Tous les ans, à la Chandeleur, les poètes provençaux
publient en Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu'aux
bords de beaux vers et de jolis contes. Celui de cette
année m'arrive à l'instant, et j'y trouve un adorable
[5]fabliau que je vais essayer de vous traduire en l'abrégeant
un peu... Parisiens, tendez vos mannes. C'est de la
fine fleur de farine provençale qu'on va vous servir cette
fois...
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L'abbé Martin était curé... de Cucugnan.
[10]Bon comme le pain, franc comme l'or, il aimait
paternellement ses Cucugnanais; pour lui, son Cucugnan aurait
été le paradis sur terre, si les Cucugnanais lui avaient
donné un peu plus de satisfaction. Mais, hélas! les
araignées filaient dans son confessionnal, et, le beau jour
[15]de Pâques, les hosties restaient au fond de son saint-ciboire.
Le bon prêtre en avait le coeur meurtri, et toujours
il demandait à Dieu la grâce de ne pas mourir avant
d'avoir ramené au bercail son troupeau dispersé.
Or, vous allez voir que Dieu l'entendit.
[20]Un dimanche, après l'Évangile, M. Martin monta en
chaire.
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--Mes frères, dit-il, vous me croirez si vous voulez:
l'autre nuit, je me suis trouvé, moi misérable pécheur, à
la porte du paradis.