059. Yquelon. L'enfeu et sa pierre tombale. Dans le mur nord

L'ART ROMAN DANS LE SUD-MANCHE: ALBUM © 2010 by Marie Lebert is

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L'ART ROMAN DANS LE SUD-MANCHE: ALBUM

MARIE LEBERT

AVEC DES PHOTOS D'ALAIN DERMIGNY ET CLAUDE RAYON

[Note de l'auteur: Cet album est également disponible en anglais,

sous le titre "Romanesque Art in Southern Manche: Album". Le nom

de l'image correspondante est à la fin de chaque paragraphe.]

[Illustration]

001. Dans cet album, point de monuments présents dans tous les guides.

Voici au contraire quelques modestes églises dont on parle peu, au sud

du département de la Manche, en Normandie. Solides, nichées dans la

verdure ou visibles le long de la côte rocheuse, elles furent

construites au dixième, onzième ou douzième siècle par les villageois

et paroissiens, avec des matériaux locaux (schiste et granite), sur les

voies montoises qu'empruntaient les pèlerins pour se rendre au Mont

Saint-Michel, leur destination finale après des mois de voyage.

[Illustration]

002. Le Sud-Manche. Carte de la région. Du nord au sud, les pastilles

bleues signalent les églises de Saint-Martin-le-Vieux, Bréville,

Yquelon, Saint-Pair-sur-Mer, Angey, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey,

Genêts, Saint-Léonard-de-Vains, Saint-Loup et

Saint-Quentin-sur-le-Homme, auquel s'ajoute le beau portail roman de

Sartilly. Carte numérisée par Georges Cercel.

[Illustration]

003. Le Sud-Manche. Carte ancienne de la région. Cette région

appartient au Cotentin pour sa partie nord et à l'Avranchin pour sa

partie sud. La limite entre le Cotentin et l'Avranchin est la petite

rivière du Thar, qui se jette dans la Manche au sud de Granville. Au

Moyen-Âge, cette région était riche, avec une population beaucoup plus

dense qu'à l'intérieur des terres. La vie économique y était active:

pêcheries, salines à proximité de Saint-Martin-de-Bréhal, Bréville et

Saint-Léonard-de-Vains, exploitation de la tangue et du varech utilisés

comme engrais marins, nombreuses cultures intensives. Cette carte

ancienne fait partie des collections de la médiathèque de Granville.

Photo de Claude Rayon. [Claude-02]

[Illustration]

004. Le Sud-Manche. Le doyenné de Saint-Pair. Les paroisses de

Saint-Martin-le-Vieux, Bréville, Yquelon et Saint-Pair-sur-Mer

appartenaient au doyenné de Saint-Pair, l’un des cinq doyennés de

l’archidiachoné de Coutances. L’archidiachoné de Coutances était l’un

des quatre archidiachonés du diocèse de Coutances, les autres étant les

archidiachonés du Cotentin, de Bauptois et du Val-de-Vire. Carte de

Marie Lebert.

[Illustration]

005. Le Sud-Manche. Le doyenné de Genêts. Les paroisses d'Angey,

Sartilly, Saint-Jean-le-Thomas, Dragey et Genêts appartenaient au

doyenné de Genêts et à l'archidiachoné d'Avranches, tout comme le

prieuré de Saint-Léonard-de-Vains. L'archidiachoné d'Avranches

comprenait trois autres doyennés: le doyenné d'Avranches, le doyenné de

Tirepied (qui incluait la paroisse de Saint-Loup) et le doyenné de la

Chrétienté. Le doyenné de la Chrétienté regroupait les neuf paroisses

rayonnant autour de la cité épiscopale d’Avranches, dont la paroisse de

Saint-Quentin-sur-le-Homme. Carte de Marie Lebert.

[Illustration]

006. Le Sud-Manche. Les chemins montois. La région était traversée par

plusieurs voies montoises qu’empruntaient les pèlerins pour se rendre

au Mont Saint-Michel. Au nord d'Avranches, on avait d'ouest en est le

chemin des grèves venant de Saint-Pair-sur-Mer, le chemin montois

venant de Saint-Pair-sur-Mer (dont l'itinéraire était différent du

chemin des grèves), le chemin montois venant de Coutances, le chemin

montois venant de Saint-Lô, et enfin le chemin montois venant de Caen.

Au sud d’Avranches, un chemin montois permettait aux pélerins de

Tinchebray, Condé-sur-Noireau, Falaise et Lisieux de rejoindre le Mont

Saint-Michel. Carte de Marie Lebert.

[Illustration]

007. Le Sud-Manche. Carte géologique. Toutes les églises sont en granit

et en schiste, qui sont des matériaux locaux. Le sol de la région est

formé de terrains sédimentaires composés de roches schisteuses. Ces

terrains entourent deux larges massifs granitiques, ceux de Vire et

d’Avranches. Allongé d’est en ouest, le massif granitique de Vire forme

une bande rocheuse d’une largeur de cinq kilomètres environ, et se

termine à l’ouest par les falaises de Carolles et Champeaux. Le massif

granitique d’Avranches est une étroite bande granitique orientée

d’ouest en est, dont la largeur ne dépasse pas deux à quatre

kilomètres. Les deux massifs granitiques sont ceinturés d’une auréole

métamorphique composée de schistes et de grauwackes (roches

schisteuses). La formation de Saint-Pair est un flysch (formation

détritique) composé de grauwackes, siltites et argilites noires

présentant des schistosités. La formation de Granville est un flysch

formé d’une alternance de grauwackes et de schistes. Carte de Marie

Lebert.

[Illustration]

008. Saint-Martin-le-Vieux. Emplacement. Le village de

Saint-Martin-le-Vieux est situé entre Bréhal et la mer, près du havre

de la Venlée, très exactement à deux kilomètres à l’ouest de Bréhal et

neuf kilomètres au nord de Granville. Le village était traversé par le

chemin montois venant de Cherbourg et allant à Saint-Pair-sur-Mer pour

arriver au Mont Saint-Michel, destination finale de nombreux pèlerins.

