
Eminens. Excellens. Præclarus. Præstans. Insignis. Singularis.
Unicus.
1. *Eminens*, *excellens*, *præclarus* et *præstans* servent à
constater de sang-froid une supériorité; *egregius*, à la
proclamer avec enthousiasme; *eximius*, avec admiration.
2. *Eximius*, etc., se rapportent tous à des qualités louables
et ne peuvent se joindre que par ironie à des vices ou à des
fautes; *insignis*, *singularis* et *unicus* sont des termes
indifférents qui expriment également la louange ou le blâme à un
haut degré.
—Eminet, v. *Apparet*.
—Eminus, v. *Procul*.
—Emissarius, v. *Explorator*.
—Emolumentum, v. *Lucrum*.
—Emori, v. *Mors*.
En. Ecce.
*En*, vois ici ce qui était resté jusqu’à présent caché à tes
yeux, comme ἤν, ἠνί, ἠνίδε; *ecce*, vois là ce que tu n’aurais
jamais soupçonné, comme ἰδού.
—Ensis, v. *Gladius*.
—Enunciare, v. *Eloqui*.
—Epistola, v. *Litteræ*.
Epulæ. Convivium. Dapes. Epulum. Comissatio.
*Epulæ* est le terme général, le repas, le manger, frugal ou
recherché, en famille ou avec des convives, au logis ou en
public; *convivium*, repas de société, en compagnie; *dapes*,
banquet religieux à la suite d’un sacrifice; *epulum*, banquet
solennel, ordinairement politique, en l’honneur d’un personnage
ou d’un succès; *comissatio*, débauche de table, orgie.
Equus. Caballus. Mannus. Canterius.
*Equus*, terme général pour le cheval, c’est le nom de l’espèce;
*caballus*, cheval commun; *mannus*, cheval de petite taille et
de luxe, poney; *canterius*, cheval coupé, hongre. Sen. Ep. 85.
Cato censorius *canterio* vehebatur et hippoperis quidem
impositis. Oh! quantum decus sæculi, Catonem uno *caballo* esse
contentum et ne toto quidem! Ita non obesis omnibus *mannis* et
asturconibus et tolutariis præferres unum illum *equum* ab ipso
Catone defrictum? Caton le censeur voyageait sur un hongre qui
portait ses bagages. Oh! quelle gloire pour un siècle que ce
Caton qui se contentait d’un cheval commun ou plutôt d’une place
sur ce cheval! Est-ce que vous ne préférez pas à tous les poneys
potelés, aux coursiers d’Asturie, aux trotteurs, cet unique
cheval que Caton pansait lui-même?
—Ergastulum, v. *Custodia*.
—Eripere, v. *Demere*.
Errare. Vagari. Palari.
*Errare*, s’égarer, πλανᾶσθαι, aller çà et là malgré soi, faute
de connaître le bon chemin; *vagari* et *palari*, errer de
propos délibéré: *vagari*, ἀλᾶσθαι, par ennui d’un séjour fixe
ou du droit chemin, en changeant souvent de direction; *palari*,
en s’éloignant de la société dans laquelle on se trouve pour
courir seul. *Erramus* ignari; *vagamur* soluti; *palamur*
dispersi. On s’égare par ignorance; on mène une vie errante
lorsqu’on ne tient à rien; on s’écarte pour se disperser. Tac.
H. I, 68. Undique populatio et cædes; ipsi in medio *vagi*;
abjectis armis magna pars, saucii aut *palantes* in montem
Vocetium perfugiunt. Partout des ravages et des massacres;
errant entre les deux corps ennemis, jetant leurs armes, blessés
ou dispersés pour la plupart, les Helvétiens cherchent un refuge
sur le mont Vocétius.
Erudire. Formare. Instituere.
*Erudire* et *formare* présentent l’éducation par son côté
idéal, comme un des éléments de la perfection humaine:
*erudire*, en général, l’éducation délivre de l’ignorance;
*formare*, dans un sens particulier; elle transporte l’homme
dans une sphère spéciale; elle le façonne pour un but déterminé
vers lequel elle dirige l’âme; *instituere* présente la même
éducation par son côté positif; elle rend propre à un métier.
—Eruditio, v. *Doctrina*.
—Escendere, v. *Scandere*.
—Esca, v. *Alimenta*.
—Esuries, v. *Fames*.
Et. Que. Ac. Atque.
*Et* est la conjonction dont l’usage est le plus général; *que*
et *et-et* servent à unir des termes opposés: *que*, dès qu’il y
a opposition, par exemple *terra marique*; *et-et*, pour marquer
expressément l’opposition, par exemple *et terra et mari*; *ac*
et *atque* unissent des synonymes: *atque* se place devant les
voyelles et les consonnes gutturales; *ac*, devant le reste des
consonnes, par exemple, vir fortis *ac* strenuus.
—Evenire, v. *Accidere*.
—E vestigio, v. *Repente*.
—Evertere, v. *Perdere*.
—Evocare, v. *Arcessere*.
—Excellens, v. *Eminens*.
—Excelsus, v. *Altus*.
—Excipere, v. *Sumere*.
—Excors, v. *Amens*.
Excubiæ. Stationes. Vigiliæ.
*Excubiæ*, sentinelles devant un palais, garde d’honneur et
sauve-garde; *stationes*, garde placée à une porte, poste
avancé; *vigiliæ*, garde de nuit, patrouille.
—Excusatio, v. *Purgatio*.
Exemplum. Exemplar.
*Exemplum*, exemple pris entre beaucoup d’autres à cause de sa
convenance relative; il s’applique à un cas déterminé;
*exemplar*, exemple choisi de préférence à d’autres à cause de
sa perfection ou de sa convenance absolue; il représente une
idée générale, modèle. Vell. P. II, 100. Antonius singulare
*exemplum* clementiæ Cæsaris. Antoine, exemple frappant de la
clémence de César. Comparez avec Tac. Ann. XII, 37. Si incolumem
servaveris, æternum *exemplar* clementiæ ero (*clementiæ*, et
non pas *clementiæ tuæ*). Si tu me sauves, au lieu de me
frapper, ta conduite envers moi restera éternellement un modèle
de clémence.
Exercitus. Copiæ.
*Exercitus*, armée composée de plusieurs légions; *copiæ*,
troupes composées de plusieurs cohortes.
—Exhibere, v. *Præbere*.
—Exiguus, v. *Parvus*.
—Exigere, v. *Petere*.
Exilis. Macer. Gracilis. Tenuis.
*Exilis* et *macer* se disent de l’exténuation considérée comme
un vice interne et y rattachent directement une idée de blâme.
C’est un rétrécissement causé par le défaut de sucs nourriciers.
*Exilis* est un terme général qui se dit de toute espèce de
corps et qui marque un appauvrissement et un manque de forces,
par opposition à *uber*, misérable; *macer*, maigre, se dit
particulièrement du corps des animaux; il désigne une certaine
sécheresse, un certain épuisement, par opposition à *pinguis*.
*Gracilis* et *tenuis* se rapportent à la forme, à l’apparence
et sont des termes indifférents ou des termes d’éloge: *tenuis*,
mince, délicat, se dit en général de toute sorte de corps, par
opposition à *crassus*; *gracilis* a un air de ressemblance avec
*procerus* et se dit en particulier du corps des animaux,
élancé, par opposition à *opimus*, à *obesus*.
—Eximere, v. *Demere*.
—Existimare, v. *Censere*.
—Experiri, v. *Tentare*.
—Expilare, v. *Vastare*.
—Eximius, v. *Eminens*.
—Exitium, exitus, v. *Lues*.
—Expetere, v. *Velle*.
Explorator. Speculator. Emissarius.
*Exploratores*, éclaireurs chargés ouvertement de reconnaître le
terrain ou l’ennemi; *speculatores*, espions envoyés secrètement
pour découvrir par ruse la situation et les plans de l’ennemi;
*emissarii*, agents secrets chargés au besoin de mesures et de
missions extraordinaires.
—Exprobrare, v. *Objicere*.
—Exsequiæ, v. *Funus*.
—Exspectare, v. *Manere*.
—Exsecrari, v. *Abominari*.
—Exsomnis, v. *Vigil*.
Exspes. Desperans.
*Exspes* marque en général l’état d’une personne qui a cessé
d’espérer; *desperans* présente le désespoir sous l’aspect d’un
sentiment douloureux.
—Exstructus, v. *Præditus*.
—Exta, v. *Caro*.
—Extemplo, v. *Repente*.
—Exsul, v. *Perfuga*.
—Exsultare, v. *Gaudere*.
Exterus. Externus. Peregrinus. Alienigena. Extrarius. Extraneus.
Advena. Hospes.
1. *Exterus* et *externus*, l’étranger dans son pays;
*peregrinus*, *alienigena*, *advena* et *hospes*, l’étranger qui
réside temporairement dans notre pays.
