CHAPITRE VI.

Sixiéme Objection.

_Quand la femme qui épouse un Eunuque sçait qu'il est Eunuque, & qu'elle

n'ignore point les conséquences de son état, il doit lui être permis de

l'épouser si elle le souhaite, parce que_ volenti non fit injuria.

Réponse à cette Objection.

Cette maxime _Volenti non fit injuria_, est établie par le Droit Civil,

& par le Droit Canon; l'un dit, [273]_que usque adeò autem injuria quæ

fit liberis nostris, nostrum pudorem pertingit, ut etiam si volentem

filium quis vendiderit patri, suo quidem nomine competit injuriarum

actio, filii verò nomine non competit, quia nulla injuria est quæ in

volentem fiat_; l'autre Droit dit que, [274]_scienti & consentienti non

fit injuria_; Elle est tirée de la Loi 145. _ff de diversis regulis

juris_, qui porte, que _nemo videtur fraudare eos qui sciunt &

consentiunt_, & elle est en quelque sorte expliquée par le §. _si

intelligatur_. 6. de la Loi prémiére, _Dig. de Ædilitio Edicto. Si

intelligatur vitium, morbus que mancipii ut plerùmque signis quibusdam

solent demonstrare vitia, potest dici edictum cessare; hoc enim tantùm

intuendum est ne emptor decipiatur._ Pour pouvoir conclure qu'une femme

est trompée volontairement & de son consentement, il faut qu'il conste &

qu'il apparoisse clairement & manifestement qu'elle n'a été ni induite,

ni séduite; qu'elle a sçû les defauts de l'Eunuque, & les incommoditez

qu'elle en souffriroit, sans cela elle est trompée, & elle est trompée

par surprise & non pas volontairement. J'ajoûte qu'il faut qu'une femme

soit assurée de sa continence & de sa chasteté, qu'elle sçache que les

defauts de l'Eunuque, & les incommoditez qu'elle en souffrira, mettront

l'une & l'autre de ces deux vertus très souvent à l'épreuve, & qu'elle

pourra sûrement soûtenir toutes ces épreuves, sans cela, présupposé que

_volenti non fiat injuria_ le Magistrat ni ses Supérieurs

Ecclésiastiques ne doivent point lui permettre de s'exposer à la

tentation, & de se mettre dans un danger évident de tomber dans le crime

comme je le ferai voir dans la suite de ce chapitre; il ne doit point

lui permettre par conséquent de se marier; l'Objection tombe dans ce

cas. Il y a d'autres exceptions à cette régle générale, que les

Jurisconsultes rapportent; par éxemple, [275]_si quis puellam volentem

rapuerit; si quis filium volentem intervertat. Si quis servum volentem

corrumpat_; & plusieurs autres semblables. Le sens véritable de cette

maxime est, qu'une personne qui a consenti à l'injure qui lui a été

faite, ne peut point agir par action d'injure contre l'injuriant. Voici

donc l'application qu'il faut faire de cette maxime au cas du mariage

d'un Eunuque. Lors qu'un mariage est déclaré nul par, ou à cause de

l'impuissance du mari, il n'est pas seulement condamné à rendre la dote

qu'il a reçûë de sa femme, pour laquelle il n'est point admis ni reçû à

faire cession de biens, mais aussi aux dommages & intérêts envers elle,

& elle n'est point tenuë à la restitution des bagues qui lui avoient été

données. Mais lors qu'elle a sçû, avant que de l'épouser, qu'il étoit

impuissant, elle peut bien faire casser son mariage, ou plûtôt faire

dire qu'il n'y en a point, mais elle ne peut pas intenter l'action

d'injure ou de dommages & intérêts, parce que _volenti non facta fuit

injuria_. Elle mérite qu'on lui fasse ce reproche d'Horace[276] _Prudens

emisti vitiosum, dicta tibi est lex, insequeris tamen hunc & lite

moraris iniqua_. C'est là la Jurisprudence universelle de tous les Païs.

Mais pour répondre solidement & d'une maniére qui soit sans replique à

cette Objection, je ne puis faire rien de mieux que de me servir des

termes du Docte Cypræus, tels qu'ils sont contenus dans les Articles 41.

& 42. du Paragraphe treiziéme du chapitre neuviéme de son excellent

Ouvrage, _de Jure connubiorum_: en détruisant l'Objection ils finiront

aussi très dignement ce chapitre & cet Ouvrage. [277]«_Quæritur si mulier

spadoni vel Eunucho fidem dederit, non ignara eum hoc vitio affectum,

vel post sponsalia resciverit, eum virum non esse, & nihilominus nuptias

consummare cupiat, id ei concedendum fit? Et si quidem constiterit eum

ad commixtionem conjugalem inhabilem esse, nuptiis illi inter dicendum &

sponsalia dissolvenda existimaverim. 1. Quod lege Divina spadones

prohibeantur mariti fieri. Deuteronom. 13. Itaque nec illis mulieres

nubere possunt. 2. Quod & Imperatorum constitutionibus id vetitum est.

3. Quod ejusmodi conjugium Benedictionis non sit capax. 4. Quod nulla

istarum causarum propter quas conjugium à Deo institutum est, hic locum

habeat. 5. Propter periculum, ne mulier alibi amori operam dare

incipiat, (ut est natura hominum proclivis ad libidinem) & conjugio,

cujus usum nullum habere potest, pro velamento turpitudinis utatur. Nec

ad rem facit quod mulier sciens volens nuptias illas cupiat; Nam in re

tanti momenti Magistratus est partibus consulere qui suis commodis

consulere non possunt, cùm perire volens audiendus non sit. Nam verendum

est, ut dixi, ne mulier ejus pertæsa conjunctionis alium portum quærat

quo se se recipiat, ut Theognidis verbis utar. Quibus incommodis

Magisstratum mederi oportet, usque adeò ut etsi de viri vitio aut morbo

non quæratur uxor, nihilominus hisce nuptiis intercedere debeat._»

_Sed quid si mulier sciens volens spadoni nupserit, & matrimonium

consommatum sit? Resp. sibi Imputare debet quæ ei quem scit virum non

esse, nupserit. Interim tamen matrimonium [Grec: agamos gamos], id est

pro nullo habendum est, ut quod contra leges inter eas personas coiërit,

quæ matrimonio jungi non possunt. Quâ de Causâ etiamsi cum facti non

poeniteat, nihilominus à Viro discedere debere, & si nolit, segregandam

esse existimaverim. Neque enim mulier prava & legibus prohibita suâ

conniventia recta efficere potest. Et Conjugium confirmatur officio

carnali, Verum antequàm confirmetur, impossibilitas officii solvis

vinculum conjugii. 33. Quæst. 1. cap. 1. Verba Augustini. Quamvis contra

sentiat Papa Alexander, vel ut alii volunt, Lucius, cap. requisivisti,

33. Quæstione prima, qui vult eas quæ pro uxore haberi non possunt, pro

sororibus habendas; quod vix est ut defendi possit, idque propter illas,

quas commemoravimus causas._

Traité des eunuques · 第 50 / 53 题