Il serait plus sincère de reconnaître qu'en fait de principes

d'architecture, aujourd'hui, nous avons tout à apprendre de nos

devanciers, depuis l'art de construire jusqu'à ces grandes méthodes

harmoniques de l'antiquité ou du moyen âge. À de savantes conceptions,

profondément raisonnées, nous avons substitué une sorte d'empirisme

grossier, qui consiste, soit à imiter, sans les comprendre, des formes

antérieures, soit à les mélanger sans ordre ni raison, produisant ainsi

de véritables monstres qui, le premier étonnement passé, n'inspirent que

le dégoût et l'ennui. Qu'on nous présente ces chimères comme un progrès,

l'avenir en fera justice, et ne verra dans ces produits bâtards,

amoncelés à l'aide de moyens puissants et de dépenses énormes, que

confusion et ignorance.

Nous croyons fermement au progrès, nous le constatons avec joie au sein

de notre société moderne; nous ne sommes point de ces sceptiques qui

admettent que le bien et le mal, en ce monde, sont toujours répartis à

doses égales. Mais il est de ces moments, même au sein d'une

civilisation avancée, où la raison éprouve des échecs: or, en ce qui

touche à notre art, nous sommes dans une de ces périodes. Est-ce à

croire que tout est perdu? Non, certes; notre art se relèvera à l'aide

de ces études historiques, assez mal vues de quelques-uns, mais qui se

poursuivent malgré tout, se poursuivront, et produiront des résultats

féconds. Apprenons à mieux connaître les arts des temps anciens: les

analysant patiemment, nous aurons établi les fondements des arts de

notre siècle; nous reconnaîtrons qu'à côté des faits matériels, qui

diffèrent sans cesse, il y a les principes, qui sont invariables, et

que, si l'histoire éveille la curiosité, elle dévoile aussi, pour qui

sait la fouiller, des trésors de savoir et d'expérience que l'homme

intelligent doit employer.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Note 367: Voyez le neuvième _entretien sur

l'architecture_.]

[Note 368: Voyez ce que nous disons à propos de l'emploi

de ce triangle à l'article OGIVE, et dans le neuvième

_entretien sur l'architecture_.]

[Note 369: Voyez _Théorie du module déduite du texte de

Vitruve_. Nîmes, 1862.--_Étude des dimensions de la Maison

carrée de Nîmes_, 1864--_Étude des dimensions de la colonne

Trajane_, 1863.--_Mémoire à propos des scamilli impares de

Vitruve_.--_Mémoire sur le Parthénon_.--_Étude des dimensions

du monument choragique de Lysicrate_.]

[Note 370: Nous avons fait ce travail après avoir,

non-seulement relevé l'église de Saint-Sernin, mais après que

nous avons pu la débarrasser de lourdes adjonctions qui

modifiaient ses couronnements, et lorsque nous avons ainsi

été à même de retrouver la place des anciennes corniches et

des pentes des couvertures. Ce n'est qu'après avoir constaté

la place de chaque partie de la manière la plus certaine, que

nous nous sommes livré au travail de recherche qui nous a

dévoilé le système de proportions adopté par les architectes

primitifs. Étant frappé des heureuses proportions que nous

montraient les travaux de déblaiement, et de l'effet

singulièrement harmonieux de l'ensemble, nous en avons

cherché la cause; car on se fait illusion, si l'on suppose

que le hasard ou le sentiment seul peut produire de pareils

résultats sur un édifice aussi étendu et composé de tant de

parties.]

[Note 371: Voyez le neuvième _entretien sur

l'architecture_, fig. 9 et 10.]

[Note 372: Voyez CHAPELLE, fig. 1, 2 et 3.]

[Note 373: Voyez la _Cathédrale de Cologne_, par M. Félix

de Verneilh. (_Annales archéologiques_, 1848).]

[Note 374: Voyez SALLE.]

[Note 375: Voyez ÉCHELLE.]

[Note 376: L'exposé de ce principe si vrai et si simple a

paru, aux yeux de quelques critiques, établir une véritable

hérésie; nous avouons ne pas comprendre pourquoi. Que ce

principe diffère de celui admis chez les Grecs, ce n'est pas

douteux; mais en quoi serait-il contraire aux conditions de

l'art de l'architecture? C'est ce qu'on n'a pas pris la peine

de discuter.]