2. *Externus* ne marque qu’un rapport de lieu et se dit
également des choses et des personnes; *exterus* marque un
rapport interne et ne se dit que des personnes. *Externæ
nationes* est une expression purement géographique; ce sont les
peuples du dehors; *exteræ nationes* est un terme politique; ce
sont les peuples étrangers.
3. *Extraneus* se dit du monde extérieur, par opposition à la
parenté, à la famille, à la patrie; *extrarius*, par opposition
au moi. Cic. ap. Colum. XII. Comparata est opera mulieris ad
*domesticam* diligentiam; viri autem ad exercitationem
*forensem* et *extraneam*. La femme est destinée à donner ses
soins aux travaux du ménage; l’homme, aux affaires du Forum et
aux occupations extérieures. Comparez avec Inv. II, 56. Utilitas
aut in corpore posita est aut in *extrariis* rebus. L’utilité
est en nous ou hors de nous.
4. *Peregrinus*, celui qui n’est pas citoyen, par opposition à
*civis*; *alienigena*, celui qui est né à l’étranger, par
opposition à *indigena*; *advena*, l’émigrant établi dans un
pays, par opposition à αὐτόχθων, à *aborigines* ou encore à
*indigena*; *hospes*, le nouveau-venu, par opposition à
*popularis*.
5. *Peregrinus*, l’étranger au titre politique, privé du droit
de cité et de séjour, avec une idée de mépris; *hospes*,
l’étranger à titre d’homme et d’égal, en jouissance du droit
d’hospitalité. Cic. Rull. II, 34. Nos autem qui hinc Roma
veneramus, jam non *hospites* sed *peregrini* atque *advenæ*
nominabamur. Mais nous qui n’arrivions que de Rome, on ne se
bornait pas à nous traiter de nouveau-venus; nous étions des
étrangers sans droit de cité, des émigrants en quête d’un
établissement.
—Extorris, v. *Perfuga*.
—Extraneus, extrarius, v. *Exterus*.
Extremus. Ultimus. Postremus. Novissimus.
*Extremus* et *ultimus*, le dernier, quand il s’agit d’une
quantité indivise, d’un espace continu: *extremus* se dit de la
partie extrême d’un espace ou d’une surface, par opposition à
*intimus* et *medius*, comme ἔσχατος; *ultimus*, du point
extrême d’une ligne, par opposition à *citimus* et *proximus*,
comme λοῖσθος. *Postremus* et *novissimus*, le dernier quand il
s’agit d’une quantité qui offre des subdivisions, d’une série
numérique: *postremus*, ὕστατος, celui qui vient après les
autres dans une série toute faite où il occupe la dernière
place, par opposition à ceux qui tiennent la tête; *novissimus*,
le dernier dans une série en formation où il vient s’ajouter à
tous les autres, le tout dernier, par opposition au néant qui
vient ensuite, comme νέατος.
—Exuviæ, v. *Præda*.
F
Faber. Opifex. Artifex.
*Fabri*, ouvriers dont le travail consiste en une dépense de
forces physiques, charpentiers et forgerons, χειρώναϰτες;
*opifices*, artisans qui ne sauraient se passer d’adresse
mécanique et d’application, ϐάναυσοι; *artifices*, artistes qui
font preuve d’esprit et d’invention même dans des travaux
mécaniques.
—Fabulari, v. *Dicere* et *Garrire*.
—Facere, v. *Agere*.
—Facetiæ, v. *Lepidus*.
Facies. Os. Vultus. Oculi.
*Facies* et *oculi*, le visage et les yeux, au sens physique,
comme traits naturels et comme organe de la vue; *os* et
*vultus* expriment en outre un rapport moral: l’état temporaire
et même habituel de l’âme se révèle par les airs et les yeux.
*Os* se dit du regard et de l’expression correspondante de la
bouche; *vultus* se dit des mouvements de l’œil et de l’aspect
simultané des traits qui l’avoisinent, du front serein ou
sombre. Tac. Agr. 44. Nihil metus in *vultu*, gratia *oris*
supererat. Son regard ne trahissait pas la moindre crainte et la
grâce était le trait dominant de sa physionomie. Cic. Orat. 18,
60. Ut imago animi est *vultus*, sic indices *oculi*. Le front
et les yeux sont le miroir de l’âme; les yeux sont même des
délateurs.
—Facilitas, v. *Humanitas*.
—Factio, v. *Partes*.
—Facultas, v. *Occasio*.
—Fallaciter, v. *Perperam*.
—Facinus, v. *Delictum*.
—Factum, v. *Agere*.
—Facundus, v. *Disertus*.
Fallere. Frustrari. Decipere. Circumvenire. Fraudare. Imponere.
*Fallere*, *frustrari* et *imponere*, induire en erreur et
causer une confusion du vrai avec le faux, σφάλλειν: le
*fallens* trompe parce qu’il voit les choses sous un jour faux;
le *frustrans*, parce qu’il a de fausses espérances;
l’*imponens* met à profit la crédulité d’autrui. *Decipere* et
*circumvenire*, surprendre par ruse et gagner un avantage
déshonnête, ἀπατᾷν: le *decipiens*, par une ruse instantanée; le
*circumveniens*, par une machination, comme circonvenir.
*Fraudare*, duper, nuire, dépouiller quelqu’un par abus de
confiance.
—False, falso, v. *Perperam*.
—Fama, v. *Rumor*.
Fames. Esuries. Inedia.
*Fames*, la faim, comme conséquence du défaut de nourriture,
λιμὸς, par opposition à *satietas*; *esuries*, l’envie de
manger, comme conséquence du vide et de l’irritation de
l’estomac, par opposition à *sitis*; enfin, *inedia*,
l’abstinence en général, sans assignation de cause, mais de
préférence, par acte volontaire, comme ἀσιτία. *Fame* et *esurie
perire* signifient périr de faim; *inedia perire*, se laisser
mourir de faim.
—Familia, v. *Ædificium*.
—Famulus, v. *Servus*.
—Fas est, v. *Concessum est*.
—Fastigium, v. *Culmen*.
—Familiaris, v. *Socius*.
—Fanum, v. *Templum*.
—Fastidium, v. *Spernere*.
—Fastus, v. *Superbia*.
Fateri. Profiteri. Confiteri.
*Fateri*, avouer, sans idée accessoire, par opposition à
*celare*; *profiteri*, reconnaître librement ou ouvertement,
sans crainte et sans réticence, qu’on soit interrogé ou non;
*confiteri*, confesser par suite de questions, de menaces, de
contrainte. La *professio* a sa raison d’être dans un noble
effort sur soi-même; c’est le fait d’une personne qui dédaigne
les déguisements et n’a pas à rougir de ce qu’elle tenait caché;
mais la *confessio* a pour cause un effort honteux qui fait
qu’on renonce au secret quoiqu’on ait à rougir de l’aveu. Cic.
Cæc. IX, 24. Ita libenter *confitetur*, ut non solum *fateri*,
sed etiam *profiteri* videatur. C’est une confession si franche
qu’elle ressemble moins à un aveu qu’à une déclaration.
Fatigatus. Fessus. Lassus.
*Fatigatus* et *fessus* expriment l’état d’une personne qui
soupire après le repos à la suite d’un effort dont elle se
ressent désagréablement: *fatigatus*, au sens passif; il se dit
de celui que la fatigue a gagné; *fessus*, au sens neutre; il se
dit de celui que la fatigue accable. *Lassus* et *lassatus*
expriment, comme las et lassé, un état dans lequel on a besoin
de repos, parce qu’on est affaibli par le travail ou le
mouvement. Cels. I, 2, 15. Exercitationis finis esse debet sudor
aut certe *lassitudo*, quæ citra *fatigationem* sit. Il faut
suspendre l’exercice à la première sueur, ou du moins à
l’arrivée de la lassitude qui précède le sentiment de la
fatigue. Sall. Jug. 57[1]. Opere castrorum et præliorum *fessi*
*lassi*que erant. Les campements et les combats les avaient
fatigués et lassés.
—1 Chap. LIII de la collection Lemaire et de la collection
Panckoucke.
—Factum, v. *Casus*.
—Fatuus, v. *Stupidus*.
—Faustus, v. *Felix*.
Faux. Glutus. Ingluvies. Guttur. Gurgulio. Gula.
*Faux*, *glutus* et *ingluvies*, l’intérieur du conduit
alimentaire, le gosier: *glutus*, chez l’homme; *ingluvies*,
chez les animaux; *faux*, la partie supérieure, l’entrée du
conduit. *Guttur*, *gurgulio* et *gula*, la gorge ou partie du
corps qui sert d’enveloppe au conduit: *gurgulio*, chez les
animaux; *gula*, chez l’homme; *guttur*, chez les animaux et
chez l’homme.
Fax. Tæda. Funale.
*Fax*, terme général pour toute espèce de flambeaux; *tæda*,
flambeau naturel en bois résineux; *funale*, flambeau de cire
qui est un produit de l’art.
Fel. Bilis.
*Fel*, le fiel des animaux, et au figuré le symbole de
l’amertume dans le goût; *bilis*, le fiel du corps humain, et au
figuré le symbole de l’amertume dans les sentiments.
