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composée de troupes de toute nature, débris de régiments

écharpés, fuyards, maraudeurs, séparés des corps d'armée.

Nous avions de tout enfin, même onze turcos arrivés un

soir on ne sait comment, on ne sait par où. Ils s'étaient

[5]présentés aux portes de la ville, harassés, déguenillés,

affamés et saouls. On me les donna.

Je reconnus bientôt qu'ils étaient rebelles à toute discipline,

toujours dehors et toujours gris. J'essayai de la

salle de police, même de la prison, rien n'y fit. Mes

[10]hommes disparaissaient des jours entiers, comme s'ils se

fussent enfoncés sous terre, puis reparaissaient ivres à

tomber. Ils n'avaient pas d'argent. Où buvaient-ils?

Et comment, et avec quoi?

Cela commençait à m'intriguer vivement, d'autant plus

[15]que ces sauvages m'intéressaient avec leur rire éternel et

leur caractère de grands enfants espiègles.

Je m'aperçus alors qu'ils obéissaient aveuglément au

plus grand d'eux tous, celui que vous venez de voir. Il

les gouvernait à son gré, préparait leurs mystérieuses

[20]entreprises en chef tout-puissant et incontesté. Je le fis

venir chez moi et je l'interrogeai. Notre conversation dura

bien trois heures, tant j'avais de peine à pénétrer son surprenant

charabia. Quant à lui, le pauvre diable, il faisait

des efforts inouïs pour être compris, inventait des mots,

[25]gesticulait, suait de peine, s'essuyait le front, soufflait,

s'arrêtait et repartait brusquement, quand il croyait avoir

trouvé un nouveau moyen de s'expliquer.

Je devinai enfin qu'il était fils d'un grand chef, d'une

sorte de roi nègre des environs de Tombouctou. Je lui

[30]demandai son nom. Il répondit quelque chose comme

Chavaharibouhalikhranafotapolara. Il me parut plus

simple de lui donner le nom de son pays: «Tombouctou.»

Contes Français · 第 76 / 396 题