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--Allons, Tombouctou, nous ne sommes pas en Afrique.

Assieds-toi là et dis-moi comment je te trouve ici.

Tombouctou tendit son ventre, et, bredouillant, tant

il parlait vite:

[5]--Gagné beaucoup d'agent, beaucoup, grand'estaurant,

bon mangé, Prussiens, moi, beaucoup volé, beaucoup,

cuisine française, Tombouctou, cuisinié de l'Empéeu, deux

cent mille francs à moi. Ah! ah! ah! ah!

Et il riait, tordu, hurlant avec une folie de joie dans le

[10]regard.

Quand l'officier, qui comprenait son étrange langage,

l'eut interrogé quelque temps, il lui dit:

--Eh bien, au revoir, Tombouctou; à bientôt.

Le nègre aussitôt se leva, serra, cette fois, la main qu'on

[15]lui tendait, et riant toujours, cria:

--Bonjou, bonjou, mon lieutenant!

Il s'en alla, si content, qu'il gesticulait en marchant, et

qu'on le prenait pour un fou.

Le colonel demanda:

[20]-Qu'est-ce que cette brute?

--Un brave garçon et un brave soldat. Je vais vous

dire ce que je sais de lui; c'est assez drôle.

Vous savez qu'au commencement de la guerre de 1870

je fus enfermé dans Bézières, que ce nègre appelle Bézi.

[25]Nous n'étions point assiégés, mais bloqués. Les lignes

prussiennes nous entouraient de partout, hors de portée des

canons, ne tirant pas non plus sur nous, mais nous affamant

peu à peu.

Contes Français · 第 74 / 396 题