Felix. Prosper. Faustus. Fortunatus. Beatus.
*Felix*, *fœlix*, terme général en parlant du bonheur; il a le
sens actif et le sens neutre qui rend heureux et qui est
heureux; *prosper* et *faustus* n’ont que le sens actif: qui
donne, qui apporte le bonheur; *prosperum* se dit de ce qui
vient remplir les espérances et les vœux de l’homme, de ce qui
arrive comme à souhait; *faustum*, de ce qui est un effet de la
faveur, de la grâce des dieux, une sorte de bénédiction.
*Fortunatus* et *beatus* ont, par préférence ou même
exclusivement la signification intransitive ou passive, fortuné,
comblé par le bonheur: le *fortunatus* est un favori de la
fortune, comme εὐτυχής; le *beatus* se sent heureux et content,
comme les θεοὶ ῥεῖα ζάωντες, μαϰάριος.
Femina. Mulier. Uxor. Conjux. Marita.
1. *Femina*, la femme considérée dans sa nature physique, par
opposition à *mas*; *mulier*, la femme sous son aspect moral,
comme un être faible et tendre, par opposition à *vir*. *Femina*
seul sert à désigner la femelle de l’animal.
2. *Mulier* signifie encore la femme mariée, par opposition à
*virgo*; *uxor* et *conjux*, la femme, par opposition au mari:
*uxor*, dans le simple rapport de la femme à l’homme auquel elle
est confiée, par opposition à *maritus*; *conjux*, dans ses
rapports mutuels avec le mari, comme une des moitiés du couple
et par opposition à *liberi*. Et en tant que l’*uxor* appartient
à l’homme, tandis que la *conjux* est son égale, *uxor* se dit
d’un mariage du commun, comme femme; *conjux*, d’un mariage dans
un rang élevé, comme épouse.
3. *Uxor* appartient à la langue courante; *marita* est un mot
poétique.
—Femur, v. *Coxa*.
—Ferax, v. *Disertus*.
—Feriæ, v. *Solemnia*.
—Ferire, v. *Verberare*.
—Fera, v. *Animal*.
—Fere, v. *Pæne*.
—Feriari, v. *Vacare*.
—Ferme, v. *Pæne*.
Ferocia. Ferocitas. Virtus. Fortitudo.
*Ferocia* et *ferocitas*, le courage naturel et sauvage que
peuvent posséder le barbare et la bête; *ferocia* dans
l’application, *ferocitas* comme instinct. *Virtus* et
*fortitudo*, le courage moral dont l’homme ne devient capable
qu’à un haut degré de civilisation: *virtus*, lorsqu’il se
manifeste par l’action et par l’offensive, comme l’*industria*;
*fortitudo*, lorsqu’il se manifeste par la résistance et la
défensive, comme la *constantia*. Tac. Ann. XI, 19. Nos
*virtutem* auximus, barbari *ferociam* infregere. Cela rehaussa
le courage discipliné des Romains en rabaissant le courage
brutal des barbares.
Ferre. Portare. Bajulare. Gerere.
1. *Ferre*, φέρειν, porter, en général; *portare* et *bajulare*,
ϐαστάζειν, transporter un fardeau: *portare*, pour soi ou pour
les autres; *bajulare*, en qualité de portefaix. Dans Cæs. B. G.
I, 16. Ædui frumentum... *conferri*, *comportari*, adesse
dicere, *conferre* se rapporte à la livraison que chaque sujet
vient faire de sa contribution partielle entre les mains des
autorités locales; *comportare*, à la remise à César de toutes
les réquisitions réunies.
2. *Ferre*, *portare* et *bajulare* n’expriment qu’un rapport
éventuel, celui du porteur à son fardeau; *gerere*, *gestare*
expriment, comme φορεῖν, un rapport plus particulier, celui du
propriétaire à son bien.
*Bellum ferre* ne signifie guère que *inferre* ou *tolerare
bellum*. *Bellum gerere* se rapproche de *bellum habere* et ne
s’applique qu’au peuple entier ou au souverain, à celui qui a
pris la résolution de faire la guerre et qui est en état de
guerre, mais nullement à l’armée qui combat, ni au général
chargé de diriger les opérations. *Gerit* bellum populus
Romanus, administrat consul, capessit miles. Le peuple romain a
la charge de la guerre, le consul la conduit, le soldat la fait.
Ferre. Tolerare. Perferre. Perpeti. Sustinere. Sinere.
Sustentare.
1. *Ferre* ne fait voir dans la souffrance qu’un fardeau à
porter: c’est un terme impersonnel, comme φέρειν; *tolerare*,
*perferre* et *pati*, *perpeti* peignent la situation d’esprit
de la personne qui porte et qui souffre: le *tolerans* et le
*perferens*, τολμῶν, supportent la souffrance sans y succomber,
avec force et fermeté; ce sont des synonymes de *sustinens*; le
*patiens* et le *perpetiens* souffrent sans lutter, de bonne
grâce ou avec résignation, avec patience; ce sont des synonymes
de *sinens*. *Ferre* et *tolerare* ne peuvent avoir pour régime
qu’un nom; *pati* peut avoir un nom ou un infinitif.
2. *Perferre*, et en vieux latin *ecferre*, est un augmentatif
de *tolerare*, comme *perpeti* de *pati*, supporter et souffrir
héroïquement. Poet. ap. Cic Tusc. IV, 29. Nec est malum, quod
non natura humana *patiendo* *ecferat*. Et il n’y a point de mal
dont la nature humaine ne triomphe à l’aide de la résignation.
Comparez Sen. Thyest. 307. Leve est miserias *ferre*, *perferre*
est grave. Il est aisé d’être malheureux, il est difficile de
l’être avec constance. Plin. H. N. XXXVI, 21. Qui *perpeti*
medicinam non *toleraverant*. Ceux qui n’avaient pas eu la force
d’endurer le remède. Tac. Ann. III, 3. Magnitudinem mali
*perferre* visu non *toleravit*. Elle n’eut point la force de
braver la vue de ce grand malheur.
3. *Tolerare*, continuer à se tenir droit et ne pas succomber
sous un fardeau; *sustinere*, soutenir le fardeau même et ne
point le laisser tomber.
4. *Pati*, laisser faire sans objection, se dit d’un assentiment
d’esprit; *sinere*, ne pas retenir, n’empêcher en aucune façon,
d’un consentement en forme, comme permettre. *Pati* a
régulièrement pour régime l’action même et se construit avec
l’infinitif; *sinere*, la personne, et il se construit avec
*ut*.
5. *Sustinere* signifie en général soutenir; *sustentare*,
soutenir à force de mal et de peine. Cic. Muren. 2. Quis mihi in
republica... debet esse conjunctior quam is cui respublica a me
uno traditur *sustinenda*, magnis meis laboribus ac periculis
*sustentata*? Quel est l’homme d’État sur l’attachement duquel
je dois compter? N’est-ce pas celui que j’appelle moi-même, et
moi seul, à devenir l’appui de l’État que j’ai péniblement étayé
au prix de grandes fatigues et de grands dangers? Curt. VIII, 4,
15. Forte Macedo gregarius miles seque et arma *sustentans* in
castra venit. Le hasard amena enfin dans le camp un simple
soldat macédonien qui se traînait avec ses armes. Comparez avec
V, 1, 11. Tandem Laconum acies languescere, lubrica arma sudore
*vix sustinens*. La ligne des Spartiates faiblit enfin, leurs
armes leur échappaient de fatigue, ils en soutenaient à peine le
poids.
—Fertilis, v. *Disertus*.
—Fervere, v. *Calere*.
—Festa, v. *Solemnia*.
—Festivus, v. *Lepidus*.
—Fidelitas, v. *Fides*.
—Ferula, v. *Fustis*.
—Fessus, v. *Fatigatus*.
—Festinus, v. *Citus*.
—Fidelis, v. *Fidus*.
Fidere. Confidere. Fidem habere. Credere. Committere.
Permittere.
1. *Fidere*, se fier; *confidere*, se confier à une force et à
un secours; *fidem habere*, croire sur parole à une bonne
intention, et *credere*, y croire de soi-même. Liv. II, 45.
Consules magis non *confidere* quam non *credere* suis
militibus. Les consuls, sans se défier de leurs soldats, ne
comptaient plus sur eux. Le premier verbe, *confidere*, se
rapporte à leur courage; le second, *credere*, à leur fidélité.
2. *Fidere*, etc., présente la confiance à l’état de sentiment;
*committere*, *permittere*, se disent de la confiance en action:
le *committens* agit par pleine conviction de la capacité et de
la bonne volonté de son mandataire, ce qui impose à celui-ci une
responsabilité morale; le *permittens* ne songe qu’à se
débarrasser du fardeau d’une affaire, en sorte que le mandataire
n’a qu’une responsabilité politique ou légale. Cic. Font. 14.
