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yeux se remuèrent par un mouvement lent, son corps demeura

fixe, comme s'il eût été pétrifié; puis, après nous

avoir jeté ce regard qui nous frappa violemment, il reporta

ses yeux sur l'étendue de l'Océan, et la contempla

[5]malgré la lumière qui en jaillissait, comme on dit que les

aigles contemplent le soleil, sans baisser ses paupières, qu'il

ne releva plus. Cherchez à vous rappeler, mon cher oncle,

une de ces vieilles truisses de chêne, dont le tronc noueux,

ébranché de la veille, s'élève fantastiquement sur un

[10]chemin désert, et vous aurez une image vraie de cet homme.

C'était des formes herculéennes ruinées, un visage de

Jupiter Olympien, mais détruit par l'âge, par les rudes

travaux de la mer, par le chagrin, par une nourriture grossière,

et comme noirci par un éclat de foudre. En voyant

[15]ses mains poilues et dures, j'aperçus des nerfs qui ressemblaient

à des veines de fer. D'ailleurs, tout en lui dénotait

une constitution vigoureuse. Je remarquai dans un

coin de la grotte une assez grande quantité de mousse, et

sur une grossière tablette taillée par le hasard au milieu

[20]du granit, un pain rond cassé qui couvrait une cruche de

grès. Jamais mon imagination, quand elle me reportait

vers les déserts où vécurent les premiers anachorètes de

la chrétienté, ne m'avait dessiné de figure plus grandement

religieuse ni plus horriblement repentante que l'était celle

[25]de cet homme. Vous qui avez pratiqué le confessionnal,

mon cher oncle, vous n'avez jamais peut-être vu un si

beau remords, mais ce remords était noyé dans les ondes

de la prière, la prière continue d'un muet désespoir. Ce

pêcheur, ce marin, ce Breton grossier était sublime par

[30]un sentiment inconnu. Mais ces yeux avaient-ils pleuré?

Cette main de statue ébauchée avait-elle frappé? Ce

front rude, empreint de probité farouche, et sur lequel la

Contes Français · 第 290 / 396 题