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trop tard, longtemps après la sortie des classes. L'impression

du jour qui tombe, les premiers becs de gaz dans

le brouillard, la retraite, tout augmentait mes transes,

mon remords. Les gens qui passaient, rentrant chez eux

[5]bien tranquilles, me faisaient envie; et je courais la tête

lourde, pleine de soleil et d'eau, avec des ronflements de

coquillages au fond des oreilles, et déjà sur la figure le

rouge du mensonge que j'allais dire.

Car il en fallait un chaque fois pour faire tête à ce

[10]terrible «d'où viens-tu?» qui m'attendait en travers de la

porte. C'est cet interrogatoire de l'arrivée qui m'épouvantait

le plus. Je devais répondre là, sur le palier, au

pied levé, avoir toujours une histoire prête, quelque

chose à dire, et de si étonnant, de si renversant, que la

[15]surprise coupât court à toutes les questions. Cela me

donnait le temps d'entrer, de reprendre haleine; et pour en

arriver là, rien ne me coûtait. J'inventais des sinistres, des

révolutions, des choses terribles, tout un côté de la ville

qui brûlait, le pont du chemin de fer s'écroulant dans la

[20]rivière. Mais ce que je trouvai encore de plus fort, le voici:

Ce soir-là, j'arrivai très en retard. Ma mère, qui m'attendait

depuis une grande heure, guettait, debout, en haut

de l'escalier.

«D'où viens-tu?» me cria-t-elle.

[25]Dites-moi ce qu'il peut tenir de diableries dans une tête

d'enfant. Je n'avais rien trouvé, rien préparé. J'étais

venu trop vite... Tout à coup il me passa une idée folle.

Je savais la chère femme très-pieuse, catholique enragée

comme une Romaine, et je lui répondis dans tout

[30]l'essoufflement d'une grande émotion:

«O maman... Si vous saviez!...

--Quoi donc?...Qu'est-ce qu'il y a encore?...

Contes Français · 第 164 / 396 题