Ita ut *commissus* sit fidei, *permissus* potestati. On le
confie à votre honneur, on le remet en votre pouvoir.
Fides. Fidelitas. Fiducia. Confidentia. Audacia. Audentia.
1. *Fides* et *fidelitas*, la fidélité que l’on garde soi-même
aux autres: *fides*, dans un sens général, comme πίστις,
l’habitude de tenir parole, la réputation d’homme sûr qu’on doit
à une honnêteté scrupuleuse, la confiance qu’on inspire par là
aux autres, l’honneur; *fidelitas*, dans un sens particulier,
comme πιστότης, la fidélité dans l’attachement à des personnes
auxquelles on s’est une fois donné. *Fiducia* et *confidentia*,
la confiance qu’on a dans les autres: *fiducia*, la bonne et
louable confiance en des choses auxquelles il est réellement
permis de se fier, l’assurance qui est parente du courage, par
opposition à *timor*, comme θάρσος; *confidentia*, la confiance
aveugle et blâmable, particulièrement en sa propre force, par
opposition à la prévoyance et à la modestie, la suffisance,
parente de l’orgueil, θράσος.
2. *Fiducia* et *confidentia* ont leur raison d’être dans la
confiance du succès; *audacia* et *audentia*, dans le mépris du
danger: l’*audacia* est tantôt une hardiesse louable et comme un
augmentatif de *fiducia*, tantôt une effronterie blâmable, et il
se dit alors par euphémisme pour *temeritas*, comme τόλμα;
l’*audentia* est toujours un esprit d’entreprise louable. Juven.
XIII, 108. Quum magna malæ superest *audacia* causæ, creditur a
multis *fiducia*. Qu’on paye d’audace dans une méchante cause,
la foule croit à une noble confiance. Sen. Ep. 87. Quæ bona sunt
*fiduciam* faciunt, divitiæ *audaciam*. Les vrais biens
inspirent une louable confiance, les richesses de l’audace.
—Fides, v. *Religio*.
—Fides, v. *Chorda*.
—Fiducia, v. *Fides*.
Fidus. Fidelis. Infidus. Infidelis. Perfidus. Perfidiosus.
1. *Fidus* marque une qualité native; c’est quelquefois un
éloge; *fidelis* marque une vertu morale, un trait de caractère;
c’est toujours un éloge. Liv. XXII, 22. Eo vinculo Hispaniam vir
unus solerti magis quam *fideli* consilio exsolvit. Abellex erat
Sagunti, nobilis Hispanus, *fidus* ante Pœnis. L’Espagne fut
dégagée de ce lien par un seul homme à l’aide d’une combinaison
qui marquait plus de génie que de fidélité. Il y avait à Sagonte
un certain Abellex, noble Espagnol, auparavant attaché à la
cause punique.
2. *Infidus*, qui n’est pas sûr; *infidelis*, infidèle;
*perfidus* et *perfidiosus*, sans foi: *perfidus*, perfide à
l’occasion; *perfidiosus*, plein de perfidie, traître dans
l’âme.
Figura. Forma. Species.
*Figura*, forme quelconque au sens mathématique, pourvu qu’elle
ait des contours déterminés, comme σχῆμα, la figure; *forma*, la
forme au sens esthétique, comme expression visible et comme
empreinte de l’être intérieur, en correspondance avec cet être,
comme μορφή; enfin, *species*, l’apparence physique opposée à
l’être intérieur et invisible auquel elle sert simplement de
couverture, comme εἶδος. *Figurare*, donner une forme arrêtée à
une matière entièrement informe; *formare*, façonner, c’est-à-
dire donner à une masse grossière la forme qu’elle doit avoir;
et enfin, *speciem addere*, parer, c’est-à-dire donner à une
matière déjà façonnée un caractère extérieur qui plaise à l’œil.
*Figura* se rapporterait donc exclusivement aux contours ou
linéaments, tandis que *forma* ou du moins *species*
comprendrait la couleur, la grandeur et autres détails.
—Fimus, v. *Lutum*.
Findere. Scindere.
*Findere*, diviser un corps dans le sens de ses joints naturels,
le décomposer pour ainsi dire en ses parties élémentaires, comme
fendre et cliver; *scindere*, le diviser par force sans aucun
égard aux joints et le mettre en pièces, comme couper et
déchirer. *Findere lignum* veut dire fendre une bûche de bois en
s’aidant de la nature même du bois, dans le sens de la longueur;
mais *scindere*, casser par pure force, en largeur. Le *findens
æquor nave* considère la mer comme un assemblage de parties
liquides; le *scindens*, comme n’ayant fait qu’un tout dès
l’origine.
Finire. Terminare. Consummare. Absolvere. Perficere.
*Finire* et *terminare* marquent la fin d’une action sans égard
au progrès qu’on a pu faire vers le but: *finire*, finir, par
opposition à *incipere*; mais *terminare*, mettre un terme, une
limite, par opposition à *continuare*. *Consummare*, *absolvere*
et *perficere* marquent l’achèvement d’un ouvrage: *consummare*
(qui ne paraît qu’après le siècle d’Auguste), comme terme
général; il s’oppose à une demi-besogne; *absolvere*, par
allusion à un devoir accompli, à un travail pénible qui vient
d’être terminé et qui rend l’ouvrier à la liberté; il s’oppose à
*inchoare*; *perficere*, par allusion à un but qu’on a atteint,
à une tâche qu’on s’était soi-même imposée, laquelle est
terminée et parfaite; il s’oppose à *conari*. *Absolutus* ne
suppose d’ailleurs que l’exécution complète de l’ouvrage, comme
ἐντελής, tandis que *perfectus* marque la perfection de l’œuvre,
comme τέλειος.
Finis. Terminus. Limes.
*Finis*, limite considérée comme une ligne mathématique, τέλος;
*terminus* et *limes*, démarcation matérielle: *terminus*, borne
qui indique un point extrême, τέρμα; *limes*, bande qui trace
une ligne de séparation, ὄρος. Cic. Læl. 16. Constituendi sunt
qui sint in amicitia *fines* et quasi *termini* diligendi. Il
faut établir quelles doivent être entre amis les limites et,
pour ainsi dire, les bornes de l’affection. Hor. Carm. II, 18,
24. Revellis agri *terminos* et ultra *limites* clientium salis
avarus. Tu arraches les bornes du champ et tu sautes dans ton
avarice par-dessus les limites de tes clients.
—Finitimus, v. *Vicinus*.
—Fiscus, v. *Ærarium*.
—Flagitium, v. *Delictum*.
—Flavus, v. *Luteus*.
—Fluctus, v. *Aqua*.
—Firmus, v. *Validus*.
—Flagitare, v. *Petere*.
—Flagrare, v. *Ardere*.
—Flere, v. *Lacrimare*.
Fluere. Manare. Liquere.
*Fluere* se dit d’une eau qui court, d’un liquide en mouvement;
*manare*, d’une eau qui jaillit et déborde, d’un liquide qui se
répand; *liquere*, d’une eau ou d’un liquide qui se disperse en
vertu de sa nature physique. La cause de l’effet que marque
*fluere* est dans l’absence de digue qui permet au corps liquide
de couler en descendant par la loi de la pesanteur; celle de
l’effet que marque *manare* est dans le trop-plein de la source;
enfin, *liquere*, être à l’état liquide, marque l’absence de
cohésion, la condition négative indispensable pour donner lieu
aux effets que désignent *fluere* et *manare*. *Fluere* se
rapproche de *labi* et a pour opposés *hærere*, *stare*;
*manare*, d’*effundi*, et il a pour opposés *contineri*,
*claudi*; enfin, *liquere*, de *dissolvi*, et il a pour opposés
*concrevisse*, *rigere*. Gell. XVII, 11. Plato potum dixit
*defluere* ad pulmonem, eoque satis humectato *demanare* per eum
quia sit rimosior et *confluere* inde in vesicam. D’après une
opinion attribuée à Platon, l’eau que nous buvons coule de haut
en bas jusqu’au poumon, puis, quand elle l’a suffisamment
humecté, elle en ressort par une multitude de pores et va se
réunir dans la vessie.
Fluvius. Flumen. Amnis.
*Fluvius*, *flumen*, marquent, comme ῥόος, ῥεῦμα, un cours d’eau
ordinaire, par opposition à un étang ou à un lac; *amnis*, un
grand fleuve, ποταμὸς, par opposition à la mer. Cic. Divin. I,
35, 78. Ut *flumina* in contrarias partes fluxerint atque in
*amnes* mare influxerit. Les rivières remontèrent leur propre
cours et la mer se jeta dans les fleuves. Sen. N. Q. III, 19.
Habet ergo non tantum venas aquarum terra, ex quibus corrivatis
*flumina* effici possunt, sed et *amnes* magnitudinis vastæ. La
terre ne contient pas seulement des filets d’eau qui peuvent
former des rivières en se réunissant, mais encore des fleuves
d’un volume immense. Et un peu plus loin: Hanc magnis *amnibus*
æternam esse materiam, cujus non tangantur extrema sicut
*fluminum* et *fontium*. Tel est le réservoir qui alimente
éternellement les grands fleuves, mais dont l’origine n’est pas
accessible comme celle des rivières et des sources. Tac. Hist.