PUIE, s. f. Vieux mot équivalent au mot moderne _balcon_.

«La contesse est à sa _puie_

Où o sez pucèles s'apuie[377].»

Il est très-rare de trouver des balcons, dans les palais ou maisons du

moyen âge, disposés comme le sont les nôtres. Les saillies sur les

façades, permettant de plonger sur la voie publique ou sur l'aire d'une

cour, sont habituellement couvertes: ce sont alors des bretèches ou des

loges (voy. ces mots.)

[Note 377: _Gilles de Chin_, roman de Gautier de Tournay,

XIVe siècle, v. 477 et suiv.]

PUITS, s. m. Trou cylindrique percé dans le sol, atteignant une nappe

d'eau. Les puits sont, ou creusés dans le roc, ou sont revêtus

intérieurement d'une maçonnerie pour maintenir les terres. Ils sont

couronnés, au niveau du sol, par une margelle de pierre de taille,

servant de garde-fou, et terminés à leur partie inférieure par un rouet

de charpente qui a servi à leur construction, et qui reste à demeure

sous le niveau de la nappe d'eau.

Les constructeurs du moyen âge ne procédaient pas autrement que nous

pour percer des puits. Creusant un trou cylindrique, ils y plaçaient un

rouet de bois de chêne, sur lequel on élevait le mur en tour ronde.

Déblayant peu à peu sous le rouet, celui-ci descendait avec la portion

de maçonnerie qu'il supportait; on complétait, à mesure de l'abaissement

du rouet, cette maçonnerie cylindrique dans la partie supérieure.

Il existe encore un grand nombre de puits du moyen âge dans nos vieilles

villes, dans les châteaux, les cloîtres, les palais et les maisons. Ils

sont revêtus de pierres de taifle; leur diamètre est très-variable. Il

est des puits qui n'ont que trois pieds de diamètre dans oeuvre,

d'autres qui ont jusqu'à deux et trois toises.

Presque toutes les églises possèdent un puits, soit percé dans une

crypte, soit dans un collatéral. Ces puits avaient primitivement été

creusés pour les besoins des constructeurs; l'édifice terminé, on posait

une margelle à leur orifice, et ils étaient réservés au service du

culte. La plupart des cloîtres de monastères étaient pourvus d'un puits,

quand la situation des lieux ne permettait pas d'avoir une fontaine à

fleur de terre. Les margelles de ces puits sont taillées avec soin,

souvent dans un seul morceau de pierre, et ornées de sculptures. L'eau

était tirée au moyen d'un seau suspendu à une corde roulant sur une

poulie; la suspension de la poulie devenait un motif de décoration,

parfois très-heureusement conçu. Le seau d'extraction de l'eau étant

fixé à la corde, pour jeter cette eau dans le vase transportable, il

était souvent pratiqué autour de la margelle une sorte de caniveau avec

gargouille. On voit encore de ces margelles dans nos cloîtres ou nos

vieux palais[378]. La figure 1 présente l'une d'elles, appartenant au

XIIIe siècle.

Sur les places des villes on creusait de larges puits, si la situation

des localités ne permettait pas l'établissement d'une fontaine. Un des

plus remarquables ouvrages en ce genre est le puits principal de la cité

de Carcassonne. Le forage de ce puits est fait à travers un énorme banc

de grès, et remonte vraisemblablement à une assez haute antiquité. Son

diamètre intérieur est de 2m,57. La profondeur actuelle est de 30m,20.

La nappe d'eau s'élève parfois jusqu'à 6m,30 de hauteur, mais il est

souvent à sec et en partie comblé. Une vieille tradition prétendait

qu'avant d'abandonner Carcassonne, les Wisigoths avaient jeté dans ce

puits une partie de leurs trésors; mais les fouilles faites à diverses

reprises, et notamment depuis peu, n'ont fait sortir du gouffre que de

la vase et des débris sans valeur. Ce puits est aujourd'hui couronné par

une margelle du XIVe siècle, de grès, dont la disposition est curieuse.

