On arrive au grand village d'Atala, la veille de la mort du
prisonnier. Les deux amants errent ensemble dans la forêt vierge. Ils
ont le pressentiment de l'amour et du bonheur.
Chactas s'extasie:
«Pompe nuptiale, digne de nos malheurs et de la grandeur de nos
amours: superbes Forêts qui agitiez vos lianes et vos dômes comme les
rideaux et le ciel de notre couche; Pins embrasés qui formiez les
flambeaux de notre hymen; Fleuve débordé; Montagnes mugissantes,
affreuse et sublime Nature, n'étiez-vous donc qu'un appareil préparé
pour nous tromper, et ne pûtes-vous cacher un moment dans vos
mystérieuses horreurs la félicité d'un homme!»
Mais Atala est secrètement chrétienne et vierge sur un voeu de sa
mère. Elle s'empoisonne de peur de faillir.
«Le coeur, ô Chactas! est comme ces sortes d'arbres qui ne donnent
leur baume pour les blessures des hommes, que lorsque le fer les a
blessés eux-mêmes.»
Et encore, pour exprimer qu'il n'est point de coeur mortel qui n'ait
au fond sa plaie cachée:
«Le coeur le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la
savane Alachua: la surface en paraît calme et pure; mais, quand vous
regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile, que le
puits nourrit dans ses eaux.»
Les funérailles d'Atala sont d'une rare beauté et d'une expression
idéale.