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Huit jours plus tard elle entra dans la chambre de Toine

avec son tablier plein d'oeufs. Et elle dit:

--J'viens d'mett' la jaune au nid avec dix oeufs. En

v'là dix pour té. Tâche de n'point les casser.

[5]Toine éperdu, demanda:

--Qué que tu veux?

Elle répondit:

--J'veux qu'tu les couves, propre à rien.

Il rit d'abord; puis, comme elle insistait, il se fâcha, il

[10]résista, il refusa résolument de laisser mettre sous ses gros

bras cette graine de volaille que sa chaleur ferait éclore.

Mais la vieille, furieuse, déclara:

--Tu n'auras point d'fricot tant que tu n'les prendras

point. J'verrons ben c'qu'arrivera.

[15]Toine, inquiet, ne répondit rien.

Quand il entendit sonner midi, il appela:

--Hé! la mé, la soupe est-elle cuite?

La vieille cria de sa cuisine:

--Y a point de soupe pour té, gros faigniant.

[20]Il crut qu'elle plaisantait et attendit, puis il pria,

supplia, jura, fit des «va-t-au nord et des va-t-au sud»

désespérés, tapa la muraille à coups de poing, mais il dut se

résigner à laisser introduire dans sa couche cinq oeufs

contre son flanc gauche. Après quoi il eut sa soupe.

[25]Quand ses amis arrivèrent, ils le crurent tout à fait

mal, tant il paraissait drôle et gêné.

Puis on fit la partie de tous les jours. Mais Toine semblait

n'y prendre aucun plaisir et n'avançait la main

qu'avec des lenteurs et des précautions infinies.

[30]--T'as donc l'bras noué, demandait Horslaville.

Toine répondit:

--J'ai quasiment t'une lourdeur dans l'épaule.

Contes Français · 第 128 / 396 题