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des bruits sourds comme si des corps fussent tombés dans

la terre molle, au pied des murs, des corps humains sautant

du premier étage.

Puis tout mouvement, toute agitation cessèrent, et le

[5]grand château devint silencieux comme un tombeau.

Walter Schnaffs s'assit devant une assiette restée intacte,

et il se mit à manger. Il mangeait par grandes bouchées

comme s'il eût craint d'être interrompu trop tôt, de ne

pouvoir engloutir assez. Il jetait à deux mains les

[10]morceaux dans sa bouche ouverte comme une trappe; et des

paquets de nourriture lui descendaient coup sur coup dans

l'estomac, gonflant sa gorge en passant. Parfois, il

s'interrompait, prêt à crever à la façon d'un tuyau trop

plein. Il prenait à la cruche au cidre et se déblayait

[15]l'oesophage comme on lave un conduit bouché.

Il vida toutes les assiettes, tous les plats et toutes les

bouteilles; puis, saoul de liquide et de mangeaille, abruti,

rouge, secoué par des hoquets, l'esprit troublé et la bouche

grasse, il déboutonna son uniforme pour souffler, incapable

[20]d'ailleurs de faire un pas. Ses yeux se fermaient, ses

idées s'engourdissaient; il posa son front pesant dans ses

bras croisés sur la table, et il perdit doucement la notion

des choses et des faits.

Le dernier croissant éclairait vaguement l'horizon au-dessus

[25]des arbres du parc. C'était l'heure froide qui

précède le jour.

Des ombres glissaient dans les fourrés, nombreuses et

muettes; et parfois, un rayon de lune faisait reluire dans

l'ombre une pointe d'acier.

[30]Le château tranquille dressait sa grande silhouette noire.

Deux fenêtres seules brillaient encore au rez-de-chaussée.

Contes Français · 第 67 / 396 题