[Illustration]

009. Saint-Martin-le-Vieux. L'église, en ruines, se dresse sur un petit

promontoire. L’église était placée sous le vocable de Saint Martin, et

le second saint était Saint Eutrope. La paroisse appartenait au doyenné

de Saint-Pair et à l'archidiachoné de Coutances. Foulques Paynel, sans

doute un parent de Guillaume Paynel, fondateur de l’abbaye de Hambye en

1145, donna à cette abbaye une partie de la dîme de la paroisse de

Saint-Martin-le-Vieux. Cette donation figure dans le Cartulaire de

l’abbaye de Hambye. Pendant la Révolution, l’église servit d'arsenal et

tout son mobilier fut vendu. Elle fut rendue au culte en 1801. Vers

1804 ou 1805, menaçant de s’effondrer, elle ne fut plus utilisée.

Depuis cette époque, la paroisse de Saint-Martin-le-Vieux est rattachée

à celle de Bréhal. Photo de Claude Rayon. [Claude-01]

[Illustration]

010. Saint-Martin-le-Vieux. Les ruines romanes, avec un double

campanile ajouté au seizième siècle. L’ensemble est envahi par la

végétation. Les maçonneries sont faites de moellons de schiste et de

granit. Les arcs et piédroits des ouvertures sont en granit. Le

schiste est la pierre locale. Quant au granit, il pourrait provenir du

massif granitique de Vire affleurant à quelques kilomètres au sud.

Photo d'Alain Dermigny. [Alain-002]

[Illustration]

011. Saint-Martin-le-Vieux. Les ruines romanes. Entre le chœur et la

nef, le double campanile (double parce que pouvant accueillir deux

cloches) ajouté au seizième siècle fut édifié en granit rose de

Chausey. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-003]

[Illustration]

012. Saint-Martin-le-Vieux. Le plan de l'église. Un vaisseau

rectangulaire régulièrement orienté d’ouest en est comprend une longue

nef suivie d'un chœur à chevet plat. La longueur extérieure totale est

de 26,5 mètres et sa largeur extérieure de 6,4 mètres. Le chœur est

séparé de la nef par un double campanile ajouté au seizième siècle.

Plan de Marie Lebert.

[Illustration]

013. Saint-Martin-le-Vieux. Le mur sud de la nef romane. La grande baie

à l’arc surbaissé a sans doute été ajoutée au seizième siècle, lors de

la construction du double campanile. A la droite de cette grande baie,

le cintre de la petite baie romane bouchée est creusé dans un linteau

monolithe de granit. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-004]

[Illustration]

014. Saint-Martin-le-Vieux. Le mur sud de la nef romane et sa porte,

avec son cintre surbaissé et ses piédroits aux contours chanfreinés. La

petite baie présente sur la gauche est elle aussi romane. L'appareil

irrégulier des maçonneries est fait de moellons de schiste et de

granit. De nombreux éléments d’appareil en arêtes de poisson (opus

spicatum) sont visibles, preuve que ce mur sud est bien la partie la

plus ancienne de l'édifice. Au-dessus de la porte, la petite baie

trilobée a sans doute été ajoutée au seizième siècle, lors de la

construction du double campanile. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-005]

[Illustration]

015. Saint-Martin-le-Vieux. La petite baie romane présente dans le mur

sud de la nef, avec son cintre surbaissé et ses piédroits de granit.

Photo de Claude Rayon. [Claude-04]

[Illustration]

016. Saint-Martin-le-Vieux. Derrière la croix ancienne, le double

campanile du seizième siècle, édifié en granit de Chausey. Photo de

Claude Rayon. [Claude-05]

[Illustration]

017. Bréville. Emplacement. Le village de Bréville est situé sur la

côte, à six kilomètres environ au nord de Granville. Il était traversé

par le chemin montois qui, venant de Cherbourg, allait vers

Saint-Pair-sur-Mer pour arriver au Mont Saint-Michel, destination

finale de nombreux pèlerins.

[Illustration]

018. Bréville. L'église romane devant la ligne de dunes. A

l'arrière-plan, sur la gauche, la pointe de Granville s'avance vers la

mer. Mais, à l'époque romane, Granville était quasi-inexistant et la

ville importante était Saint-Pair-sur-Mer. Photo de Claude Rayon.

[Claude-11]

[Illustration]

019. Bréville. L'église romane enserrée dans les arbres. Au douzième

siècle, la vie économique était active: pêcheries, salines,

exploitation de la tangue et du varech utilisés comme engrais marins,

nombreuses cultures intensives. Le territoire de la paroisse était la

propriété du Mont Saint-Michel depuis 1022, date à laquelle Richard II,

duc de Normandie, donna la baronnie de Saint-Pair au Mont. Au treizième

siècle, le patronage était laïc, avec Guillelmus de Breinville comme

seigneur patron entre 1251 et 1279. La dîme était partagée entre le

curé et l’abbé du Mont Saint-Michel. Au seizième siècle, Bréville, avec

son église et ses salines, formait une prébende au profit de la

cathédrale de Coutances. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-006]

[Illustration]

020. Bréville. L'église romane est placée sous le vocable de

Notre-Dame, et le second saint est Saint Hélier. La paroisse

appartenait au doyenné de Saint-Pair et à l'archidiachoné de Coutances.

Photo d'Alain Dermigny. [Alain-007]

[Illustration]

021. Bréville. L'église romane est formée d’une nef de deux travées

suivie d’un chœur de deux travées à chevet plat. La tour carrée s’élève

entre chœur et nef. La majeure partie de la nef, la base de la tour et

les murs latéraux du chœur sont romans, et datent sans doute de la

deuxième moitié du douzième siècle. Les maçonneries présentent un

appareil irrégulier fait de moellons de schiste. Le granit est utilisé

pour les contreforts, le pourtour des ouvertures, les pilastres, les

colonnes et les arcs. Photo de Claude Rayon. [Claude-006]

[Illustration]

022. Bréville. La sacristie est la construction à cinq pans située dans

le prolongement du chœur. Elle fut ajoutée beaucoup plus tard, au

dix-neuvième siècle. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-009]

[Illustration]

023. Bréville. Le plan de l'église. Un vaisseau rectangulaire

régulièrement orienté d’ouest en est comprend une nef de deux travées

suivie d’un chœur de deux travées à chevet plat. La longueur extérieure

totale est de 27,75 mètres et la largeur extérieure de la nef de 7,65

mètres. La tour, implantée dans l’axe du vaisseau, s’élève entre chœur

et nef. La construction à cinq pans située dans le prolongement du

chœur abrite la sacristie. Plan de Marie Lebert.

