Achèvement de la Constitution.—La Reine consulte Mercy et
Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner, car on n'a pas de
moyens de résistance.—Conseils divers.—Retour momentané de
l'opinion.—Le Roi accepte la Constitution.—Fêtes à
Paris.—Enthousiasme populaire.
Pendant toutes ces négociations et ces échanges de correspondances,
l'Assemblée nationale avait atteint le terme de sa carrière. La
Constitution était achevée le 3 septembre, et, le 4, présentée à
l'acceptation du Roi, sans que les Constitutionnels convertis,
abandonnés, le jour de la discussion, par la rancune inintelligente
de la Droite, eussent pu y faire introduire les modifications qu'ils
jugeaient indispensables à la dignité de l'autorité royale. Qu'allait
faire Louis XVI? Sanctionnerait-il une œuvre que des libéraux éprouvés,
comme Gouverneur Morris, proclamaient «inexécutable», que ses auteurs
eux-mêmes, les Lameth, Barnave, Duport, trouvaient pleine d'erreurs
dangereuses, et contre laquelle lui n'avait cessé de protester, soit
secrètement, près des autres souverains, soit publiquement, avant de
partir pour Varennes, par le message du 20 juin 1791? Refuserait-il sa
sanction? Mais quelles en seraient les conséquences?
Depuis longtemps, la Reine se préoccupait de cette grave question et
ne cessait d'interroger Mercy et ses plus fidèles amis. «C'est à la
fin de la semaine qu'on présentera la charte au Roi, écrivait-elle le
21 août; ce moment est affreux[800].» Mais Mercy, mais Léopold, mais
les conseillers du dehors se rendaient-ils exactement compte de la
situation?
«L'Assemblée voudra composer, opinait Mercy dès le 28 juillet; il
faudrait que le Roi eût la fermeté de dire qu'il ne consentira jamais
à rien qu'en pleine liberté de lui, de la Reine et du Dauphin. Ce
n'est que par le plus grand courage que l'on en imposera. ..... Il ne
faudrait pas rejeter des conditions raisonnables; cela serait désarmer
la nation, pouvoir du Roi sur l'armée, droit entier de la paix, de la
guerre et des négociations, droit de fixer la prochaine Législature
hors de Paris[801].»
Mais ces conditions, très sages, au demeurant, pour la plupart,
avaient-elles chance d'être acceptées par un peuple aussi ardent et
aussi enclin aux préjugés que le peuple français? Qui eût pu, alors,
sans une lutte violente, enlever aux gardes nationales ces armes qui
leur semblaient le palladium de la liberté? L'expérience de Varennes ne
venait-elle pas de prouver que Paris ne se croyait réellement capitale
qu'autant qu'il gardait le Roi et l'Assemblée? Aurait-on pu exécuter,
en 1791, ce qu'on n'a pu exécuter que quatre-vingts ans plus tard,
après la plus sanglante révolte, et qui, même alors, n'a pas duré? La
Reine ne le croyait pas. Pour parler ferme, comme le voulait Mercy, il
eût fallu disposer d'une force sérieuse, et, au besoin, appuyer les
paroles par des actes énergiques. Cette force, elle ne l'avait pas.
«Ce que vous mandez des conditions à faire, répondait-elle, est juste,
mais impraticable pour nous. Nous n'avons ni force, ni moyens; nous ne
pouvons que temporiser.....»
Et s'obstinant, malgré tout, dans un invincible espoir, elle ajoutait:
«Il faut du temps et un peu de sagesse, et je crois encore qu'on pourra
préparer à nos enfants un avenir plus heureux[802].»
Un avenir plus heureux, quelle ironie!
De même que Mercy, Léopold posait comme première condition la sortie du
Roi de Paris et sa retraite dans une province, où, en pleine liberté et
sous la protection de défenseurs dévoués, il eût pu examiner à son aise
la Constitution qu'on lui soumettait. On désignait même le lieu de sa
retraite: un château de M. de Crouy[803], du nom de l'Hermitage, situé
près de Condé, ou encore Montmédy[804], et là, le Roi serait entouré de
ses gardes du corps[805].
