Vers trois heures, Toine s'assoupit. Il dormait maintenant
la moitié des jours. Il fut réveillé soudain par
un chatouillement inusité sous le bras droit. Il y porta
aussitôt la main gauche et saisit une bête couverte de
[5]duvet jaune, qui remuait dans ses doigts.
Son émotion fut telle, qu'il se mit à pousser des cris, et
il lâcha le poussin qui courut sur sa poitrine. Le café
était plein de monde. Les buveurs se précipitèrent, envahirent
la chambre, firent cercle comme autour d'un
[10]saltimbanque, et la vieille étant arrivée cueillit avec
précaution la bestiole blottie sous la barbe de son mari.
Personne ne parlait plus. C'était par un jour chaud
d'avril. On entendait par la fenêtre ouverte glousser la
poule jaune appelant ses nouveau-nés.
[15]Toine, qui suait d'émotion, d'angoisse, d'inquiétude,
murmura:
--J'en ai encore un sous le bras gauche, à c't'heure.
Sa femme plongea dans le lit sa grande main maigre, et
ramena un second poussin, avec des mouvements
[20]soigneux de sage-femme.
Les voisins voulurent le voir. On se le repassa en le considérant
attentivement comme s'il eût été un phénomène.
Pendant vingt minutes, il n'en naquit pas, puis quatre
sortirent en même temps de leurs coquilles.
[25]Ce fut une grande rumeur parmi les assistants. Et
Toine sourit, content de son succès, commençant à
s'enorgueillir de cette paternité singulière. On n'en avait
pas souvent vu comme lui, tout de même! C'était un
drôle d'homme, vraiment!
[30]Il déclara:
--Ça fait six. Nom de nom qué baptême!