[Illustration]

024. Bréville. La tour de l'église, située entre chœur et nef, dispose

d'une base romane, alors que l'étage et la flèche datent de la fin du

quinzième ou du début du seizième siècle. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-010]

[Illustration]

025. Bréville. La tour de l'église, en vue plongeante... vers le ciel.

Photo de Claude Rayon. [Claude-07]

[Illustration]

026. Bréville. L’étage et la flèche de la tour. L’étage est percé sur

chaque face d’une ouverture longue et étroite. Au-dessus s’élève une

flèche octogonale de pierre aux angles adoucis par des tores, avec un

petit gâble à fines colonnettes situé dans le prolongement de chaque

ouverture. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-011]

[Illustration]

027. Bréville. La porte romane, à la base de la tour, côté sud, avec

une arcade en plein cintre formée d’une voussure moulurée d’un tore

suivi d’un chanfrein sculpté de dents-de-scie peu visibles.

L’archivolte est un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief

sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. L’archivolte repose à

droite sur une pierre sculptée d’une tête humaine. A gauche, elle

disparaît dans les maçonneries de la nef. Le claveau central de la

voussure est orné d’une grande tête sculptée en fort relief. Ces deux

têtes, sculptées dans une pierre calcaire, ont mal résisté à l’usure du

temps. Les corbeilles des chapiteaux des colonnettes engagées sont

sculptées de deux crochets d’angle eux aussi très abîmés. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-012]

[Illustration]

028. Bréville. Croquis de la porte romane, à la base de la tour, côté

sud. Croquis de Marie Lebert.

[Illustration]

029. Bréville. La porte romane, à la base de la tour, côté sud, est

surplombée par une tête humaine. Sculptée dans le calcaire, pierre

friable, cette tête a mal résisté à l’usure du temps, contrairement aux

têtes sculptées dans le granit de la porte sud de l'église d'Yquelon.

Photo d'Alain Dermigny. [Alain-013]

[Illustration]

030. Bréville. La porte romane, à la base de la tour, côté sud.

L’archivolte surmontant l’arcade en plein-cintre repose à droite sur

une pierre de granit sculptée d’une tête humaine. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-014]

[Illustration]

031. Bréville. Un modillon roman sculpté d’une tête humaine, sous la

corniche. La plupart des modillons, plus récents, sont taillés en

biseau. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-015]

[Illustration]

032. Bréville. Un modillon roman sculpté d’une tête humaine, sous la

corniche. Celui-ci se situe au-dessus de la baie de la seconde travée

de la nef. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-016]

[Illustration]

033. Bréville. Le chœur (intérieur). Sa voûte en croisée d’ogives date

de la fin du quinzième ou du début du seizième siècle. Le carrelage de

la deuxième travée du chœur date de 1863. Le sol de la première travée

est recouvert de dalles de schiste de Beauchamps, posées en 1969. Photo

d'Alain Dermigny. [Alain-017]

[Illustration]

034. Bréville. La nef (intérieur). Son plafond en bois fut remplacé par

un plafond en plâtre en 1852. La porte et la grande baie visibles dans

le mur du fond - qui correspond donc au mur de la façade occidentale -

sont sans grand caractère, suite au remaniement de cette façade en

1783. La porte chevillée en chêne date de 1970. Les murs sont

recouverts d’un enduit à la chaux datant de 1969, tout comme les dalles

de schiste de Beauchamps recouvrant le sol. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-018]

[Illustration]

035. Bréville. La nef (intérieur). Le plafond de plâtre de 1852 fut à

son tour remplacé par un plafond de bois, ceci récemment. Photo de

Claude Rayon. [Claude-09]

[Illustration]

036. Bréville. La base de la tour (intérieur), entre chœur et nef. Au

premier plan, un arc intérieur aux arêtes chanfreinées repose sur des

demi-colonnes engagées. Cet arc, qui sépare le chœur de la base de la

tour, fut remanié lors de la réfection du chœur au quinzième ou

seizième siècle. A l’arrière-plan, l’arc séparant la nef de la base de

la tour appartient à l’édifice roman original. Il s’agit d’un arc

fourré et légèrement brisé aux claveaux irréguliers. Cet arc repose sur

deux épais pilastres pris dans l’épaisseur du mur. L’imposte des

pilastres est moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-019]

[Illustration]

037. Bréville. Le grand autel situé dans le chevet du chœur, avec à

gauche une statue de Notre Dame, l’église étant placée sous son

vocable, et à droite une statue de Saint Hélier, qui est le second

saint. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-020]

[Illustration]

038. Bréville. Détail du grand autel, dans le chevet du chœur. La

statue de Notre Dame, sainte patronne de l'église. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-021]

[Illustration]

039. Bréville. Détail du grand autel, situé dans le chevet du chœur. La

statue de Saint Hélier, second saint de l'église. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-022]

[Illustration]

040. Bréville. La fontaine Saint-Hélier. Cette fontaine était coiffée

de la statue de Saint Hélier, que l'on voit maintenant à

l'arrière-plan, sur la droite. Photo de Claude Rayon. [Claude-10]

[Illustration]

041. Yquelon. Emplacement. Le village d’Yquelon est situé à deux

kilomètres de Granville, entre Donville-les-Bains et Saint-Nicolas, au

sud de la rivière du Boscq. D’origine scandinave, le terme d’Yquelon

signifie «branche de chêne». Yquelon était situé sur le chemin montois

qui, venant de Cherbourg, allait vers Saint-Pair-sur-Mer avant

d'arriver au Mont Saint-Michel, destination finale de nombreux pèlerins.