V, 13. Quo Mosæ *fluminis* os *amnem* Rhenum Oceano affundit.
Dans les parages où la Meuse, qui est une rivière, prête son
embouchure à un fleuve, au Rhin, pour le verser dans l’Océan.
Fœcundus. Fertilis. Ferax. Uber. Frugifer. Fructuosus.
1. *Fœcundus* marque, comme εὔτοχος, la fécondité chez les êtres
vivants qui font des petits; il est opposé à *effœtus*;
*fertilis* et *ferax* marquent, comme εὔφορος, la fécondité de
la nature et des éléments inanimés qui produisent; ils ont pour
opposé *sterilis*. Tac. Ann. XII, 63. Byzantium *fertili* solo
*fœcundo*que mari quia vis piscium hos ad portus adfertur.
Byzance possède un sol fertile et une mer féconde, car des
circonstances locales poussent une multitude de poissons vers
les ports de cette côte. Le trope employé ici par Tacite
consiste à personnifier la mer, ce qui était bien plus aisé que
de personnifier le sol. C’est la terre, non le sol, qui, après
avoir d’abord paru comme élément, figure ensuite comme personne
dans les passages suivants. Tac. Germ. 5. Terra satis *ferax*,
frugiferarum arborum impatiens, *pecorum fœcunda*, sed plerumque
improcera. La terre, qui paraît assez fertile, repousse les
arbres fruitiers; elle est féconde en bestiaux, mais la plupart
de petite taille. Mela. I, 9, 1. Terra mire *fertilis* et
animalium *perfœcunda* genetrix. C’est une terre d’une fertilité
étonnante et d’une fécondité extrême à engendrer pour ainsi dire
des animaux.
2. *Fertilis* marque la fertilité réelle subordonnée à la
culture; *ferax*, la fertilité possible fondée sur la nature du
sol. Cicéron emploie *fertilis* dans le sens propre, *ferax*
dans le sens figuré.
3. *Fertilis* et *ferax* associent à l’idée de la fécondité
celle d’une force créatrice et productive, l’image du père et de
la mère; *uber*, une idée de nourriture et d’entretien, l’image
de la nourrice, comme εὐθηνής; *frugifer*, l’image de la
campagne qui porte des moissons; *fructuosus*, celle de l’arbre
chargé de fruits, comme ἔγϰαρπος.
Fœdus. Societas.
*Fœdus*, association de sûreté mutuelle sur le pied d’un contrat
consacré par la religion; *societas*, association de simple
convenance pour des entreprises communes. Liv. XXIV, 6.
Hieronymus legatos Carthaginem mittit ad *fœdus* ex *societate*
faciendum. Hiéronyme envoie des ambassadeurs à Carthage pour
transformer l’engagement en alliance. Cic. Phil. II, 35. Neque
ullam *societatem*... *fœdere* ullo confirmari posse *credidi*.
Je crus que tous les traités du monde ne parviendraient pas à
cimenter un engagement.
—Fœdus, v. *Teter*.
—Fœmina, v. *Femina*.
Fœnus. Usura.
*Fœnus* présente les intérêts comme le revenu du capital, τόϰος;
*usura*, comme le prix de louage payé par le débiteur qui
utilise le capital, δάνος.
—Fores, v. *Ostium*.
—Forma, v. *Figura*.
—Formido, v. *Vereri*.
—Formare, v. *Erudire*.
Formosus. Pulcher. Venustus.
1. *Formosus* se dit du beau qui contente, attire et fait
plaisir par sa régularité; *pulchrum*, de celui qui se fait
admirer, qui impose et satisfait par sa perfection; *venustum*,
de celui qui charme, éveille et fait naître le désir d’une
jouissance. La *formositas* agit sur le sentiment naturel du
beau, la *pulchritudo*, sur le sens cultivé de l’art, la
*venustas*, sur les ressorts les plus délicats de la sensualité.
Suet. Ner. 51. Fuit vultu *pulchro* magis quam *venusto*, c’est-
à-dire qu’il avait dans les traits plus de perfection et de
beauté régulière que d’agrément, que c’était une beauté froide
et impassible vers laquelle personne ne se sentait entraîné.
2. *Venustas*, le charme, est un augmentatif de *gratia*, la
grâce; celui-là entraîne, celle-ci attire.
—Fors, v. *Casus*.
—Fortitudo, v. *Ferocia*.
—Fortunatus, v. *Felix*.
—Fovere, v. *Calere*.
—Forte, fortuito, v. *Casu*.
—Fortuna, v. *Casus*.
—Fovea, v. *Specus*.
Fragor. Strepitus. Crepitus. Sonitus.
*Fragor*, son creux, sourd, craquement, δοῦπος; *strepitus*, son
retentissant, bruyant, mugissement, bruissement, cri, ϰτύπος;
*crepitus*, son isolé ou souvent répété, claquement, cliquetis,
ϰροῦσις, ϰρότος; *sonitus*, son qui provient des vibrations de
corps élastiques, tintement, résonnance, ἠχή. Cic. Top. 12.
Quæruntur pedum *crepitus*, *strepitus* hominum. Il y a lieu de
chercher si l’on n’a pas entendu quelque bruit de pas ou de
cris.
—Fragrare, v. *Olere*.
Frangere. Rumpere. Divellere.
1. *Frangere*, briser un corps dur en morceaux; *rumpere*,
déchirer un corps flexible. Cato. ap. PRISC. Si quis membrum
*rupit* aut os *fregit*, parce que dans le membre rompu ce n’est
point l’os invisible, mais les chairs visibles qui paraissent
séparées. Catenæ *franguntur*, vincula *rumpuntur*. On brise des
chaînes, on déchire des liens. Quand *rumpere* s’applique à
quelque corps dur, il implique l’idée d’un effort et d’un
danger: le *frangens* met en pièces ce qui est entier, le
*rumpens* ce qui le gêne.
2. *Disrumpere* et *diffringere*, mettre en pièces, en morceaux
ce qui formait dans l’origine un tout; *divellere*, séparer ce
qui n’était qu’assemblé.
—Fraudare, v. *Fallere*.
Frenum. Habena. Oreæ.
1. *Frenum*, le frein à l’aide duquel le cavalier maîtrise le
cheval sauvage, χαλινός; *habena*, la bride avec laquelle il
dirige le cheval docile, ἠνίον. Hor. Ep. I, 15, 13. Læva
stomachosus *habena* dicet eques; sed equi *frenato* est auris
in ore, c’est-à-dire il n’obéit pas à la bride et il faut qu’il
sente le frein. Cic. Orat. I, 53. Senatum servire populo, cui
populus ipse moderandi et regendi sui quasi quasdam *habenas*
tradidisset. Le sénat devenir l’esclave du peuple, quand le
peuple même lui avait donné tout pouvoir de le conduire et de le
gouverner et mis pour ainsi dire les rênes en main! Comparez
avec Tac. Dial. 38. Pompeius adstrinxit imposuitque quasi
*frenos* eloquentiæ. Pompée rétrécit la carrière et mit pour
ainsi dire un frein à l’éloquence.
2. *Oreæ*, *aureæ*, qui n’est plus usité que dans le composé
*auriga*, était peut-être le terme générique de *frenum* et
d’*habena* à peu près comme harnais.
—Frequenter, v. *Sæpe*.
—Fricare, v. *Lævis*.
—Fretus, v. *Confisus*.
Frigere. Algere. Algidus. Alsus. Gelidus. Frigus. Gelu. Glacies.
1. *Frigere*, être froid par opposition à *calere*; *algere*,
avoir froid par opposition à *æstuare*.
2. *Algidus* se dit du froid qui fait une impression
désagréable; *alsus*, de la fraîcheur qui apporte du
soulagement.
3. *Frigidus* se dit d’un degré de froid modéré par opposition à
*calidus*; *gelidus*, du degré de froid qui amène la congélation
par opposition à *fervidus*.
4. *Frigus*, le froid en lui-même, celui qui arrive et s’en va;
*frigedo*, l’état d’un homme saisi par le froid, état qui
commence et qui cesse; c’est une forme archaïque tombée en
désuétude par l’emploi général de *frigus*.
5. *Gelu*, *gelus*, *gelum* marquent, comme ϰρύος, le froid
capable de produire la glace; *gelicidium*, une manifestation
isolée de ce froid, une nuit où il gèle, comme ϰρυμός; et
*glacies*, comme ϰρύσταλλος, l’effet de ce froid, la glace.
—Fructuosus, v. *Fœcundus*.
—Frugifer, v. *Fœcundus*.
—Frugi, v. *Bonus*.
—Frui, frunisci, v. *Uti*.
Frustra. Nequidquam. Incassum. Irritus.