Mais l'Assemblée y consentirait-elle? C'était bien peu probable, car on
eût replacé le Roi précisément dans la position où il avait voulu se
mettre le 20 juin, et c'était pour l'empêcher de réaliser ce plan qu'on
l'avait arrêté à Varennes, ramené à Paris et gardé à vue aux Tuileries.
Le laisserait-on même aller, non pas à Condé ou à Montmédy,
c'est-à-dire à une lieue de la frontière et à proximité des troupes
étrangères, mais à une petite distance de la capitale, à Fontainebleau,
Rambouillet ou Compiègne, par exemple? Malgré l'avis de Malouet et de
Mallet du Pan, la Reine ne le croyait pas davantage.
«On désire que nous allions soit à Rambouillet, soit à Fontainebleau;
mais, d'un côté, comment et par qui serons-nous gardés? Et de l'autre,
jamais ce peuple ne laissera sortir mon fils. On l'a accoutumé à le
regarder comme son bien. Rien ne les fera céder, et,—ajoutait-elle avec
le touchant exclusivisme et les légitimes appréhensions de l'amour
maternel,—et nous ne pouvons pas le laisser seul[806]!»
Il était bien facile à Burke d'écrire d'Angleterre: «Si le Roi accepte
la Constitution, vous êtes tous deux perdus...... Ce n'est pas
l'adresse, c'est la fermeté seule qui peut vous sauver...... Votre
salut consiste dans la patience, le silence et le refus[807].»
La patience, la Reine en avait depuis longtemps; mais le silence,
comment le garder? Comment refuser la sanction demandée et en quelque
sorte exigée? N'entendait-on pas dans Paris, et jusque sous les
fenêtres des Tuileries, gronder des menaces incessantes d'insurrection?
Le peuple, non seulement dans la capitale, mais dans les provinces
même—on l'avait bien vu au retour de Varennes,—n'était-il pas
emporté par un enthousiasme irréfléchi, mais irrésistible, pour cette
Constitution qu'il ne connaissait pas, mais que, dans sa crédulité
naïve, avec ce besoin inné en France de chercher toujours un sauveur,
et en dépit des sinistres prophéties de Malouet, il regardait comme
l'aurore de jours sans nuages? Résister à cet entraînement universel,
mais avec quoi? Quelle armée, quelle autorité avait-on?
«Nous n'avons ni forces, ni moyens, disait la Reine. Tout ce que nous
pouvons pour notre honneur et pour l'avenir, ce sont des observations à
faire, qui ne seront sûrement pas écoutées, mais qui, au moins avec la
protestation que le Roi a faite, il y a six semaines, et calquées sur
elle, serviront de base pour le moment où l'ennemi, le malheur et le
désenivrement pourront laisser passer la raison[808].»
Mercy lui-même, si partisan d'abord d'une attitude énergique, revenait
à des opinions tout autres, et en envoyant à la Reine les conseils
de Burke, dont nous avons parlé plus haut, et qui poussaient à la
résistance, il avait soin d'ajouter:
«Telle est l'idée de M. Burke et des amis de la Reine; mais cette
idée, vraie dans le principe, est dangereuse dans le fait..... Il
faudrait donc ne rien brusquer et mettre toute sa fermeté à tâcher de
temporiser[809].»
Plus les jours s'écoulaient, plus la terrible nécessité de
l'acceptation de la Constitution s'imposait à Marie-Antoinette, quelque
dur que cela pût être à sa fierté. Le 26 août, elle écrivait encore à
Mercy:
«Il est impossible, vu la position ici, que le Roi refuse son
acceptation. _Croyez que la chose doit être bien vraie, puisque je
le dis._ Vous connaissez assez mon caractère pour croire qu'il se
porterait plutôt à une chose noble et pleine de courage; mais il n'en
existe point à courir un danger plus que certain[810].»