[Illustration]

042. Yquelon. L'église romane. Le territoire de la paroisse faisait

partie de la baronnie de Saint-Pair, propriété du Mont Saint-Michel

depuis 1022, date à laquelle Richard II, duc de Normandie, donna la

baronnie au Mont. Le seigneur du lieu, Rogerius de Ikelun, apposa sa

signature au bas de deux grandes chartes de l’abbaye de la Lucerne en

1162. Au treizième siècle, le patronage était certainement laïc. La

dîme se partageait entre le curé, qui en recevait la plus grande

partie, l’abbaye du Montmorel (sise à Poilley, près de Ducey), et la

léproserie Saint-Blaise de Champeaux. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-023]

[Illustration]

043. Yquelon. L’église romane est placée sous le vocable de Saint Pair,

et le second saint est Saint Maur. La paroisse appartenait au doyenné

de Saint-Pair et à l'archidiachoné de Coutances. Les églises d'Yquelon

et de Bréville ont des traits communs et datent de la même époque, la

seconde moitié du douzième siècle. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-024]

[Illustration]

044. Yquelon. L'église romane est formée d’une nef de deux travées

suivie d’un chœur de deux travées à chevet plat. Carrée et massive, la

tour est accolée à la première travée du chœur côté nord, avec trois

étages en léger retrait et un toit en bâtière. Les ouvertures

rectangulaires indiquent que la tour a été reconstruite, au moins en

partie, depuis le douzième siècle. Photo de de Claude Rayon. [Claude-12]

[Illustration]

045. Yquelon. Le plan de l'église. Un vaisseau rectangulaire

régulièrement orienté d’ouest en est comprend une nef de deux travées

suivie d’un chœur de deux travées à chevet plat. La longueur extérieure

totale est de 21,75 mètres et la largeur extérieure de la nef de 7,6

mètres. La tour est accolée à la première travée du chœur côté nord.

Plan de Marie Lebert.

[Illustration]

046. Yquelon. La façade occidentale romane. Son appareil irrégulier est

fait de moellons de schiste et de granit, matériaux locaux. A chaque

extrémité, un contrefort plat prend appui sur un muret de pierre. Les

trois baies en plein-cintre présentes au-dessus du portail datent de

1896. Elles ont remplacé une grande baie rectangulaire qui avait

elle-même remplacé les deux petites baies romanes d’origine. Photo

d'Alain Dermigny. [Alain-025]

[Illustration]

047. Yquelon. La façade occidentale romane. Son mur pignon est surmonté

d’une croix antéfixe aux branches bifides. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-026]

[Illustration]

048. Yquelon. La façade occidentale romane. L'oculus du mur pignon est

d’origine. Son pourtour est orné de billettes avec, dans sa partie

inférieure, une pierre sculptée de deux têtes humaines en fort relief.

Photo d'Alain Dermigny. [Alain-027]

[Illustration]

049. Yquelon. Le portail occidental roman. Son arcade en plein-cintre

est formée d’une voussure non moulurée reposant sur des piédroits sans

ornement et surmontée d’une archivolte. L’archivolte est un cordon

saillant orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un

rang de bâtons brisés. Ses deux extrémités reposent chacune sur une

pierre de granit sculptée d’une tête humaine. Le claveau central de la

voussure est orné d’une tête humaine plus grande en fort relief. Les

piédroits intérieurs sont moulurés d’une colonnette très engagée à

tailloir et base carrés. Ces piédroits supportent un tympan de granit,

qui fut restauré et sculpté d’une croix d'inspiration romane en 1897.

Photo de Claude Rayon. [Claude-13]

[Illustration]

050. Yquelon. Croquis du portail occidental roman. On note des

similitudes avec la porte sud de l'église de Bréville, située à

quelques kilomètres au nord. Croquis de Marie Lebert.

[Illustration]

051. Yquelon. Le portail occidental roman. Détail de l’arcade en

plein-cintre du portail. L’archivolte repose à chaque extrémité sur une

pierre de granit sculptée d’une tête humaine. Elles ont donc mieux

résisté au temps que les têtes en calcaire visibles dans l'église de

Bréville. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-029]

[Illustration]

052. Yquelon. La porte sud romane. Son arcade en plein-cintre est

formée d’une voussure moulurée d’un tore, le tore étant surmonté d’un

chanfrein sculpté d’une rangée de dents-de-scie peu marquées. La

voussure est entourée d’une archivolte formée d’un épais bandeau aux

arêtes chanfreinées. Le chanfrein inférieur est également orné d’un

rang de dents-de-scie peu visibles. La partie interne de la voussure

repose sur deux colonnettes engagées par l’intermédiaire de chapiteaux

dont la corbeille, surmontée d’un tailloir carré, est ornée de petits

crochets d’angle pratiquement disparus. Cette porte a certainement subi

un remaniement: les chapiteaux, sans astragale, sont à la fois mal

raccordés au fût des colonnes et au départ de la voussure, dont le tore

est sectionné à cet endroit. La partie externe de la voussure et

l’archivolte disparaissent dans les maçonneries de la nef à gauche,

alors qu’à droite elles reposent sur une large pierre légèrement

saillante et chanfreinée. Photo de Claude Rayon. [Claude-14]

[Illustration]

053. Yquelon. Croquis de la porte romane sud. On note là aussi des

similitudes avec la porte sud de l'église de Bréville. Croquis de Marie

Lebert.

[Illustration]

054. Yquelon. Le chœur roman (intérieur). La nef ouvre sur le chœur par

un arc triomphal très épais, fourré et légèrement brisé, qui repose sur

deux pilastres pris dans l’épaisseur du mur. Les deux travées du chœur

sont séparées par un arc doubleau, lui aussi très épais et légèrement

brisé. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-030]

[Illustration]

055. Yquelon. Le chœur roman (intérieur). Chaque travée est surmontée

d’une voûte en croisée d’ogives. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-031]

[Illustration]

056. Yquelon. La voûte romane du chœur. Les ogives, très larges, sont

ornées de deux épais tores d’angle entourant une petite moulure

triangulaire saillante. Cette voûte en croisée d'ogives romane fut sans

doute l'une des premières du genre en Normandie. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-032]

[Illustration]

057. Yquelon. La voûte romane du chœur. Doubleaux et ogives reposent

sur des culots en forme de pyramide renversée. Surmonté d’un tailloir

carré légèrement chanfreiné, le culot du centre supporte à la fois la

retombée d’un doubleau et celle de deux ogives. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-033]

[Illustration]