1. *Frustra*, en vain, par rapport au sujet qui se voit trompé
dans son attente et ses calculs; *nequidquam*, inutilement, pour
rien, pour moins que rien, par rapport à la chose qui ne s’est
point faite.
2. Même différence entre *frustra* employé adjectivement qui se
rapporte à la personne, et le véritable adjectif *irritus*, qui
se rapporte à la chose.
3. *Frustra* et *nequidquam* marquent simplement le manque de
succès, comme μάτην, sans allusion à une faute; *incassum*
renferme l’idée accessoire d’un défaut de réflexion, de cette
réflexion qui aurait pu calculer et prévoir l’échec, comme dans
bâtir en l’air, bâtir des châteaux en Espagne, εἰς ϰενόν.
—Frustrari, v. *Fallere*.
—Fruticetum, v. *Rami*.
—Fugitivus, v. *Perfuga*.
Fulciri. Niti.
*Fulciri*, *fultus*, se soutenir, soutenu pour se garantir d’une
chute, en s’appuyant par exemple contre un pilier; *niti*,
*nisus*, pour s’élancer en l’air ou avancer en prenant un point
d’appui sur une base.
Fulgur. Fulguratio. Fulmen.
*Fulgur*, *fulgetrum* et *fulguratio* désignent, comme ἀστραπή,
les apparitions de l’éclair à l’horizon: *fulgur* présente le
phénomène comme momentané et isolé; *fulguratio*, comme durable
et répété. *Fulmen*, c’est, comme ϰεραυνός, l’effet de l’éclair
qui tombe à terre, la foudre. Liv. XL, 59. *Fulguribus*
præstringentibus aciem oculorum, sed *fulmina* etiam sic undique
micabant ut peti viderentur corpora. Au milieu des éclairs qui
éblouissaient les yeux, la foudre même étincelait de toute part
au point de faire craindre pour les hommes. Plin. H. N. II, 43.
Si in nube erumpat ardens, *fulmina*; si longiore tractu
nitatur, *fulgetra*; his findi nubem, illis perrumpi. Quand le
feu du ciel éclate dans un nuage, c’est la foudre; quand l’effet
se produit en longueur, c’est l’éclair: l’éclair sillonne la nue
que la foudre déchire.
—Funale, v. *Fax*.
—Fundus, v. *Villa*.
—Fundamentum, fundus, v. *Solum*.
—Funis, v. *Laqueus*.
Funus. Exsequiæ. Pompa.
*Funus*, le transport du cadavre comme ἐϰφορά; *exsequiæ* et
*pompa*, le cortége solennel qui accompagne le corps:
*exsequiæ*, le cortége vivant composé de parents et d’amis;
*pompa*, la pompe inanimée composée des statues des ancêtres et
autres ornements. Cic. Quint. 15. Funus quo amici conveniunt ad
*exsequias* cohonestandas. Le convoi où les amis se pressent
pour embellir le cortége. Nep. Att. 22. Elatus est in lecticula,
sine ulla *funeris* *pompa*, *comitantibus* omnibus bonis,
maxima vulgi frequentia. On l’emporta dans une petite litière;
nulle pompe au convoi, mais un cortége de tous les gens de bien
et un très-grand concours de peuple.
—Furari, v. *Demere*.
—Furor, v. *Amens*.
Fustis. Ferula. Sudes. Trudis. Rudis. Scipio. Baculus.
1. *Fustis* et *ferula*, bâton qui sert à frapper; *sudes*,
*trudis* et *rudis*, à porter un coup de pointe; *scipio* et
*baculus*, à marcher.
2. *Fustis*, gourdin, bâton noueux assez gros pour donner la
mort; *ferula*, baguette ou verge pour corriger la jeunesse des
écoles; *sudes* et *trudis*, armes de guerre; *rudis*, bâton
servant de fleuret dans les salles d’armes; *scipio*, bâton
d’apparat et de dignité, symbole du pouvoir ou d’un âge
vénérable; *baculus*, *bacillum*, bâton utile et commode sur
lequel on s’appuie, mais qui sert d’arme au besoin.
G
—Galea, v. *Cassis*.
—Gannire, v. *Latrare*.
—Ganeum, v. *Deversorium*.
Garrire. Fabulari. Blatire. Blaterare. Loquax. Verbosus.
1. *Garrire* se dit du bavardage par allusion à la démangeaison
de parler; *fabulari* par allusion à la nullité, *blatire* et
l’augmentatif *blaterare* à la folie de ce qu’on dit.
2. Le *garrulus* assomme par la nature, le *loquax* par le
nombre de ses propos. En effet, *garrulitas* exprime le
bavardage enfantin ou frivole né du plaisir de parler ou de
s’entendre parler, sans égard à la valeur et au sens des
paroles, ayant sa source dans un excès de vivacité juvénile ou
même dans l’abus d’un talent distingué, λαλία; *loquacitas* est
le flux de paroles propre aux vieilles gens qui se croient
sages, venant d’une incapacité d’être bref, qui a pour cause
l’affaiblissement de l’âge, ἀδολεσχία. Le *garrulus* lasse et
agace aisément par envie de plaire et de distraire; le *loquax*
ennuie souvent par envie d’instruire et d’être clair.
3. *Garrulus* et *loquax* se disent des personnes, des orateurs;
*verbosus*, des choses, des discours, des écrits.
Gaudere. Lætari. Hilaris. Alacer. Gestire. Exsultare.
1. *Gaudere* présente la joie comme un état de l’âme, par
opposition à *dolor*, ἥδεσθαι; *lætari* et *hilarem esse*, comme
une manifestation de cet état. Tac. H. II, 29. Ut Valens
processit, *gaudium*, miseratio, favor; versi in *lætitiam*...
laudantes gratantesque. L’apparition de Valens dispose les
soldats à la joie, à l’attendrissement, à l’amour; leur joie se
montre, ils le louent, le félicitent.
2. Le *lætus* manifeste sa joie par une sérénité qui révèle un
parfait contentement des circonstances présentes, par opposition
à *mœstus*; l’*hilaris*, par une surexcitation et une gaieté qui
porte à la plaisanterie et au rire, par opposition à *tristis*;
l’*alacer* enfin par une vivacité qui dénote un excès de courage
et d’ardeur, par opposition à *territus*. Le *gaudens*, *lætus*,
*hilaris* a de la joie à propos d’un bonheur, l’*alacer* a en
outre du plaisir à ce qu’il fait. Cic. Divin. I, 33, 73. Equum
*alacrem* *lætus* adspexit. Il regarda avec une joie visible ce
généreux coursier. La *lætitia* s’annonce de préférence par un
front déridé et par une bouche qui sourit; l’*hilaritas* par le
mouvement des yeux qui brillent et rayonnent de joie;
l’*alacritas*, par des regards animés, pleins de feu et de
courage. Sen. Ep. 116. Quantam *serenitatem* *lætitia* dat! Quel
air de sérénité donne l’expression de la joie! Tac. Agr. 39.
*Fronte latus*, pectore anxius. Le front riant, le cœur troublé.
Cic. Pis. 5. Te *hilarioribus* oculis quam solitus es intuente.
Tu avais dans les yeux et les regards plus de gaieté que de
coutume.
3. *Gaudere* et *lætari* marquent une joie modérée; *exsultare*,
*gestire* et peut-être encore le verbe archaïque *vitulari*, une
joie passionnée, excessive, comme jubiler ou triompher: le
*gestiens* trahit la sienne par une surexcitation involontaire
de tout son être, par des yeux étincelants, par l’impossibilité
de se tenir tranquille; l’*exsultans*, en s’abandonnant de plein
gré et sans réserve à la joie, et sinon par des sauts et des
bonds, au moins par des explosions de joie que rien n’arrête et
qui frisent l’extravagance.
4. *Jucundus* marque comme *juvat* me un mouvement de joie,
*lætus* un état plus durable; aussi *lætus* sert-il à Pline, Ep.
V, 12, à exprimer l’idée avec plus de force. Quam mihi a
quocumque excoli *jucundum*, a te vero *lætissimum* est. Venant
de quelqu’un d’autre, les embellissements de notre ville natale
me procurent une émotion de plaisir, venant de toi un plaisir
infini.
—Gazæ, v. *Divitiæ*.
—Gelicidium, gelidus, gelu, v. *Frigere*.
—Geminus, v. *Duplex*.
—Generare, v. *Creare*.
—Gena, v. *Mala*.
Gens. Natio. Populus. Civitas.
1. *Gens* et *natio*, peuple au sens physique et ethnographique,
comme une société fondée sur une origine et une parenté commune
qui peut exister en dehors de tout progrès dans la civilisation;
*populus* et *civitas*, peuple au sens politique, comme société
perfectionnée, civilisée et dotée d’une constitution. Sall. Cat.
10, 1. *Nationes* feræ et *populi* ingentes subacti. Des tribus
sauvages et de grands peuples soumis par la force.
