jambes de telles faiblesses qu'il se serait laissé tomber, s'il
n'avait songé que toute l'armée lui passerait sur le corps.
Le sifflement des balles hérissait le poil sur sa peau.
Depuis des mois il vivait ainsi dans la terreur et dans
[5]l'angoisse.
Son corps d'armée s'avançait vers la Normandie, et
il fut un jour envoyé en reconnaissance avec un faible
détachement qui devait simplement explorer une partie du
pays et se replier ensuite. Tout semblait calme dans la
[10]campagne; rien n'indiquait une résistance préparée.
Or, les Prussiens descendaient avec tranquillité dans
une petite vallée que coupaient des ravins profonds,
quand une fusillade violente les arrêta net, jetant bas une
vingtaine des leurs; et une troupe de francs-tireurs,
[15]sortant brusquement d'un petit bois grand comme la main,
s'élança en avant, la baïonnette au fusil.
Walter Schnaffs demeura d'abord immobile, tellement
surpris et éperdu qu'il ne pensait même pas à fuir. Puis
un désir fou de détaler le saisit; mais il songea aussitôt
[20]qu'il courait comme une tortue en comparaison des maigres
Français qui arrivaient en bondissant comme un
troupeau de chèvres. Alors, apercevant à six pas devant
lui un large fossé plein de broussailles couvertes de feuilles
sèches, il y sauta à pieds joints, sans songer même à la
[25]profondeur, comme on saute d'un pont dans une rivière.
Il passa, à la façon d'une flèche, à travers une couche
épaisse de lianes et de ronces aiguës qui lui déchirèrent la
face et les mains, et il tomba lourdement assis sur un lit
de pierres.
[30]Levant aussitôt les yeux, il vit le ciel par le trou qu'il
avait fait. Ce trou révélateur le pouvait dénoncer, et il
se traîna avec précaution, à quatre pattes, au fond de