058. Yquelon. La voûte romane du chœur. Les clefs de voûte sont

sculptées de motifs géométriques en faible relief compris dans un

cercle. Photo de Claude Rayon. [Claude-16]

[Illustration]

059. Yquelon. L'enfeu et sa pierre tombale. Dans le mur nord de la nef,

un enfeu surmonté d'un arc surbaissé abrite une pierre tombale du

douzième siècle en calcaire tendre, qui représente un chevalier. M. de

Lomas la décrit ainsi dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de

Normandie de 1886-1887: «La pierre tombale supporte un chevalier en

relief, représenté les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller,

et ayant un lévrier à ses pieds. (…) Elle ne porte ni indication de

nom, ni indication d'année. Il serait par conséquent impossible de

déterminer le personnage dont elle recouvrait les restes. Ce que l'on

peut dire avec certitude, c'est qu'il appartient à la puissante famille

d'Yquelon, dont un des membres, Roger d'Yquelon, apposa sa signature au

bas de deux grandes chartes de l'abbaye de la Luzerne, en 1162.»

Découverte en 1885 dans le cimetière jouxtant le nord de l'église, la

pierre tombale fut encastrée dans l'enfeu en février 1893. La pierre

tombale a sans doute été enterrée dans le cimetière au moment de la

Révolution française, avant d'être découverte en 1885 et de retrouver

son emplacement original. La longueur de l'enfeu, de 2,15 mètres,

correspond en effet exactement à celle de la pierre tombale. Photo de

Claude Rayon. [Claude-17]

[Illustration]

060. Saint-Pair-sur-Mer. Emplacement. Le bourg de Saint-Pair-sur-Mer

est situé sur la côte, à trois kilomètres et demi au sud de Granville.

L’agglomération de Saint-Pair fut prospère jusqu’à la construction de

Granville au quinzième siècle. La migration des habitants se fit alors

vers Granville, au détriment de Saint-Pair qui était jusque-là le

centre vital de la région. Saint-Pair se développa à nouveau à partir

de 1880 lors de l’essor des stations balnéaires. Un chemin des grèves

et une voie montoise permettent aux pèlerins anciens et modernes de

rejoindre le Mont Saint-Michel.

[Illustration]

061. Saint-Pair-sur-Mer. L’église est placée sous le vocable de Saint

Pair, et le deuxième saint est Saint Gaud. L'église est un lieu de

pèlerinage voué au culte de Saint Gaud, dont le sarcophage fut retrouvé

en 1131 lors de la construction de l'édifice roman. Beaucoup plus tard,

en 1880, la nef romane fut détruite pour être remplacée par une nef

plus grande doublée d'un transept permettant d'accueillir les nombreux

paroissiens de cette station balnéaire fort prisée. L’église agrandie

fut consacrée le 26 août 1888. Photo de Claude Rayon. [Claude-18]

[Illustration]

062. Saint-Pair-sur-Mer. L'église est ici prise du nord-est pour tenter

de saisir l'édifice dans son entier. Photo de Marie Lebert. [Marie-07]

[Illustration]

063. Saint-Pair-sur-Mer. L’ancienne église romane, d’après un dessin

d'E. Biguet publié dans la revue Le Pays de Granville de 1934. La nef

romane fut détruite en 1880 pour être remplacée par une nef beaucoup

plus grande doublée d'un transept. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-034]

[Illustration]

064. Saint-Pair-sur-Mer. Le plan de l'église avant 1880, tel que nous

pouvons l'imaginer. La longueur extérieure totale était de 37,5 mètres.

La largeur extérieure de la nef était de 11,1 mètres. Plan de Marie

Lebert.

[Illustration]

065. Saint-Pair-sur-Mer. Le plan actuel. L’église comprend une nef de

deux travées précédée d’un porche, un large transept à bras saillants

et un chœur de trois travées terminé par une abside semi-circulaire. La

longueur extérieure totale est de 57,1 mètres et la largeur extérieure

de la nef de 11,1 mètres. De forme carrée, la tour s’élève à la croisée

du transept. Les croisillons du transept ouvrent à l’est sur deux

absidioles à chevet plat. Le chœur ouvre au nord sur deux chapelles,

une côté chevet et une côté tour. A l’angle formé par le bras sud du

transept et le chœur, une construction rectangulaire abrite la

sacristie. Plan de Marie Lebert.

[Illustration]

066. Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane. Chose très rare, on peut

précisément dater la construction de la tour. On sait que ses

fondations datent de 1131, grâce à un manuscrit contemporain

mentionnant la découverte du sarcophage de Saint Gaud dans le chœur

lors de ces travaux. Le même manuscrit cite le nom du maître d'œuvre

qui dirigea la construction de la tour, un certain Rogerius de

Altomansiunculo, chose d'autant plus intéressante que les architectes

d'édifices romans restaient le plus souvent anonymes. Photo de Claude

Rayon. [Claude-19]

[Illustration]

067. Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane, de forme carrée, comprend deux

étages en léger retrait surmontés d’une flèche octogone. Un groupe de

deux arcatures aveugles orne le premier étage au nord et au sud. De

grandes baies géminées ornent le deuxième étage sur ses quatre faces.

Séparées par une colonnette trapue à tailloir et base carrés, ces baies

géminées sont surmontées d’une arcade en plein-cintre ornée d’une

simple moulure torique et reposant sur des colonnettes engagées. Photo

d'Alain Dermigny. [Alain-035]

[Illustration]

068. Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane. Les deux étages de la tour.

Photo de Claude Rayon. [Claude-20]

[Illustration]

069. Saint-Pair-sur-Mer. La tour romane. A l'intérieur, la tour repose

sur quatre piliers massifs parfaitement symétriques supportant quatre

arcs fourrés et légèrement brisés. Ces piliers déterminent la voûte

d’arêtes située sous la tour. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-036]

[Illustration]

070. Saint-Pair-sur-Mer. Croquis du pilier sud-ouest de la tour. Ce

pilier se présente ainsi: à l’est, à l’ouest et au sud, un pilastre

forme saillie. Au nord, un pilastre cantonné de deux colonnes engagées

s’appuie sur un dosseret. Moulurée en forme de bandeau chanfreiné,

l'imposte surmontant le pilier forme le tailloir des chapiteaux des

deux colonnes. La corbeille des chapiteaux est sculptée, avec une base

carrée surmontée d’un chanfrein. Le pilier repose sur un socle carré

plus large aux arêtes chanfreinées. Croquis de Marie Lebert.

