Il me proposa de loger chez lui, sachant que je ne venais à Paris que
pour aimer et non pour briller. J'acceptai: cette proposition
convenait à mes goûts de solitude et ne contrariait en rien mon dégoût
du monde.
Je m'installai, avec ma malle, dans une petite chambre de son
appartement, où personne ne passait, et qui communiquait avec la
sienne. Je m'y enfermai avec mes pensées comme dans une cellule.
Le seul roulement des voitures pendant un carnaval bruyant faisait
quelquefois tinter mes fenêtres et m'avertissait que j'étais dans une
île au milieu des flots du monde, qui roulaient à mes pieds. Ce bruit
ne m'inspirait aucune envie de m'y mêler. Le monde et moi nous étions
deux.
C'était comme le murmure lointain du vent dans les bois, qui vous
frappe l'oreille avec les bruissements des feuillages et qui vous dit:
«Tu es seul, tu es mélancolique; resserre ton coeur; jouis de ta
solitude et de ta tristesse, et laisse les autres jouir du bruit
qu'ils font; ce qui t'attend ce soir vaut mieux que ce vain tumulte.»