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d'être prisonnier des Français. Prisonnier! Il serait

sauvé, nourri, logé, à l'abri des balles et des sabres, sans

appréhension possible, dans une bonne prison bien gardée.

Prisonnier! Quel rêve!

[5]Et sa résolution fut prise immédiatement:

--Je vais me constituer prisonnier.

Il se leva, résolu à exécuter ce projet sans tarder d'une

minute. Mais il demeura immobile, assailli soudain par

des réflexions fâcheuses et par des terreurs nouvelles.

[10]Où allait-il se constituer prisonnier? Comment? De

quel côté? Et des images affreuses, des images de mort,

se précipitèrent dans son âme.

Il allait courir des dangers terribles en s'aventurant

seul, avec son casque à pointe, par la campagne.

[15]S'il rencontrait des paysans? Ces paysans, voyant un

Prussien perdu, un Prussien sans défense, le tueraient

comme un chien errant! Ils le massacreraient avec leurs

fourches, leurs pioches, leurs faux, leurs pelles! Ils en

feraient une bouillie, une pâtée, avec l'acharnement des

[20]vaincus exaspérés.

S'il rencontrait des francs-tireurs? Ces francs-tireurs,

des enragés sans loi ni discipline, le fusilleraient pour

s'amuser, pour passer une heure, histoire de rire en voyant

sa tête. Et il se croyait déjà appuyé contre un mur en

[25]face de douze canons de fusils, dont les petits trous ronds

et noirs semblaient le regarder.

S'il rencontrait l'armée française elle-même? Les

hommes d'avant-garde le prendraient pour un éclaireur,

pour quelque hardi et malin troupier parti seul en reconnaissance,

[30]et ils lui tireraient dessus. Et il entendait déjà

les détonations irrégulières des soldats couchés dans les

broussailles, tandis que lui, debout au milieu d'un champ,

Contes Français · 第 63 / 396 题