[Illustration]

071. Saint-Pair-sur-Mer. Détail du pilier nord de la tour. S'appuyant

sur un dosseret, un pilastre cantonné de deux colonnes engagées est

surmonté d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné.

L’imposte forme aussi le tailloir des chapiteaux. La corbeille des

chapiteaux est sculptée de crochets d’angle taillés dans le granit.

Photo d'Alain Dermigny. [Alain-037]

[Illustration]

072. Saint-Pair-sur-Mer. Chapiteau roman sculpté. Sous la tour, l'un

des chapiteaux du pilier nord-ouest présente une corbeille sculptée,

fruste et en bas relief, taillée dans le granit. Un buste d’homme est

présent à l'angle, avec une grosse tête. Son bras droit est levé alors

que son bras gauche est replié sur sa poitrine. Une branche de chêne

est visible sur la droite. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-038]

[Illustration]

073. Saint-Pair-sur-Mer. Chapiteau roman sculpté. Sous la tour, un

autre chapiteau de granit est sculpté d’un crochet d’angle en faible

relief. Les corbeilles des chapiteaux des piliers nord-ouest, nord-est

et sud-est sont toutes ornées de crochets d’angle de ce type. Photo

d'Alain Dermigny. [Alain-039]

[Illustration]

074. Saint-Pair-sur-Mer. Le sarcophage de Saint Pair. Un autel en

pierre datant du dix-neuvième siècle recouvre le sarcophage en calcaire

coquiller de Saint Pair. Saint Pair (482-565) fonda avec Saint

Scubilion un oratoire dont les fondations sont présentes sous le chœur

de l’église actuelle. Il donna aussi son nom au village connu

auparavant sous le vocable romain de Scessiacus (Scissy). Les

sarcophages de Saint Pair et Saint Scubilion furent retrouvés en 1875,

à l’occasion de fouilles faites par l’abbé F. Baudry. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-040]

[Illustration]

075. Saint-Pair-sur-Mer. Le plan de l'oratoire dessiné par l'abbé F.

Baudry. En septembre 1875, des fouilles menées par l’abbé F. Baudry

dans le chœur de l’église permirent de retrouver une partie des

fondations de l’oratoire du sixième siècle ainsi que plusieurs

sarcophages. On retrouva les sarcophages en calcaire coquiller de Saint

Pair et de Saint Scubilion et, situés à proximité, ceux de Saint Sénier

et Saint Aroaste. Le sarcophage de Saint Gaud avait été retrouvé en

1131 en creusant les fondations de la tour romane. Ce plan est inclus

dans le livre du chanoine Pigeon intitulé Vie des saints du diocèse de

Coutances et d’Avranches, et publié à Avranches en 1888.

[Illustration]

076. Saint-Pair-sur-Mer. Les fondations de l'oratoire. Dans la seconde

travée du chœur actuel, la double ligne de dallages noirs encadrant une

rangée de dallages clairs recouvre de manière très précise les

fondations de l’ancien oratoire. Ces fondations forment une abside

semi-circulaire prolongée par des murs latéraux se perdant ensuite dans

la construction romane. Fortunat (530-600), évêque de Poitiers, affirme

dans sa Vie de Saint Pair que les cellules des premiers moines furent

bâties au bord de la mer. Les moines vinrent ensuite s’établir sur les

bords de la rivière de la Saigue, à l’emplacement de l’église actuelle,

en attirant dans leur voisinage une population qui se fixa autour de

l’oratoire. Au premier plan, une pierre tombale blanche indique

l’endroit où était enterré le sarcophage de Saint Pair. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-042]

[Illustration]

077. Saint-Pair-sur-Mer. La châsse de Saint Gaud, sise sur l’autel

recouvrant son sarcophage en calcaire coquiller. Saint Gaud (400-491)

dispose de sa propre chapelle, construite au dix-neuvième siècle dans

le mur nord du chœur, l'église étant un lieu de pèlerinage voué au

culte de Saint Gaud. Deuxième évêque d’Evreux, il se serait démis de

ses fonctions après quarante ans d'épiscopat pour venir se retirer dans

la solitude de Saint-Pair. Le sarcophage de Saint Gaud fut retrouvé en

1131 en creusant les fondations de la tour romane. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-041]

[Illustration]

078. Saint-Pair-sur-Mer. La châsse de Saint Gaud. Dans cette photo de

2009, des fleurs accompagnent les ex-voto. Photo de Claude Rayon.

[Claude-21]

[Illustration]

079. Saint-Pair-sur-Mer. Les fonts baptismaux. Photo de Claude Rayon.

[Claude-24]

[Illustration]

080. Angey. Emplacement. Le village d'Angey est situé à deux kilomètres

et demi à l’ouest de la bourgade de Sartilly. La paroisse d’Angey est

rattachée à celle de Sartilly depuis 1914. L'église d'Angey n’est

utilisée qu’en de rares occasions pour des mariages et des enterrements.

[Illustration]

081. Angey. L'église et son cimetière. Le saint patron de l’église est

Saint Samson et le second saint est Saint Jean-Baptiste. La paroisse

d’Angey appartenait au doyenné de Genêts et à l'archidiachoné

d'Avranches. En 1162, l’église d’Angey et ses dépendances furent

données à l’abbaye de la Lucerne par Guillaume de Saint-Jean. L’église

avait donc l’abbé de la Lucerne pour seigneur patron. Photo de Marie

Lebert. [Marie-12]

[Illustration]

082. Angey. L'église, avec son chœur roman. La base de la tour pourrait

être romane elle aussi, à une période plus tardive, puisque l'appareil

des maçonneries est légèrement différent de celui du chœur. Photo de

Claude Rayon. [Claude-25]

[Illustration]

083. Angey. Le plan de l'église. Un vaisseau rectangulaire

régulièrement orienté d’ouest en est comprend une longue nef prolongée

par un chœur d’une travée. Ce vaisseau a une longueur extérieure totale

de 26,85 mètres et une largeur extérieure de 7,5 mètres. Située dans

l’axe du vaisseau, la tour s’élève entre chœur et nef. Plan de Marie

Lebert.

