Les jeunes femmes l’entourèrent, roucoulant toutes ensemble

--Curculio, cher petit Curculio, Curculiunculus de mon cœur, je t’en

prie, ne parle pas par énigmes. Apprends-nous quel conseil Cybèle avait

donné à Athys.

Curculio se défendait, jurant qu’il en avait déjà trop dit, qu’il ne

voulait pas offenser la pudeur, et qu’il raconterait plutôt ce qui se

passait dans l’ombre des temples le jour où la statue de Cybèle était

portée au Tibre pour y être lavée solennellement.

--Ce qui s’y passait? s’écria Poppée. Mais rien n’est plus connu. Enfin,

c’étaient des horreurs. Je t’en prie, Curculio, tu sais que les femmes

sont curieuses. Révèle-moi le secret d’Athys, sinon je le demande à

Auréus.

Curculio, piqué, cherchait une comparaison honnête ou une image

ingénieuse lorsqu’Aurélius, d’esprit plus prompt, dit que ce n’était pas

si difficile à expliquer et que, pour punir le berger Athys, Cybèle

l’avait rendu furieux, après quoi il s’était fait à lui-même ce

qu’Eutrope avait subi lorsqu’il était un jeune esclave. Et Curculio fut

dépité parce que cette allusion au ministre eunuque de Constantinople

flattait Serena, Eutrope étant le mortel ennemi de Stilicon.

Alors la nièce de Théodose, enhardie elle-même par ces propos, reçut de

Cybèle qui avait ordonné à Athys de mutiler sa propre chair, une

inspiration qui devait lui coûter la vie. S’approchant de la statue

sacrée, elle s’empara du collier de la déesse et le mit par défi à son

cou.

La jeune troupe applaudissait lorsque des cris lugubres se firent

entendre. Une vieille femme couverte d’un voile parut, et, lançant

contre Serena des injures cruelles, lui reprocha son impiété et sa

profanation. On sut par la suite que c’était une ancienne vierge de

Vesta, dont les lois avaient fermé la maison, et qui, dans le temple

solitaire, venait adresser ses prières aux dieux abandonnés, seul culte

qu’ils eussent désormais le droit de recevoir. En vain s’efforçait-on de

lui fermer la bouche. La vestale abondait en malédictions. Alors

Aurélius et Curculio l’entraînèrent et délivrèrent Serena de son odieuse

présence. Mais tandis que la folle descendait les degrés du temple, se

retournant encore vers Cybèle, elle supplia la déesse de ne pas laisser

le sacrilège sans vengeance et de punir Serena, son époux et ses

enfants.

Vibullius avait disparu, déchiré de remords et incapable de supporter la

douleur de la vestale. Serena elle-même, tout en affectant le dédain,

avait perdu son assurance. Cependant, par orgueil, elle garda à son cou

le collier de Rhéa. Mais, dans la nuit, un génie lui apparut qui lui

prédit sa mort prochaine. Depuis, soit qu’elle dormît soit qu’elle fût

éveillée, elle revit souvent le même spectre. Et, comme son âme était

forte, elle se reprochait d’être encore accessible aux superstitions des

païens.

* * * * *

Stilicon avait vaincu Alaric à Pollentia et Radagaise à Fésules, mais il

n’avait pas désarmé l’hostilité des évêques, tandis qu’il restait

suspect aux païens. Alors, ses ennemis, ne pouvant mettre à sa charge

aucune défaite, insinuèrent qu’il n’achevait jamais ses victoires afin

de se rendre nécessaire. On se rappela aussi qu’il était de naissance

barbare. En peu de temps, le sauveur de Rome devint un brigand public.

Abandonné de tous, il tendit lui-même sa gorge à l’épée d’un officier

qui reçut en récompense le commandement de l’armée de Numidie.

Stilicon était un grand esprit et un grand cœur. Ce fils d’un soldat

vandale, passionnément épris du nom romain, rêvait d’unir les chrétiens

et les païens dans l’amour de la patrie. C’est pourquoi, n’ayant

contenté personne, il fut taxé de trahison.

Veuve et privée de ses biens, Serena vivait pauvrement à Rome, levant

une tête encore fière sous le malheur, lorsqu’après peu de temps Alaric

parut devant la ville. Alors la panique régna. On n’accusa pas les

généraux incapables mais bien notés parce qu’ils n’étaient suspects ni

de paganisme ni d’hérésie et qui n’avaient pas su arrêter la marche des

Goths. Le bruit courut que Stilicon lui-même, ayant échappé à la mort,

se trouvait au camp ennemi et que ses complices s’apprêtaient à lui

ouvrir les portes. Serena comparut devant le Sénat assemblé et,

condamnée à la peine capitale, fut étranglée dans sa prison.

Les mains du bourreau suivirent le cercle que le collier de Cybèle leur

avait tracé. Et les païens ne manquèrent pas de dire que la déesse-mère

s’était vengée et que les malédictions de la vestale s’étaient

accomplies. Cependant les auteurs chrétiens se sont tus. Car, ainsi

qu’ils l’avaient redouté, et pendant plus d’un siècle encore, le

châtiment de Serena prolongea le polythéisme sous le chaume crédule du

pâtre et du laboureur.

La tasse de saxe · 第 10 / 16 题