Le bahut de grès, d'un mètre de hauteur et de 0m,22 d'épaisseur,

supporte trois piles monolithes qui étaient reliées à leur sommet par

trois poutres (fig. 2). À chacune de ces poutres était suspendue une

poulie. Ainsi, trois personnes en même temps pouvaient puiser de l'eau.

En A, est tracé le plan de ce puits; en B, son élévation[379].

Dans la même cité, sur une petite place, il existe un autre puits

également creusé dans le roc, mais d'un plus faible diamètre, dont la

margelle et la suspension de la poulie méritent d'être signalées. Nous

donnons (fig. 3) en A le plan, et en B l'élévation de ce monument, qui

date, comme le précédent, du XIVe siècle. Ici la traverse qui relie les

deux piles est de grès et d'un seul morceau. En C, nous avons tracé le

détail des bases des piles qui font corps avec le pilastre pénétrant

dans la margelle, afin d'éviter les dévers des deux monolithes. La

profondeur de ce puits est de 21m,40, et la nappe d'eau de 3m,50.

On ne disposait pas toujours de matériaux assez résistants pour se

permettre l'emploi de piles et de traverses de pierre d'une aussi faible

épaisseur; alors l'appareil nécessaire à l'attache des poulies était

fabriqué en fer et scellé sur une margelle de pierre de taille. Il

existe encore dans quelques villes de France des puits ayant conservé

leurs armatures de fer des XVe et XVIe siècles (voy. SERRURERIE).

Si les puits placés extérieurement sur la voie publique étaient d'une

grande simplicité, ceux qui s'ouvraient dans les églises où les cloîtres

étaient souvent très-richement ornés. Leurs margelles, les supports des

poulies, devenaient un motif de décoration. Il existait autrefois, dans

le bas côté sud de la cathédrale de Strasbourg, un puits très-riche,

taillé dans de la pierre de grès. Sa margelle était tracée sur plan

hexagonal. Sur trois des faces, s'élevaient trois piles qui supportaient

trois linteaux se réunissant au centre de l'hexagone (voy. le plan A,

fig. 4), et soutenant, à leur point de jonction, la poulie attachée à un

cul-de-lampe. Les trois linteaux étaient ornés d'arcs avec roses et

redents. Une corniche couronnait ces linteaux (voy. l'élévation B).

La margelle reposait sur une marche C entourée d'un caniveau saillant D,

pour éviter que l'eau échappée des seaux ne se répandît sur le pavé de

l'église[380]. Ce puits datait du XIVe siècle, et ne fut enlevé que

pendant le dernier siècle.

Beaucoup de cryptes possédaient des puits, dont les eaux passaient

souvent pour miraculeuses. On en voit un encore fort ancien dans la

crypte de l'église de Pierrefonds (prieuré), dont l'eau guérit, dit-on,

des fièvres intermittentes.

Il n'est guère besoin de dire que les tours des châteaux, les donjons,

étaient munis de puits creusés et revêtus avec le plus grand soin. Le

donjon de Coucy possède son puits, très-large et profond (voy. DONJON).

Un grand rouet avec treuil servait à enlever les seaux. Dans l'une des

tours de la porte Narbonnaise, à Carcassonne (celle de droite, en

entrant dans la ville), il existe un puits très-large au milieu de la

salle basse, et peu profond; l'eau n'étant qu'à quelques mètres du sol.