En présence de cette évidente nécessité, la Reine ne cherchait
qu'à temporiser, comme disait Mercy, afin d'attendre l'occasion
favorable de corriger l'œuvre, plus qu'imparfaite, qu'on allait être
contraint d'accepter. Pour cela, il fallait avant tout inspirer la
confiance; il fallait que rien, ni au dedans, ni au dehors, ne vînt
entraver le retour de l'opinion et fournir un aliment aux passions
révolutionnaires: «C'est le seul moyen, écrivait la Reine à l'Empereur,
pour que le peuple, revenu de son ivresse, soit par le malheur qu'il
éprouvera à l'intérieur, soit par la crainte du dehors, revienne à
nous, en désertant les auteurs de ses maux[811].»
Déjà, s'il faut en croire un observateur, ami, il est vrai, des
Constitutionnels, un certain revirement se manifestait dans le public.
Une foule plus sympathique se portait aux Tuileries; la Reine, prenant
son fils dans ses bras, le présentait au peuple: elle était acclamée.
Le 4 septembre, la messe au Château était des plus brillantes; Louis
XVI et sa famille, en s'y rendant,—c'est un témoin bien peu suspect qui
le rapporte,—étaient salués par des applaudissements[812]. L'opinion
royaliste faisait des progrès sensibles; on commençait à oser la
soutenir dans les cafés, même au Palais-Royal, ce palladium de la
Révolution[813], et les chefs des partis populaires la professaient
entre eux[814]. La plupart étaient convaincus que la Constitution,
telle qu'ils l'avaient ébauchée, était inapplicable; Barnave allait
jusqu'à dire qu'il fallait que les assemblées futures n'eussent que
l'influence d'un Conseil de notables et que toute la force devait
résider dans le gouvernement[815]. Bien plus, nombre de gens, de ceux
même qui avaient applaudi et peut-être participé à l'arrestation
du Roi, en étaient venus à déplorer publiquement qu'il eût échoué
dans son entreprise; ils regrettaient ce qu'on appelait «le plan de
Montmédy», car, disaient-ils, ce plan promettait à la France «une bonne
Constitution également éloignée des deux extrêmes[816]». La Reine
elle-même, si calomniée, avait sa part dans ce retour de la faveur
populaire, et seize mille gardes nationaux, dit-on, portaient des
anneaux avec cette devise: _Domine, salvum fac Regem et Reginam_[817].
Il fallait donc profiter de ce revirement inattendu, et dussent les
aristocrates l'accuser,—comme ils le faisaient pour la punir de ses
répugnances contre les émigrés,—l'accuser de sacrifier à sa fierté
le salut de la France[818], ne valait-il pas mieux se résigner, en
apparence du moins, à une Constitution dont les défauts étaient si
criants, qu'ils sauteraient à tous les yeux, dès qu'on essaierait
seulement de la mettre en pratique[819]?
Il fallait donc accepter l'acte constitutionnel; mais comment, et
dans quels termes? Ici encore les avis étaient partagés. Malouet,
comme la Marck, comme Gouverneur Morris, demandaient que le Roi fît
des réserves, et c'était le parti auquel inclinaient manifestement
d'abord Louis XVI et Marie-Antoinette[820]. Mais les Constitutionnels
insistaient pour une acceptation pure et simple, et le Roi, désireux de
ne pas s'aliéner ces conseillers de la dernière heure, et de n'inspirer
aucune méfiance sur la sincérité de son adhésion, se détermina à suivre
leur avis.
«Refuser eût été plus noble, écrivait la Reine à Fersen, mais cela
était impossible dans les circonstances où nous sommes. J'aurais voulu
que l'acceptation fût simple et plus courte; mais c'est le malheur
de n'être entourés que de scélérats; encore je vous assure que c'est
le moins mauvais projet qui a passé. Les folies des Princes et des
émigrants nous ont aussi forcés dans nos démarches; il était essentiel,
en acceptant, d'ôter tout doute que ce n'était pas de bonne foi[821].»
Le jour même où l'Assemblée avait mis la dernière main à son œuvre, et
afin d'enlever à la délibération et à l'acceptation du Roi l'apparence
de la contrainte, Lafayette était venu lever la garde placée autour
de la famille royale. Le Château redevint libre, les jardins furent
rouverts au public. Le dimanche suivant, la messe fut célébrée dans la
chapelle. Le peuple s'y rendit en masse et témoigna une grande joie de
revoir les augustes prisonniers.
