désert; il est monotone, sans être fatigant; il n'a que trois
éléments, il est varié.
--Les femmes seules savent rendre ainsi leurs impressions,
répondis-je, tu serais désespérante pour un poète,
[5]chère âme que j'ai si bien devinée!
--L'excessive chaleur du midi jette à ces trois expressions
de l'infini une couleur dévorante, reprit Pauline en
riant. Je conçois ici les poésies et les passions de l'Orient.
--Et moi, j'y conçois le désespoir.
[10]--Oui, dit-elle, cette dune est un cloître sublime.
Nous entendîmes le pas pressé de notre guide; il s'était
endimanché. Nous lui adressâmes quelques paroles insignifiantes;
il crut voir que nos dispositions d'âme avaient
changé; et, avec cette réserve que donne le malheur, il
[15]garda le silence. Quoique nous nous pressassions de
temps en temps la main pour nous avertir de la mutualité
de nos idées et de nos impressions, nous marchâmes pendant
une demi-heure en silence, soit que nous fussions
accablés par la chaleur qui s'élançait en ondées brillantes
[20]du milieu des sables, soit que la difficulté de la marche
employât notre attention. Nous allions en nous tenant
par la main, comme deux enfants; nous n'eussions pas
fait douze pas si nous nous étions donné le bras. Le
chemin qui mène au bourg de Batz n'était pas tracé; il
[25]suffisait d'un coup de vent pour effacer les marques que
laissaient les pieds de chevaux ou les jantes de charrette;
mais l'oeil exercé de notre guide reconnaissait à quelques
fientes de bestiaux, à quelques parcelles de crottin, ce
chemin qui tantôt descendait vers la mer, tantôt remontait
[30]vers les terres, au gré des pentes, ou pour tourner des
rochers. A midi, nous n'étions qu'à mi-chemin.
--Nous nous reposerons là-bas, dis-je en montrant le