2. *Gens*, race entière qui peut contenir plusieurs peuples ou
peuplades, φύλον; *natio*, tribu, peuplade, peuple issu et
détaché de cette race, ἔθνος. Vell. Pat. II, 98. Omnibus ejus
*gentis* *nationibus* in arma accensis. Ayant allumé le feu de
la guerre chez toutes les tribus de cette race. Mais de même que
*gens* dans ce sens physique d’un ensemble de peuplades est un
terme plus étendu que *natio*, de même dans son sens politique
et accessoire d’un groupe de familles qui se rattachent à une
souche commune, γένος, c’est un terme moins étendu que
*populus*; d’où vient qu’on voit tantôt le *populus* former en
qualité de peuple civilisé une branche, *natio*, de la race ou
*gentis* naturelle. Liv. IV, 49. Bolanis suæ *gentis* *populo*.
Les Èques refusèrent leur appui aux Bolans, quoique peuple de
leur race: tantôt la *gens* former en qualité de société
politique une partie du *populi*. Just. VII, 1. Adunatis
*gentibus* variorum *populorum*. Par la fusion des grandes
familles de plusieurs peuples.
3. *Civitas*, la cité, πόλις, envisagée dans ses rapports
intérieurs, la réunion des habitants qui jouissent de la
plénitude des droits de cité et qui sont les vrais maîtres du
pays; *populus*, le peuple, δῆμος, dans une acception plus
générale, au point de vue des relations sociales tant au dedans
qu’au dehors; il comprend tous ceux qui appartiennent à l’État.
Un peuple peut se décider à la guerre en qualité de *civitas*,
mais il ne peut la faire que comme *populus*. La *civitas* est
de toute nécessité sédentaire, le *populus* peut être une
population nomade.
—Gens, genus, v. *Stirps*.
—Gestire, v. *Velle* et *Gaudere*.
—Gilvus, v. *Luteus*.
—Gerere, v. *Ferre* et *Agere*.
—Gignere, v. *Creare*.
—Glaber, v. *Lævis*.
—Glacies, v. *Frigere*.
Gladius. Ensis. Pugio. Sica.
1. *Gladius*, terme ordinaire; *ensis*, terme noble et poétique
pour désigner l’épée.
2. *Pugio*, le poignard comme arme licite et apparente du soldat
outre l’épée; *sica*, comme arme déshonnête et cachée du bandit,
venant en aide au poison.
Globus. Sphæra.
*Globus*, terme populaire pour toute espèce de corps sphérique;
*sphæra*, terme scientifique emprunté au grec pour la sphère
mathématique.
—Globus, v. *Caterva*.
Gloria. Claritas.
*Gloria*, la gloire qui fait parler des gens, ϰλέος; *claritas*,
la gloire éclatante qui attire les regards, δόξα.
—Gloriatio, v. *Jactatio*.
—Gnavitas, v. *Opera*.
—Gradatim, v. *Paulatim*.
—Glutus, v. *Faux*.
—Gracilis, v. *Exilis*.
—Gradiri, v. *Ire*.
Gradus. Gressus. Passus.
1. *Gressus*, le pas rapporté à la personne qui marche;
*gradus*, le pas même. Le *gressus* a lieu par le fait et
l’action de la personne, le *gradus* est une distance à
franchir.
2. *Gressus* ne se dit que de la marche; *passus* se dit en
outre de la station, pourvu que les pieds soient écartés comme
pour marcher. *Gressus* désigne toute espèce d’allure trop
courte ou trop longue, trop lente ou trop rapide pour mériter de
s’appeler un pas; *passus* ne désigne qu’un pas régulier et
réglé qui pourrait servir au besoin de mesure de longueur. Virg.
En. I, 414410. Tendere *gressus* ad mœnia. Diriger sa marche
vers les murs. Comparez avec II, 723. Julus... sequitur patrem
non *passibus* æquis, Jule suit son père d’un pas inégal.
Græci. Graii. Græculi. Græcanicus.
1. *Græci*, nom ethnographique et historique des Grecs, sans
idée accessoire; *Graii*, terme d’éloge pour désigner le peuple
classique et héroïque de l’antiquité; *Græculi*, terme de blâme
pour le peuple dégénéré sans foi ni loi du temps des écrivains
romains.
2. *Græcum*, ce qui est authentiquement grec, ce qui existe en
Grèce ou qui en vient; *græcanicum*, ce qui n’est grec que par
imitation et plagiat.
—Grandævus, v. *Vetus*.
—Grandis, v. *Magnus*.
—Gratia, v. *Studium*.
Gratias agere, Habere, Referre. Grates. Gratari. Gratulari.
1. *Gratiam* ou *gratias habere*, savoir gré du fond du cœur,
χάριν εἰδέναι; *gratias agere*, remercier en paroles,
εὐχαριστεῖν; enfin, *gratiam referre*, prouver sa reconnaissance
par des actes, χάριν φέρειν, ἀντιχαρίζεσθαι. Cic. Магс. 11, 33.
Maximas tibi omnes *gratias agimus*, majores etiam *habemus*.
Nous t’offrons tous les plus vives actions de grâces, et notre
reconnaissance va encore au delà. Off. II, 20. Inops etiamsi
*referre* gratiam non potest, *habere* tamen potest.
L’indigence, impuissante à payer de retour, peut néanmoins être
reconnaissante.
2. *Gratias agere* est la formule du langage ordinaire; *grates
agere*, celle du style noble et choisi. Cic. Somn. *Grates* tibi
ago, summe sol, vobisque, reliqui cœlites. Souverain soleil,
dieux du ciel, ma voix vous rend grâces.
3. De même *gratulari* désigne des remercîments faits par
occasion, sans accompagnement de sacrifice et des félicitations
familières; *gratari*, des prières de remercîment ou des
félicitations solennelles. Liv. VII, 3. Jovis templum
*gratantes* ovantesque adire. Porter en triomphe au temple de
Jupiter des remercîments solennels. Comparez avec Ter. Heaut. V,
1, 6. Desine deos *gratulando* obtundere. Cesse d’assourdir les
dieux de tes remercîments.
Gratus. Jucundus. Acceptus. Gratiosus.
1. *Gratum*, ce qui nous agrée, parce que nous y attachons du
prix, ce qui nous paraît précieux, intéressant, ce qui vaut des
remercîments; *jucundum*, ce qui nous agrée, parce que nous y
prenons du plaisir. *Gratus* peut se dire d’une nouvelle
fâcheuse qui nous met à même de prendre nos mesures en temps
utile; la nouvelle n’en sera pas moins *injucunda*. Cic. Att.
III, 24. Ista veritas etiamsi *jucunda* non est, mihi tamen
*grata* est. Quoique cette vérité ne me fasse point plaisir,
elle ne laisse pas de m’être précieuse. Famm. V, 18. Cujus
officia *jucundiora* scilicet sæpe mihi fuerunt, nunquam
*gratiora*. Ses bons offices m’ont souvent paru plus agréables,
ils ne m’ont jamais été plus chers.
2. *Gratus* s’entend d’un sentiment; il s’agit de ce qu’on
souhaite; *acceptus*, de l’expression de ce sentiment, lorsqu’on
avoue que les choses viennent à propos.
3. Le *gratus alicui* ne rencontre point de défaveur, on l’aime;
le *gratiosus apud aliquem* est l’objet d’une faveur marquée et
d’un attachement passionné, c’est le favori.
—Gravitas, v. *Moles* et *Severitas*.
Gremium. Sinus.
*Gremium*, le giron, entre la ceinture et les genoux d’une
personne assise, et au figuré le symbole de la sollicitude
maternelle; *sinus*, le sein, et au figuré le symbole de
l’obscurité qui abrite et protége. Cic. Pis. 37. Ætolia procul a
barbaris disjuncta gentibus in *sinu pacis* posita medio fere
Græciæ *gremio* continetur. Séparée des races barbares par son
éloignement, située au sein de la paix, l’Étolie ne s’étend pas
hors du giron de la Grèce.
—Gressus, v. *Gradus*.
—Grumus, v. *Collis*.
—Grex, v. *Caterva* et *Pecus*.
—Gula, v. *Faux*.
—Gurgulio, v. *Faux*.
—Gurges, v. *Vorago*.
—Gustus, gustare, v. *Sapor*.
Gutta. Stilla. Stiria.
*Gutta*, goutte naturelle; *stilla*, goutte mesurée
artificiellement. C’est d’ailleurs l’idée de petitesse qui
domine dans *gutta*, d’où *guttatim*, goutte à goutte; dans
*stilla*, c’est l’idée d’humidité, d’où *stillatim*, en
dégouttant. *Stilla*, goutte liquide; *stiria*, goutte gelée.
—Guttur, v. *Faux*.
—Gyrus, v. *Orbis*.
H
—Habena, v. *Frenum*.
—Habitare, v. *Incolere*.
—Hactenus, v. *Adhuc*.
—Habere, v. *Tenere*.
—Habitus, v. *Vestis*.
—Hædus, v. *Caper*.
Hærere. Pendere.
*Hærere*, rester empêché sans qu’on puisse se détacher ou
avancer; *pendere*, être suspendu et ne pouvoir tomber à terre.
Cic. Acadd. II, 39. Ut videamus terra penitusne defixa sit et
radicibus suis *hæreat*, an *media* pendeat. Pour voir si la
terre est fixée par sa base et retenue par ses racines ou
suspendue dans l’espace.
—Hæsitare, v. *Cunctari*.
—Hamus, v. *Uncus*.
Hariolari. Vaticinari.
*Hariolari*, prédire, avec une idée accessoire de charlatanisme,
χρησμολογεῖν; *vaticinari*, avec une idée accessoire
d’inspiration, prophétiser, μαντεύεσθαι. Dans ce passage de
Cicéron, Divin. I, 2. *Hariolorum* et *vatum* furibundæ
prædictiones; *harioli*, ce sont ceux qui passent d’avance aux
yeux du public pour des charlatans de profession; *vates*, ceux
que Cicéron, du haut de sa philosophie, regarde comme autant
d’autres charlatans.
—Hasta, v. *Missile*.
—Helluo, v. *Prodigus*.
—Heros, v. *Numen*.
—Hircus, v. *Caper*.
—Hirsutus, hirtus, hispidus, v. *Horridus*.
—Historiæ, v. *Annales*.
—Hœdus, v. *Caper*.
—Haud scio an, v. *Casu*.
—Helvus, v. *Luteus*.
—Hilaris, v. *Gaudere*.
—Histrio, v. *Actor*.
Homicida. Interfector. Peremptor. Interemptor. Percussor.
Sicarius. Carnifex.
1. *Homicida*, meurtrier, en général, coupable du crime de
meurtre, ἀνδροφόνος; *interfector*, *peremptor* et
*interemptor*, celui qui porte le coup mortel à une personne
donnée, que cette action soit un crime ou non, φονεύς;
*percussor* et *sicarius*, instruments d’autrui et simples
exécuteurs d’une volonté étrangère: le *percussor* exécute une
condamnation officielle; le sicaire ou *sicarius* loue et prête
son bras pour un assassinat. Cic. Rosc. Am. 33, 93. Erat tum
multitudo *sicariorum*... et homines impune occidebantur... Si
eos putas... quos qui leviore nomine appellant, *percussores*
vocant, quæro in cujus fide sint et tutela. Il y avait alors de
nombreux sicaires et on tuait avec impunité. Si vous entendez
parler des assassins que les gens qui leur veulent donner le nom
le plus léger appellent exécuteurs, cherchez quel est leur
protecteur et leur appui.
2. Le *percussor* est aux ordres de la puissance politique; il
frappe des citoyens, des proscrits; le *carnifex*, aux ordres de
la justice; il sévit contre des coupables.
Homo. Mas. Vir. Homunculus. Homuncio. Homullus.
1. *Homo*, l’être humain, homme ou femme, par opposition à
*deus* et *bellua*, ἄνθρωπος; *mas* et *vir*, l’homme seul:
*mas*, au sens physique, par opposition à *femina*, comme ἄρσην;
*vir*, au sens moral, par opposition à *mulier*, comme ἀνήρ.
Sen. Polyb. 36. Non sentire mala sua non est *hominis*, at non
ferre non est *viri*. Il faut n’avoir rien d’humain pour ne pas
sentir ses maux, rien de viril pour ne pas les supporter.
2. *Homunculus* sert à marquer la faiblesse et l’impuissance de
l’homme comme étant le lot de l’espèce entière, du genre humain,
par opposition à la toute-puissance de la Divinité, à la
grandeur de la nature et de l’univers; *homuncio* et *homullus*
désignent l’homme faible et sans conséquence en sa qualité
d’individu, par opposition à d’autres hommes: *homuncio*, avec
un sentiment de compassion; *homullus*, avec un sentiment de
mépris.
—Honestus, v. *Virtus* et *Bonus*.
Honorare. Honestare.
*Honorare*, honorer quelqu’un par une distinction qu’on lui
accorde en passant, lui faire honneur; *honestare*, couvrir
quelqu’un d’honneur en attachant à sa personne un éclat durable.
Hornus. Hornotinus.
*Hornus*, terme poétique; *hornotinus*, forme prosaïque du même
mot pour désigner ce qui a lieu pendant l’année.
Horridus. Hirtus. Hirsutus. Hispidus. Asper.
*Horridus*, terme général pour tout ce qui est grossier et rude
par défaut de culture; *hirtus* et *hirsutus* ont un rapport
particulier à la rudesse du poil ou autre couverture, par
opposition à moelleux; *hispidus* et *asper* se rapportent à de
fortes inégalités de surface, par opposition à lisse: *hispidus*
marque que ces aspérités nuisent à la beauté; c’est une question
de coup d’œil; *asper*, qu’elles blessent; c’est une question de
toucher. Vell. P. II, 4, caractérise d’abord par l’emploi
d’*hirtus*, l’extérieur négligé de Marius, puis la rudesse de sa
nature par l’emploi d’*horridus*.
—Horror, v. *Vereri*.
Hortari. Monere.
L’exhortation, *hortatio*, s’adresse directement à la volonté
pour l’obliger à prendre un parti, tandis que l’avertissement,
*monitio*, s’adresse à la conscience et au jugement.
L’*hortatio* a pour but l’action même; la *monitio*, une
représentation qui sert de voie pour conduire à l’action. Sall.
Jug. 60. *Monere* alii, alii *hortari*. Ils avertissaient,
exhortaient. Cat. 60[1]. Sed ego vos quo pauca *monerem*,
convocavi. Je vous ai réunis pour vous donner quelques
avertissements. Sen. Ep. 13. Nimium diu te *cohortor* quum tibi
admonitione magis quam *exhortatione* opus sit. Je perds mon
temps à vous exhorter; vous avez plus besoin d’avis que de
conseils. Cic. Fam. X, 40. Si aut aliter sentirem, certe
admonitio tua me reprimere, aut si dubitarem, hortatio impellere
posset. Si j’étais d’un autre sentiment, un avis de vous
m’arrêterait; si j’hésitais, un conseil de vous m’entraînerait.
—1 Chap. LVIII, dans la collection Lemaire et la collection
Panckoucke.
Hospes. Adventor.
*Hospes*, celui qui va loger chez un ami; *adventor*, chez un
aubergiste. Sen. Benef. I, 14. Nemo se stabularii aut *cauponis
hospitem* judicat. Personne ne se croit en relation
d’hospitalité avec un logeur ou un aubergiste.
—Hospes, v. *Exterus*.
—Hospitium, v. *Deversorium*.
—Hosticus, hostis, v. *Adversarius*.
—Hucusque, v. *Adhuc*.
Humanitas. Comitas. Facilitas. Civilitas.
*Humanitas*, vertu qui tient à l’éducation, qui part de
l’intelligence pour ennoblir l’homme entier, esprit et cœur, qui
change son être en douceur et en philanthropie, par opposition à
*feritas*; *comitas*, vertu morale, comme l’affabilité, qui
traite le premier venu en homme sans s’arrêter au rang;
*facilitas*, vertu de société, comme l’obligeance indulgente et
prévenante, qui rend aisé et agréable le commerce de la vie;
*civilitas*, vertu politique, comme l’humeur républicaine d’un
prince qui ne fait point sentir la différence relative du maître
au peuple et qui traite ses sujets en concitoyens. Nep. Milt. 8.
In Miltiade erat quum summa *humanitas*, tum mira *comitas*, ut
nemo tam humilis esset cui non ad eum aditus pateret. Miltiade
joignait à une humanité exquise une affabilité étonnante; les
plus humbles avaient un libre accès auprès de lui.
Humanitus. Humane. Humaniter.
*Humanitus* fait allusion aux rapports extérieurs de l’homme
avec les dieux ou la nature, et particulièrement à sa faiblesse
et à sa fragilité, comme ἀνθρωπείως et ἀνθρωπίνως; *humane* et
*humaniter* s’entendent de l’homme pris en lui-même, des
facultés et de la vocation qui en font un être perfectible, et
alors *humane facere* est l’expression du développement moral,
de la noblesse dans les sentiments, comme φιλανθρώπως;
*humaniter facere*, celle du progrès dans l’usage du monde, de
la politesse, de l’aménité, comme ἐπιειϰῶς. Cic. Phil. I, 4. Si
quid mihi *humanitus* accidisset. S’il m’arrivait un de ces
accidents auxquels la pauvre humanité est sujette. Comparez avec
Tusc. II, 27, 65. Græci morbos tolerantes et *humane* ferunt.
Contre des maladies à supporter les Grecs sont forts, ils sont
hommes, et Qu. Fr. II, 1. Fecit *humaniter* Licinius, quod ad me
misso senatu vesperi venit. C’est un aimable homme que Licinius;
il est venu chez moi le soir après la clôture du sénat.
—Humare, v. *Sepelire*.
—Humidus, v. *Udus*.
—Humerus, v. *Armus*.
—Humus, v. *Tellus*.