[Illustration]

084. Angey. Le chœur à chevet plat, avec un clocher en bâtière situé

entre chœur et nef. Photo de Claude Rayon. [Claude-26]

[Illustration]

085. Angey. Les fonts baptismaux, qui dateraient du quatorzième siècle,

sont ornés d'une sculpture en bas relief représentant des arcatures

trilobées. La corde ornant la base sur toute sa longueur symboliserait

la communauté religieuse. Photo de Claude Rayon. [Claude-27]

[Illustration]

086. Saint-Jean-le-Thomas. Emplacement. Le bourg de

Saint-Jean-le-Thomas se trouve sur la route côtière, à douze kilomètres

au sud de Granville et neuf kilomètres au nord d'Avranches.

Saint-Jean-le-Thomas était traversé par deux chemins montois, le

premier venant de Saint-Pair-sur-Mer et le deuxième venant de

Coutances. De plus, un autre chemin reliant Saint-Pair au Mont

Saint-Michel, cette fois par les grèves, traversait les dunes non loin

de là.

[Illustration]

087. Saint-Jean-le-Thomas. L’église est placée sous le vocable de Saint

Jean-Baptiste. La paroisse de Saint-Jean-le-Thomas appartenait au

doyenné de Genêts et à l'archidiachoné d'Avranches. En 917, Guillaume

Longue-Epée, second duc de Normandie, donna à l’abbaye du Mont

Saint-Michel le village de Saint-Jean-au-bout-de-la-mer avec son

église, son moulin, ses vignes et ses prés. Au onzième siècle, le duc

Robert Ier donna de nouveau au Mont la seigneurie de Saint-Jean et ses

dépendances. En 1162, le seigneur du lieu, Guillaume de Saint-Jean,

second fondateur de l'abbaye de la Lucerne, donna à l’abbaye l’église

de Saint-Jean-le-Thomas avec ses dépendances, et de nombreuses

propriétés aux alentours et en Angleterre. Au quinzième siècle,

l’église était toujours la propriété de l’abbaye de la Lucerne, et

l’abbé de la Lucerne était donc son seigneur patron. Photo de Claude

Rayon. [Claude-28]

[Illustration]

088. Saint-Jean-le-Thomas. L'église. Sa nef romane daterait du onzième

siècle et du début du douzième siècle. Son chœur pré-roman à chevet

plat daterait du dixième siècle. Le portail roman percé dans le mur sud

de la nef est précédé d’un large porche datant du quinzième siècle.

Carrée et massive, la tour est elle aussi accolée au mur sud de la nef,

avec deux étages surmontés d’une balustrade ajourée. Construite en 1895

pour remplacer une tour vétuste, elle fut édifiée en granit des

carrières de Saint-James. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-043]

[Illustration]

089. Saint-Jean-le-Thomas. Le plan de l'église. Un vaisseau

rectangulaire régulièrement orienté d’ouest en est comprend une longue

nef suivie d'un chœur à chevet plat. Ce vaisseau a une longueur

extérieure de 31,2 mètres et une largeur extérieure de 8,1 mètres. On

entre dans l’église par un portail situé dans le mur sud de la nef et

précédé d’un porche. Accolée à la partie orientale de la nef, la tour

s'élève au sud du vaisseau. Plan de Marie Lebert.

[Illustration]

090. Saint-Jean-le-Thomas. La façade occidentale et la tour. Le mur de

façade est surmonté d’un léger glacis recouvert de plaquettes de

schiste, en arrière duquel s’élève le mur pignon. La partie médiane est

occupée par un contrefort plat se terminant par un glacis à la base du

pignon. Les deux petites baies romanes situées de part et d’autre du

contrefort furent réouvertes en 1973, lors de la restauration du chœur

de l'église. La tour, massive, fut reconstruite en 1895. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-044]

[Illustration]

091. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman et son mur sud. Ce chœur

offre des similitudes avec l'église Notre-Dame-sous-Terre, présente

dans les entrailles du Mont Saint-Michel et construite par les

Bénédictins peu après leur installation au Mont en 966. Dans les deux

édifices, les arcs des baies sont formés de claveaux de briques et

l'appareil des murs est fait de petits blocs de granit assez réguliers

séparés par d'épais joints de mortier. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-045]

[Illustration]

092. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman. A gauche de la grande

baie centrale, une petite baie romane est bien visible, avec son arc et

ses piédroits de granit. Photo de Claude Rayon [Claude-31]

[Illustration]

093. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman et son mur nord. Haut

situées, les petites baies pré-romanes sont surmontées de claveaux de

briques. La grande baie en plein-cintre à l'arcade trilobée fut percée

en 1895, au moment de la reconstruction de la tour. Les petites baies

pré-romanes furent découvertes et réouvertes en 1965, lors de la

restauration du chœur en 1965 sous la direction de Yves-Marie

Froidevaux, architecte en chef des monuments historiques. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-046]

[Illustration]

094. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman et son mur nord.

L’appareil des maçonneries est fait de moellons de granit assez

réguliers pris dans d’épais joints de mortier. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-047]

[Illustration]

095. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman. Le cintre de cette

petite baie pré-romane est fait de claveaux de brique. On retrouve les

mêmes baies dans l'église Notre-Dame-sous-Terre, située dans les

entrailles du Mont Saint-Michel et datant de la même époque. Photo de

Claude Rayon. [Claude-30]

[Illustration]

096. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman (intérieur) et son mur

nord. L’appareil de granit des murs et les claveaux de briques des

baies sont également visibles à l’intérieur, suite à la restauration du

chœur en 1965 sous la direction d’Yves-Marie Froideveaux, architecte en

chef des monuments historiques. Les cinq petites baies aux claveaux de

briques - trois au nord et deux au sud - furent retrouvées et

réouvertes à cette date. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-048]

[Illustration]

097. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman (intérieur). Les deux

grandes baies en plein-cintre visibles de part et d’autre du chœur

furent ajoutées en 1895, lors de la reconstruction de la tour. Photo

d'Alain Dermigny. [Alain-049]

[Illustration]

