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semblable à un vieux pauvre déguenillé, elle fit marché

avec un pêcheur sarde, qui la conduisit, accompagnée de

sa chienne, de l'autre côté du détroit.

Elle avait, dans un sac de toile, un grand morceau de

[5]boudin. Sémillante jeûnait depuis deux jours. La vieille

femme, à tout moment, lui faisait sentir la nourriture

odorante, et l'excitait.

Elles entrèrent dans Longosardo. La Corse allait en

boitillant. Elle se présenta chez un boulanger et demanda

[10]la demeure de Nicolas Ravolati. Il avait repris son ancien

métier, celui de menuisier. Il travaillait seul au fond de

sa boutique.

La vieille poussa la porte et l'appela:

--Hé! Nicolas!

[15]Il se tourna; alors, lâchant sa chienne, elle cria:

--Va, va, dévore, dévore!

L'animal, affolé, s'élança, saisit la gorge. L'homme

étendit les bras, l'étreignit, roula par terre. Pendant

quelques secondes, il se tordit, battant le sol de ses pieds;

[10]puis il demeura immobile, pendant que Sémillante lui

fouillait le cou, qu'elle arrachait par lambeaux. Deux

voisins, assis sur leur porte, se rappelèrent parfaitement

avoir vu sortir un vieux pauvre avec un chien noir efflanqué

qui mangeait, tout en marchant, quelque chose de

[25]brun que lui donnait son maître.

La vieille, le soir, était rentrée chez elle. Elle dormit

bien, cette nuit-là.

Contes Français · 第 57 / 396 题