On cria de toutes parts: _Vive le Roi!_ Mais une voix, partie de
la foule, se chargea de dire à quel prix étaient les acclamations
populaires: «Oui, reprit-elle, s'il accepte la Constitution[822].»
Le 4 septembre, une députation, conduite par Thouret, vint en grande
pompe apporter au Roi l'acte constitutionnel; le Roi le prit des mains
du président et répondit qu'il l'examinerait. Le 13, il écrivit à
l'Assemblée qu'il l'acceptait et qu'il irait le lendemain en jurer
solennellement le maintien; il demandait en même temps, que «les
accusations et les poursuites qui avaient pour cause les événements
de la Révolution fussent éteintes dans une amnistie générale». La
lecture de cette lettre rédigée par Duport du Tertre[823], mais
écrite tout entière de la main du Roi[824], souleva de frénétiques
applaudissements. L'amnistie fut votée séance tenante; on en était
aux politesses et aux échanges de bons procédés. Une nombreuse
députation alla porter le décret aux Tuileries. Le prince était avec sa
famille: «Voilà ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils partagent
mes sentiments.» Marie-Antoinette reprit: «Voici mes enfants, nous
accourons tous et nous partageons les sentiments du Roi.»
Le Roi était sincère dans son acceptation de la Constitution; il
espérait encore, à force de sagesse et de patience, la faire marcher
tant bien que mal, tout en éclairant la nation sur les défauts de cette
œuvre mal digérée, et sur les intérêts vrais du pays. «Il demanda à
la Reine et à tous ceux qui l'entouraient, dit Mme de Tourzel, de
s'interdire toute réflexion sur les démarches que les circonstances
venaient d'exiger de lui, de ne se permettre rien de contradictoire
à la Constitution, et, conformément à un de ses articles de ne plus
nommer à l'avenir Mgr le Dauphin que du nom de Prince Royal[825].»
La Reine n'avait pas la même confiance que son mari dans l'issue de
l'expérience qu'on allait tenter et dans la sagesse du peuple; elle
se résignait moins facilement aux sacrifices que le régime nouveau
imposait à la royauté.
Cette résignation d'ailleurs n'allait pas tarder à être soumise à une
rude épreuve. Le 14 à midi, le Roi se rendit à l'Assemblée, entouré de
tous ses ministres. Il alla prendre place sur un fauteuil à côté du
président et prononça d'une voix ferme la formule du serment. Par un
étrange oubli de toutes les traditions et de toutes les convenances,
le président Thouret avait fait décréter que l'Assemblée resterait
assise pendant que le Roi parlerait; le prince, qui était demeuré
debout en prêtant serment, s'en aperçut et en fut vivement ému[826].
La Reine, qui s'était jointe spontanément à son mari et assistait à la
séance dans une tribune avec son fils, sa fille et Mme Elisabeth,
en fut plus émue encore[827]. Mais l'enthousiasme était si général
que le public n'avait fait attention ni à cette étrange inauguration
du nouveau régime, qui débutait par une humiliation officielle de
la royauté, ni à cette légitime indignation du souverain; la salle
et les tribunes s'étaient confondues dans de bruyantes et unanimes
acclamations. Après la séance, l'Assemblée entière accompagna la
famille royale revenant aux Tuileries. Arrivée au Palais, la Reine se
hâta de saluer les dames de sa suite et rentra dans ses appartements;
le Roi l'y suivit, pâle, les traits altérés, et, se jetant dans un
fauteuil, un mouchoir sur les yeux: «Tout est perdu, s'écria-t-il. Ah!
Madame, vous avez été témoin de cette humiliation. Quoi! vous êtes
venue en France pour voir....» Sa voix était coupée par les sanglots.
La Reine se jeta à genoux devant lui et le serra dans ses bras. Mme
Campan était là; Marie-Antoinette lui fit signe de sortir, et les deux
époux restèrent l'un près de l'autre, confondant leurs larmes et leurs
tristes pressentiments[828].
