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domestique. J'ai rudement souffert, mais j'étais jeune;

j'avais votre âge, monsieur, à cette époque-là, et il me

semblait que la Providence ne peut pas dire son dernier

mot à un homme de vingt-cinq ans. Pourquoi voulez-vous

[5]empêcher le bon Dieu de réparer le mal qu'il vous

fait? Laissez-lui le temps, et tout s'arrangera. S'il m'était

permis de vous conseiller, vous attendriez seulement deux

ou trois ans, et je gagerais que vous vous en trouveriez

bien. Il y a toujours moyen de s'en aller de ce monde.

[10]Pourquoi voulez-vous profiter d'un mauvais moment?

Pendant que Jean s'évertuait à persuader son maitre,

celui-ci marchait en silence, et, comme font souvent ceux

qui souffrent, il regardait de côté et d'autre, comme pour

chercher quelque chose qui pût le rattacher à la vie. Le

[15]hasard fit que, sur ces entrefaites, mademoiselle Godeau,

la fille du fermier général, vint à passer avec sa gouvernante.

L'hôtel qu'elle habitait n'était pas éloigné de là;

Croisilles la vit entrer chez elle. Cette rencontre produisit

sur lui plus d'effet que tous les raisonnements du monde.

[20]J'ai dit qu'il était un peu fou, et qu'il cédait presque

toujours à un premier mouvement. Sans hésiter plus long-temps

et sans s'expliquer, il quitta le bras de son vieux

domestique, et alla frapper à la porte de M. Godeau.

Contes Français · 第 309 / 396 题