La Restauration fut ingrate envers le jeune Cazalès. Un tel nom
n'aurait jamais dû être oublié par les frères de Louis XVI.
L'ingratitude porte malheur aux rois comme aux peuples. Cazalès, après
1830, hésita longtemps entre le mariage avec une jeune personne
très-aimable, mais très-indécise comme lui, et l'Église, à laquelle
ses moeurs pures et ses principes le disposaient. L'indécision de
mademoiselle *** le décida enfin à entrer dans les ordres sacrés, où
il est aujourd'hui humblement attaché comme simple prêtre à une église
de Versailles.
Quant au marquis de Raigecourt, il épousa d'abord une riche héritière
de Lyon. Devenu veuf peu de temps après, je contribuai beaucoup à lui
faire épouser la beauté et la bonté le plus accomplies du royaume de
Naples, la fille de M. Lefèvre, que j'avais connue et admirée dans ce
pays de tous les prodiges. Hélas! elle lui fut trop promptement ravie
par la mort. Depuis cette perte, il alla plusieurs fois en pèlerinage
à Jérusalem, et vécut dans une modeste obscurité, après avoir passé
son enfance dans toutes les promesses des cours, et sa jeunesse dans
toutes les opulences et dans toutes les délices de son double mariage.
Sa mère était morte après 1830. Sa soeur survit heureuse et recueillie
dans des oeuvres de charité au couvent de..., près de Paris, d'où elle
m'écrit quand quelque infortune lui rappelle mon nom. Sa porte que je
salue toujours d'un sourire reconnaissant au coin de la rue
Bellechasse et de la rue de Lille, vis-à-vis de la Légion d'honneur,
fut la première porte par laquelle j'entrai dans le monde.