III

Il me proposa de loger chez lui, sachant que je ne venais à Paris que

pour aimer et non pour briller. J'acceptai: cette proposition

convenait à mes goûts de solitude et ne contrariait en rien mon dégoût

du monde.

Je m'installai, avec ma malle, dans une petite chambre de son

appartement, où personne ne passait, et qui communiquait avec la

sienne. Je m'y enfermai avec mes pensées comme dans une cellule.

Le seul roulement des voitures pendant un carnaval bruyant faisait

quelquefois tinter mes fenêtres et m'avertissait que j'étais dans une

île au milieu des flots du monde, qui roulaient à mes pieds. Ce bruit

ne m'inspirait aucune envie de m'y mêler. Le monde et moi nous étions

deux.

C'était comme le murmure lointain du vent dans les bois, qui vous

frappe l'oreille avec les bruissements des feuillages et qui vous dit:

«Tu es seul, tu es mélancolique; resserre ton coeur; jouis de ta

solitude et de ta tristesse, et laisse les autres jouir du bruit

qu'ils font; ce qui t'attend ce soir vaut mieux que ce vain tumulte.»

Cours familier de Littérature - Volume 27 · 第 81 / 112 题