Au dehors, cependant, l'enthousiasme n'était pas moins vif qu'à
l'Assemblée: on croyait la Révolution finie, la paix et l'ordre
désormais assurés; plus de dangers dans le présent, plus de menaces
pour l'avenir; c'était un entrain, c'était une ivresse. «Les esprits
sages, disait l'ambassadeur de Suède, ne partageaient pas cette
joie[829].» Mais qu'importait à la foule?
Quelques jours après, la Constitution fut proclamée au Champ-de-Mars;
la municipalité, le département, les fonctionnaires publics, la foule
s'y pressaient, et lorsque l'acte constitutionnel eut été lu, du haut
de l'autel de la patrie, un immense cri de _Vive la Nation!_ s'échappa
de la poitrine de trois cent mille hommes qui s'étouffaient dans cette
enceinte. On riait, on s'embrassait, on se félicitait; des aérostats
s'élevaient dans les airs, couverts d'inscriptions patriotiques; il y
avait jeux populaires et distributions de vivres sur les places et dans
les carrefours[830]. Le soir, tout Paris illumina; les boulevards, le
Louvre, les Tuileries, la place Louis XV, les Champs-Élysées surtout
étincelaient; des guirlandes de feu couraient d'arbre en arbre jusqu'à
la porte de l'Etoile. Le Roi, la Reine et le Dauphin se promenèrent en
voiture jusqu'à onze heures du soir, escortés par la garde nationale
et acclamés par la foule; des cris de _Vive le Roi!_ retentissaient
de toutes parts. Mais un homme s'était attaché à la voiture royale,
et chaque fois qu'éclatait le cri de _Vive le Roi!_ d'une voix de
Stentor il criait à l'oreille de la Reine: «Non! ne les croyez pas.
_Vive la Nation!_» C'était la voix brutale de la Révolution proclamant
qu'elle n'abdiquait pas, même devant l'enthousiasme populaire. «La
Reine, rapporte Mme Campan, en fut frappée de terreur[831], et
quand elle rentra au Château: «Qu'il est triste,» dit-elle à Mme de
Tourzel, «que quelque chose d'aussi beau ne laisse dans nos cœurs qu'un
sentiment de tristesse et d'inquiétude[832]!»
Les fêtes continuaient néanmoins; fêtes religieuses et fêtes profanes;
on chantait un _Te Deum_ aux Tuileries; on jouait aux théâtres des
pièces royalistes. Le dimanche 25, il y eut réjouissances populaires
offertes par le Roi, dans le jardin du Château. «Nous avons été à
l'Opéra, écrivait ce jour-là Mme Elisabeth à son amie Mme de
Raigecourt; nous irons demain à la Comédie. Mon Dieu! que de plaisirs!
J'en suis toute ravie! Et aujourd'hui, nous avons eu pendant la messe
le _Te Deum_. Il y en avait un à Notre-Dame. M. l'intrus avait bonne
envie que l'on y allât; mais quand on en chante un chez soi, on
est dispensé d'en aller chanter d'autres, tu en conviendras. Nous
nous sommes donc tenus tranquilles. Ce soir, nous avons encore une
illumination; le jardin sera superbe, tout en lampions et en petites
machines de verre que, depuis deux ans, on ne peut nommer sans
horreur[833].»
Le mardi 20, à l'Opéra[834], et le lundi 26, à la Comédie-Française,
l'accueil fut excellent; il y eut des applaudissements
«inexprimables[835]». Aux Italiens, quelques jours plus tard,
l'enthousiasme ne fut pas moins bruyant. «Tu ne peux te faire une
idée du tapage qu'il y a eu samedi à la Comédie-Italienne,» écrivait
encore Mme Elisabeth à Mme de Raigecourt. «Mais,» ajoutait
mélancoliquement la princesse, «il faut voir combien cet enthousiasme
durera[836].»
Le 30 septembre, le Roi se rendait à l'Assemblée pour en faire la
clôture. Le président Thouret déclarait que l'Assemblée nationale avait
terminé sa mission[837], et Lafayette radieux partait pour l'Auvergne,
en annonçant béatement que la Révolution était finie.