AUTRE

Ici gît Hogstratus, lequel, vivant, souffrir et endurer

Les méchants ont pu, ains jamais les bons:

Lui-même se retire de la vie, indigné contre elle,

Marri de ce que le pouvoir de nuire encore lui est tollu.

Le plébain et moi, quand nous eûmes ce libelle trouvé, nous l'emportâmes

sur-le-champ à la maison et procombâmes dessus pendant huit ou quatre et

dix jours, sans le pouvoir entendre. Il me semble que j'y dois être

mécanisé, à cause que le nom d'_Hogstratus_ figure dans ces vers.

Néanmoins, je cogite que ce ne peut être moi qu'ils atteignent: en effet

ce n'est pas ainsi que je me nomme en latin, mais bien _Jacobus de

Altaplatea_, sinon, en vulgaire, Hoogstraeten. C'est pourquoi je vous

fais tenir la lettre afin que, l'ayant interprétée, il vous plaise

mettre fin à mon incertitude et me dire si c'est de moi ou d'un autre

qu'il s'agit. Si c'est moi (ce que je me refuse à croire, car il est

évident que je ne suis pas mort), je veux alors mener une enquête; puis,

lorsque je tiendrai l'auteur, je lui chaufferai un bain qui ne lui

donnera pas de quoi rire. La chose est bien aisée; en effet, j'ai ici un

bon fauteur qui est mon âme damnée, Stafir, cardinal de Saint-Eusebius.

Il fera le nécessaire pour que notre homme vienne en prison, qu'il y

mange du pain et de l'eau et qu'il y prenne le trousse-galant. Par

ainsi, faites diligence; écrivez-moi au plus tôt votre sentiment et

corroborez ma certitude.

J'ai, en outre, depuis peu, ouï-dire que Johannes Pffefferkorn s'est

rendu Juif itérativement. Je n'en crois pas un mot. Ne prétendait-on

pas, voici deux ou trois ans, que le margrave de Halles avait fait ardre

ce cher homme? La nouvelle était controuvée en ce qui le concerne, mais

véridique pour un autre qui portait le même nom. Et je n'admets pas

qu'il se fasse _mammalucus_ ayant, comme il l'a fait, déblatéré contre

les Juifs. Ce serait un déshonneur pour tous les Théologiens et les

Prêcheurs de Cologne puisque auparavant il était avec eux de la dernière

intimité. Les gens peuvent narrer tout ce qu'ils veulent, encore une

fois je n'en crois rien, de par la sainsangrebois! Et vous, tout de

même, portez-vous à souhait.

_Donné à Rome en l'hôtellerie de la Campane dans le Champ de Flora, le

vingt-unième d'Avoust._

Epitres des hommes obscurs du chevalier Ulric von Hutten traduites par Laurent Tailhade · 第 88 / 96 题