La margelle de ce puits, peu élevée au-dessus du pavé, n'est qu'un

caniveau circulaire avec déversoir. Plusieurs personnes pouvaient tirer

de l'eau et remplir très-rapidement ainsi un tonneau ou un grand

vaisseau. Beaucoup d'autres tours de la cité de Carcassonne possèdent

des puits. Celle de Saint-Nazaire en renferme un à deux orifices, l'un

au niveau des lisses extérieures, l'autre au niveau du premier étage

(voy. TOUR). Dans les bâtiments du XIIIe siècle de l'abbaye de

Château-Landon (Seine-et-Marne), on voit encore un puits de 1m,05 de

diamètre, qui était disposé de manière à desservir plusieurs étages,

ainsi que l'indique la coupe C (fig. 5). Ce puits, dont le plan est

tracé en A, est pris dans un contre-fort saillant à l'extérieur du

bâtiment. La manoeuvre du montage des seaux se faisait seulement à

l'étage B (voy. la coupe C) au moyen d'un treuil à rouet. On voit encore

en _a_, _a'_, les trous carrés faits dans la pierre, ou plutôt ménagés

dans une hauteur d'assise, qui servaient à passer l'arbre du treuil

roulant dans le milieu d'une pièce de bois bien équarrie et de 25

centimètres de côté. La corde du puits faisant un ou deux tours sur le

tambour _b_ de ce treuil (voy. le plan A' et la coupe D), les seaux

étaient suspendus à deux poulies obliques _e_ fixées à la partie

supérieure, en _g_; de sorte qu'en appuyant sur le rouet, soit dans un

sens, soit dans l'autre, on faisait monter les seaux au niveau de l'un

des étages, où ils étaient arrêtés par la personne chargée de recueillir

leur contenu. Ce mécanisme fort simple est indiqué par le plan A' et par

la coupe D[381].

Dans les cours des maisons et palais du moyen âge, on trouve encore des

puits d'une forme assez élégante.

La petite cour de service de l'hôtel de la Trémoille, à Paris, en

possédait un dont la margelle était d'un beau galbe. Souvent ces puits

étaient adossés aux cuisines, aux écuries, et la poulie alors était

suspendue à un corbeau saillant engagé dans la maçonnerie au-dessus de

la margelle. Ces corbeaux figuraient des animaux portant entre leurs

pattes la poulie, ou bien des demi-arcatures avec redents, rosaces, etc.

Le puits des cuisines du palais des ducs de Bourgogne, à Dijon, possède

encore son support de poulie, lequel figure un lion issant de la

muraille. Les puits sont fréquemment chargés d'armoiries, d'emblèmes, de

devises, d'inscriptions.

Voici (fig. 6) un joli puits, encore entier, dans une cour d'une maison,

de la petite ville de Montréal (Yonne). La margelle, octogonale à

l'extérieur, est circulaire à l'intérieur. Deux piles tenant à deux des

côtés de l'octogone (voy. le plan) portent un linteau de pierre auquel

la poulie est suspendue. Sur l'une de ces piles on voit un écusson orlé,

chargé d'un écureuil (voy. le détail A), et au-dessous, un petit

cartouche sur lequel est gravée l'inscription suivante: _Jehan de Brie

m'a fait faire en l'an_ 1526. N'était cette inscription, on pourrait

assigner à ce puits une date beaucoup plus ancienne, car il a tous les

caractères du commencement du XVe siècle (voy. les profils B).

La renaissance creusa des puits dont les margelles sont souvent

sculptées avec beaucoup d'art et de finesse: on en voit de très-belles à

Troyes, à Orléans, à Sens, à Tours, etc.

À l'article SERRURERIE, nous aurons l'occasion de signaler de belles

armatures de puits de fer forgé.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Note 378: Il en existe une très-belle à Sens, dans les

magasins du palais archiépiscopal.]

[Note 379: Voyez,

dans l'_Histoire des comtes de Carcassonne_, par Besse

(Carcassonne, 1645), les vers en patois sur les merveilles de

ce puits célèbre. Suivant le poëte, la profondeur de ce puits

n'atteindrait rien moins que le centre de la terre.]

[Note 380: Nous possédons un dessin de ce puits, qui,

d'ailleurs, est figuré dans une gravure ancienne représentant

l'intérieur de la cathédrale de Strasbourg.]

[Note 381: C'est à M. de Baudot que nous devons le dessin

de ce puits.]

FIN DU TOME SEPTIÈME.

TABLE PROVISOIRE

DES MOTS CONTENUS DANS LE TOME SEPTIÈME.

P

Palais

Palier

Palissade

Pan de bois

Panne

Parpaing

Parvis

Patience

Pavage

Peinture

Pendentif

Pénétration

Penture

Perron

Pierre

Pignon

Pilastre

Pile

Pilier

Pinacle

Piscine

Plafond

Plate-bande

Plâtre

Plomberie

Poinçon

Poitrail

Pont

Porche

Port

Portail

Porte

Portique

Pot

Poteau

Potelet

Poutre

Prison

Profil

Proportion

Puie

Puits

FIN DE LA TABLE PROVISOIRE DU TOME SEPTIÈME.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 7 - (P) · 第 44 / 44 段