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Martin, vous sentez bien que ceci ne peut pas durer. J'ai

charge d'âmes, et je veux, je veux vous sauver de l'abîme

où vous êtes tous en train de rouler tête première. Demain

je me mets à l'ouvrage, pas plus tard que demain.

[5]Et l'ouvrage ne manquera pas! Voici comment je m'y

prendrai. Pour que tout se fasse bien, il faut tout faire

avec ordre. Nous irons rang par rang, comme à Jonquières

quand on danse.

«Demain lundi, je confesserai les vieux et les vieilles.

[10]Ce n'est rien.

«Mardi, les enfants. J'aurai bientôt fait.

«Mercredi, les garçons et les filles. Cela pourra être

long.

«Jeudi, les hommes. Nous couperons court.

[15]«Vendredi, les femmes. Je dirai: Pas d'histoires!

«Samedi, le meunier!... Ce n'est pas trop d'un jour

pour lui tout seul...

«Et, si dimanche nous avons fini, nous serons bien

heureux.

[20]«Voyez-vous, mes enfants, quand le blé est mûr, il faut

le couper; quand le vin est tiré, il faut le boire. Voilà

assez de linge sale, il s'agit de le laver, et de le bien laver.

«C'est la grâce que je vous souhaite. _Amen!_

......................................................

Ce qui fut dit fut fait. On coula la lessive.

[25]Depuis ce dimanche mémorable, le parfum des vertus

de Cucugnan se respire à dix lieues à l'entour.

Et le bon pasteur M. Martin, heureux et plein d'allégresse,

a rêvé l'autre nuit que, suivi de tout son troupeau,

il gravissait, en resplendissante procession, au milieu des

[30]cierges allumés, d'un nuage d'encens qui embaumait et

Contes Français · 第 153 / 396 题