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le coeur. Tant que votre regard vivra dans mon souvenir,

tant que ce bouquet gardera un reste de parfum, tant

qu'un mot voudra dire qu'on aime, je conserverai quelque

espérance.»

[5]Après avoir cacheté sa lettre, Croisilles s'en alla devant

l'hôtel Godeau, et se promena de long en large dans la rue,

jusqu'à ce qu'il vît sortir un domestique. Le hasard, qui

sert toujours les amoureux en cachette, quand il le peut

sans se compromettre, voulut que la femme de chambre

[10]de mademoiselle Julie etait résolu ce jour-là de faire

emplette d'un bonnet. Elle se rendait chez la marchande de

modes, lorsque Croisilles l'aborda, lui glissa un louis dans

la main, et la pria de se charger de sa lettre. Le marché

fut bientôt conclu; la servante prit l'argent pour payer son

[15]bonnet, et promit de faire la commission par reconnaissance.

Croisilles, plein de joie, revint à sa maison et

s'assit devant sa porte, attendant la réponse.

Avant de parler de cette réponse, il faut dire un mot de

mademoiselle Godeau. Elle n'était pas tout à fait exempte

[20]de la vanité de son père, mais son bon naturel y remédiait.

Elle était, dans la force du terme, ce qu'on nomme

un enfant gâté. D'habitude elle parlait fort peu, et jamais

on ne la voyait tenir une aiguille; elle passait les journées

à sa toilette, et les soirées sur un sofa, n'ayant pas l'air

[25]d'entendre la conversation. Pour ce qui regardait sa

parure, elle était prodigieusement coquette, et son propre

visage était à coup sûr ce qu'elle avait le plus considéré en

ce monde. Un pli à sa collerette, une tache d'encre à son

doigt, l'auraient désolée; aussi, quand sa robe lui plaisait,

[30]rien ne saurait rendre le dernier regard qu'elle jetait sur

sa glace avant de quitter sa chambre. Elle ne montrait

ni goût ni aversion pour les plaisirs qu'aiment ordinairement

Contes Français · 第 328 / 396 题