098. Saint-Jean-le-Thomas. Le chœur pré-roman (intérieur). La voûte en

berceau de bois fut ajoutée en 1965 et terminée en 1973. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-050]

[Illustration]

099. Saint-Jean-le-Thomas. La nef romane (intérieur). Cette nef

daterait du onzième siècle et du début du douzième siècle. Dans le mur

occidental, situé au fond, les deux baies romanes furent réouvertes en

1973 après avoir été retrouvées sous l’enduit. La baie supérieure, une

baie médiane située dans le mur pignon, fut murée à la même date, mais

ses piédroits de granit restent bien visibles. La voûte en berceau de

la nef est en plâtre, et le sol est recouvert de larges dalles de

granit. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-051]

[Illustration]

100. Saint-Jean-le-Thomas. La nef romane (intérieur). Une autre vue,

cette fois en direction du chœur. Photo de Claude Rayon. [Claude-32]

[Illustration]

101. Saint-Jean-le-Thomas. La nef romane (intérieur). Des peintures

murales romanes sont présentes sur le mur sud de la nef, chose

d'autant plus intéressante que les décors peints sont quasi-inexistants

dans la région. L’existence de décors peints aussi anciens, qui

dateraient du douzième siècle, était ignorée jusqu’en 1974, date de la

réfection des enduits intérieurs de la nef. Des taches de couleur

attirèrent l’attention de l’abbé Porée, curé de l’église, qui fit

intervenir les fresquistes des Beaux-Arts. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-052]

[Illustration]

102. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Dans la partie dégagée en décembre 1974, trois tableaux

se succèdent: le combat d’un homme contre un ange, situé sur le tympan

du portail muré, puis une lutte entre deux personnages et enfin une

scène champêtre. Ces tableaux sont surmontés de frises. Ces décors

peints pourraient être l’œuvre de pèlerins du Mont Saint-Michel,

l'église étant située sur une voie montoise. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-053]

[Illustration]

103. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Sur le tympan du portail muré, le combat d’un homme

contre un ange, «un combat qui pourrait être celui de Jacob contre

l’ange envoyé de Dieu, ou Dieu lui-même manifesté sous une forme

visible», selon l'abbé Porée, curé de l'église au moment de la

découverte de ces peintures murales en 1974. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-054]

[Illustration]

104. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. La même scène, toujours sur le tympan du portail muré,

prise avec un angle légèrement différent et montrant aussi les deux

frises de rinceaux la surplombant. Photo de Claude Rayon. [Claude-33]

[Illustration]

105. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Le même tympan du portail muré tel qu'on le voit à

l'extérieur. Il est surplombé d'une petite baie romane au cintre et aux

piédroits de granit. Photo de Claude Rayon. [Claude-29]

[Illustration]

106. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Dans cette scène champêtre, avec épis de blé visibles à

gauche, un personnage portant une grande cape tient une outre et verse

du vin dans un coupe que lui présente un autre personnage. A droite, un

troisième personnage muni d’un instrument aratoire est en partie

effacé. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-055]

[Illustration]

107. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Le troisième tableau, dont la plus grande partie a

disparu, représente la lutte entre un personnage à cape dont la tête

est surmontée d’une auréole et un autre personnage recouvert d’une

armure qui semble être à terre. Il pourrait s'agir de la lutte de Saint

Michel contre le Démon, selon l'abbé Porée, curé de l'église au moment

de la découverte de ces peintures murales en 1974. Photo d'Alain

Dermigny. [Alain-056]

[Illustration]

108. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Situé entre la scène champêtre et la scène de lutte, ce

détail montre que le décor est peint à même l’enduit à la chaux, ce qui

explique le fond clair. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-057]

[Illustration]

109. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Cette vue partielle de la scène de lutte montre que tous

les contours sont dessinés en peinture ocre. Les surfaces intérieures

sont peintes en ocre et en chamois. Seules ces deux couleurs sont

utilisées, directement sur l'enduit à la chaux. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-058]

[Illustration]

110. Saint-Jean-le-Thomas. Les peintures murales romanes, dans le mur

sud de la nef. Les tableaux sont surmontés de frises de rinceaux

terminées par des feuillages. Les rinceaux courent entre deux bandes

horizontales, qui sont de couleur ocre le long des rinceaux et de

couleur chamois les long des bandes ocre, avec une rangée de points

blancs à la charnière des deux couleurs. Photo d'Alain Dermigny.

[Alain-059]

[Illustration]

111. Saint-Jean-le-Thomas. Le portail roman et son porche, dans la mur

sud de la nef. Comme souvent dans la région, ce portail est précédé

d'un porche plus récent – celui-ci est du quinzième siècle - permettant

d'accueillir pèlerins et paroissiens sur ses deux bancs de pierre, et

de les abriter des vents d'ouest venus de la mer et des averses. Photo

de Claude Rayon. [Claude-54]

[Illustration]

112. Saint-Jean-le-Thomas. Le portail roman, dans le mur sud de la nef.

L'arcade en plein-cintre du portail est formée d’une voussure ornée

d’une simple moulure torique. La voussure repose sur deux colonnettes

très engagées qui prolongent le tore et qui ont sensiblement le même

diamètre que celui-ci. Les colonnettes sont surmontées de chapiteaux à

tailloir carré dont la corbeille est sculptée de petits crochets

d’angle à peine visibles. La base carrée est surmontée d’un double

tore. Photo de Claude Rayon. [Claude-55]

[Illustration]

113. Saint-Jean-le-Thomas. Croquis du portail roman, dans la mur sud de

la nef. Croquis de Marie Lebert.

[Illustration]

114. Saint-Jean-le-Thomas. Le porche. La voûte de pierre du porche du

quinzième siècle est un appareil irrégulier fait de plaquettes de

schiste prises dans un épais mortier. L'arc en plein cintre du portail

roman est orné d'un tore. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-060]

[Illustration]

115. Saint-Jean-le-Thomas. La Vierge et l’Enfant. Située sous le porche

du quinzième siècle, cette statue de pierre surplombe le portail roman

du mur sud de la nef. Photo d'Alain Dermigny. [Alain-061]

[Illustration]

L'art roman dans le Sud-Manche: Album · 第 1 / 3 段