--Venez donc par ici, monsieur le sous-préfet; pour
composer votre discours, vous serez beaucoup mieux sous
mes arbres...
M. le sous-préfet est séduit; il saute à bas de sa calèche
[5]et dit à ses gens de l'attendre, qu'il va composer son
discours dans le petit bois de chênes verts.
Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des
violettes, et des sources sous l'herbe fine... Quand ils
ont aperçu M. le sous-préfet avec sa belle culotte et sa
[10]serviette en chagrin gaufré, les oiseaux ont eu peur et se
sont arrêtés de chanter, les sources n'ont plus osé faire de
bruit, et les violettes se sont cachées dans le gazon.
Tout ce petit monde-là n'a jamais vu de sous-préfet, et se
demande à voix basse quel est ce beau seigneur qui se
[15]promène en culotte d'argent.
A voix basse, sous la feuillée, on se demande quel est
ce beau seigneur en culotte d'argent... Pendant ce
temps-là, M. le sous-préfet, ravi du silence et de la fraîcheur
du bois, relève les pans de son habit, pose son claque
[20]sur l'herbe et s'assied dans la mousse au pied d'un jeune
chêne; puis il ouvre sur ses genoux sa grande serviette de
chagrin gaufré et en tire une large feuille de papier
ministre.
--C'est un artiste! dit la fauvette.
[25]--Non, dit le bouvreuil, ce n'est pas un artiste, puisqu'il
a une culotte en argent; c'est plutôt un prince.
--C'est plutôt un prince, dit le bouvreuil.
~-Ni un artiste, ni un prince, interrompt un vieux rossignol,
qui a chanté toute une saison dans les jardins de
[30]la sous-préfecture... Je sais ce que c'est: c'est un
sous-préfet!
Et tout le petit bois va chuchotant: