Le 17 septembre, au matin, nous abordâmes dans l'île Chatam.

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LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvège. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

VOYAGES D'UN NATURALISTE

(CHARLES DARWIN).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS ET LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX.

1858.--INÉDIT.

L'ARCHIPEL GALAPAGOS.

Groupe volcanique. -- Innombrables cratères. -- Aspect bizarre de

la végétation. -- L'île Chatam. -- Colonie de l'île Charles. --

L'île James. -- Lac salé dans un cratère. -- Histoire naturelle de

ce groupe d'îles. -- Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie;

familiarité des oiseaux; terreur de l'homme, instinct acquis. --

Reptiles; tortues de terre; leurs habitudes.

(Lors du voyage de circumnavigation entrepris par le vaisseau de Sa

Majesté britannique _le Beagle_, en 1838, sous les ordres du capitaine

Fitz Roy, M. C. Darwin offrit son concours pour la partie

scientifique, et spécialement pour les recherches d'histoire naturelle

et de géologie. Agréé par l'Amirauté, il fit partie de l'expédition,

et publia sous forme de journal, à son retour, les nombreuses

observations qu'il avait recueillies, et qui font autorité dans le

monde savant. Il a exploré la plus grande partie de l'archipel

Galapagos, peu connu jusque-là, et en a signalé le premier les

singulières particularités. Ce chapitre et celui où il décrit et

explique la formation des _atolls_ ou îles de coraux de l'océan

Pacifique, sont parmi les plus intéressants d'un livre qui abonde en

faits curieux. M. Darwin ne se contente pas d'observer la surface des

choses: il les approfondit, les rapproche, les compare, et, aidé de sa

science et de sa perspicacité, en tire les inductions les plus

lumineuses. Ce caractère particulier de son talent fait de lui un

observateur hors ligne, et conserve à son ouvrage tout l'attrait de la

nouveauté.)

* * * * *

[Illustration: L'île Chatam, dans l'archipel Galapagos.--Dessin de E.

de Bérard d'après un croquis inédit de Ph. King, midshipman à bord du

_Beagle_.]

«L'archipel Galapagos consiste en dix principales îles, dont cinq de

plus grandes dimensions que les autres. Elles sont situées sous

l'équateur à environ six cents milles à l'ouest des côtes de

l'Amérique du Sud[1]. Toutes sont formées de rocs volcaniques.

Quelques fragments de granit, altérés et en partie vitrifiés par la

chaleur, peuvent à peine faire exception. Plusieurs des cratères qui

dominent les plus grandes îles sont immenses et s'élèvent à plus de

mille mètres. Sur leurs flancs s'ouvrent d'innombrables orifices. Je

n'hésite pas à affirmer qu'il doit y avoir dans tout l'archipel au

moins deux mille cratères. Ils se composent de laves et de scories, ou

de couches de tuf finement stratifié ayant l'aspect du grès: ces

couches, d'une symétrie admirable, ont eu pour origine des éruptions

de boue volcanique, sans mélange de lave. Une circonstance

remarquable, c'est que les lèvres ou bords de chacun des vingt-huit

cratères qui ont été explorés, s'abaissent brusquement au sud; parfois

ils sont tout à fait brisés et font brèche. Comme tous ces cratères se

sont probablement formés dans la mer, et que les vagues poussées par

les vents alizés et les grosses houles de l'océan Pacifique réunissent

leurs forces sur les côtes méridionales des îles, cette singulière

uniformité de brisure, dans des cratères composés d'un tuf friable,

s'explique aisément. Quoique cet archipel soit placé directement sous

l'Équateur, le climat est loin d'y être aussi chaud qu'il l'est en

général sous cette latitude, ce qui semble dû en partie à la

température singulièrement basse des eaux qu'amène là le grand courant

du pôle austral. Il ne tombe de pluie dans les îles que pendant une

courte saison, et encore rarement et avec irrégularité. Aussi les

régions inférieures sont-elles très-stériles, tandis qu'à une hauteur

de trois à quatre cents mètres l'air est humide et la végétation

passablement abondante, surtout dans les parties sous le vent qui, les

premières, reçoivent et condensent l'humidité de l'atmosphère.

[Note 1: Elles appartenaient alors à la République de

l'Équateur, qui, en 1855, les a vendues aux États-Unis.]

[Illustration: Baie de la Poste, dans l'île Floriana, archipel

Galapagos.--Dessin de E. de Bérard d'après l'atlas de _la Vénus_.]

Le 17 septembre, au matin, nous abordâmes dans l'île Chatam. Son

profil se dessine arrondi et peu accentué, brisé ça et là par des

monticules, débris d'anciens volcans. Rien de moins attrayant que le

premier aspect. Un noir chaos de laves basaltiques, jeté au milieu de

vagues furieuses, couvert de broussailles rabougries donnant à peine

signe de vie. Le sol, desséché sous l'ardeur du soleil de midi,

embrasait l'air étouffé et suffocant comme l'haleine d'une fournaise.

Les arbustes mêmes nous semblaient exhaler une senteur désagréable.

Quoique je fisse diligence pour recueillir le plus de plantes

possible, je n'en réunis que fort peu, si petites et si misérables

qu'elles eussent mieux figuré dans une flore arctique que dans celle

de l'Équateur. À très-peu de distance les buissons paraissaient aussi

nus que nos arbres en hiver, et je fus quelque temps à découvrir que

non-seulement presque chaque plante avait toutes ses feuilles, mais

que la plupart étaient en fleurs. L'arbuste le plus commun est du

genre des _euphorbiacées_: un acacia et un grand cactus d'un port

bizarre, sont les seuls arbres qui fournissent un peu d'ombre. Après

la saison des pluies la verdure se montre sur quelques points, mais

pour disparaître bientôt. _Le Beagle_ fit le tour de l'île Chatam et

jeta l'ancre dans plusieurs baies. Une nuit, je couchai sur un rivage

où s'élevaient d'innombrables cônes, noirs et tronqués. Du sommet

d'une petite éminence, j'en comptai soixante, tous terminés par un

cratère plus ou moins parfait, composé souvent d'un simple cercle de

scories rouges cimentées ensemble. Ils ne dépassaient la plaine de

lave que de vingt à trente mètres; aucun n'avait été très-récemment

actif. La montagne, indiquée dans le dessin ci-dessous, a 1000 à 1200

mètres de haut. C'est un volcan à cime plate, avec de récentes coulées

de lave sur les flancs supérieurs: la base est parsemée de petits

cratères. La surface entière de l'île semble avoir été perforée comme

un crible par des vapeurs souterraines. La lave, soulevée dans son

état fluide, a formé ça et là de gigantesques boursouflures. Ailleurs,

les cimes de cavernes de semblable formation se sont affaissées

laissant béantes des fosses circulaires à bords escarpés. La coupe

régulière de ces nombreux cratères donnait au pays un aspect

artificiel qui me rappela vivement les parties du Staffordshire où

abondent les fonderies de fer. Le jour était d'une chaleur brûlante,

et c'était un rude labeur que de gravir à travers un labyrinthe de

broussailles ce sol inégal et tranchant, mais je fus bien récompensé

de ma peine par l'étrangeté de ce site cyclopéen. Je rencontrai dans

ma course deux grosses tortues de terre, pesant bien au moins chacune

cent kilogrammes. L'une d'elles mangeait un morceau de cactus; à mon

approche elle leva la tête, me regarda et s'éloigna avec une

majestueuse lenteur; l'autre poussa un sifflement aigu, et retira sa

tête sous sa carapace. Ces énormes reptiles, encadrés de lave noire,

de broussailles nues, de grands cactus, m'apparaissaient comme des

animaux antédiluviens. Quelques rares oiseaux à plumage terne, ne

s'inquiétaient pas plus d'eux que de moi. Le 23, _le Beagle_ fit voile

pour l'île Charles. L'archipel Galapagos a été longtemps fréquenté,

d'abord par les boucaniers, et plus tard par les pêcheurs de baleines.

Mais il n'y a guère plus de six ans qu'une petite colonie s'y est

fondée. Les habitants, au nombre de deux ou trois cents, sont presque

tous gens de couleur, bannis pour crimes politiques de la république

de l'Équateur, dont Quito est la capitale. Ils se sont établis à

quatre milles et demi dans l'intérieur des terres, à une élévation

d'environ trois cent cinquante mètres. Pour nous y rendre nous

traversâmes des broussailles pareilles à celles de l'île Chatam; plus

haut les bois devinrent verts et dès que nous eûmes franchi la crête

de l'île, une vivifiante brise du sud nous souffla au visage, et nos

yeux se reposèrent avec délices sur une végétation vigoureuse. Dans

cette haute région croissent en abondance de robustes graminées et des

fougères herbacées; il n'y en a pas d'arborescentes. Nulle part je ne

vis un seul individu de la famille des palmiers, ce qui me surprit

d'autant plus qu'à trois cent soixante milles au nord l'île des Cocos

emprunte son nom à la multiplicité de ces fruits. Les maisons,

irrégulièrement bâties sur un plateau, sont entourées de cultures de

patates et de bananes. On ne saurait se figurer avec quel plaisir nous

contemplions de la boue noire après avoir été si longtemps aveuglés

par le sol poudreux du Pérou et du Chili septentrional. Bien que

pauvres, les habitants trouvent moyen de vivre. Il y a dans les bois

beaucoup de porcs et de chèvres sauvages; mais la principale

nourriture animale est la chair de tortue. Le nombre de ces reptiles a

fort diminué dans l'île, et cependant deux jours de chasse suffisent

pour assurer l'alimentation de la colonie le reste de la semaine.

Autrefois un seul vaisseau en enlevait jusqu'à sept cents, et

l'équipage d'une frégate, il y a quelques années, amena en un jour

deux cents tortues sur la plage. Le 29 septembre, nous doublâmes

l'extrémité sud-ouest de l'île d'Albemarle; un calme plat nous retint

dans ses eaux, entre elle et l'île de Narborough. Toutes deux sont

couvertes d'immenses déluges de laves noires et nues, qui ont débordé

incandescentes des cimes de vastes cratères, et se sont étendues à

plusieurs milles sur le rivage. Des éruptions ont eu lieu de mémoire

d'homme, et nous vîmes un petit jet de fumée s'élever en spirale

au-dessus des plus hauts sommets de l'île d'Albemarle, où nous jetâmes

l'ancre le soir dans l'anse de Bank, qui n'est autre chose que la

brèche d'un cratère de tuf. Le lendemain matin, j'allai à la

découverte; au sud se trouvait un autre cratère de forme elliptique,

d'une symétrie remarquable; son axe avait un peu moins d'un mille, et

sa profondeur atteignait environ cent soixante-cinq mètres. Au fond

brillait un lac dont le centre était occupé par un tout petit cratère

faisant îlot. Le jour était d'une chaleur accablante; l'eau paraissait

limpide et bleue. Je descendis en courant la pente cendreuse; à demi

suffoqué, j'essayai d'étancher ma soif. Hélas! c'était de la saumure!

[Illustration: L'île Charles, dans l'archipel Galapagos.--Dessin de E.

de Bérard d'après l'atlas de _la Vénus_.]

Sur les rochers de la côte fourmillaient de grands lézards noirs,

longs de cent vingt à cent trente centimètres: une autre laide espèce

de ces sauriens, d'un brun jaunâtre, habite les collines; nous en

rencontrâmes plusieurs. Ils s'écartaient gauchement de notre chemin,

et regagnaient leurs trous. Toute la partie nord de l'île d'Albemarle

est d'une complète stérilité.

Le 8 octobre, nous touchâmes à l'île James, baptisée il y a longtemps,

ainsi que l'île Charles, du nom des Stuarts. M. Bynoe, moi et nos

domestiques, fûmes déposés à terre pour y passer une semaine, munis de

provisions et d'une tente, tandis que _le Beagle_ allait faire de

l'eau. Nous y trouvâmes des Espagnols, venus de l'île Charles, pour

sécher du poisson et saler de la viande de tortue; à environ six

milles de la côte, à une élévation de près de sept cents mètres, ils

avaient construit une hutte qu'habitaient deux hommes, dont l'emploi

était d'attraper des tortues, tandis que leurs compagnons pêchaient

sur la plage.

Je leur fis deux visites, et reçus d'eux une nuit l'hospitalité. De

même que dans les autres îles les régions supérieures se parent d'une

verte et florissante végétation, grâce aux nuages qui restent bas et

entretiennent l'humidité. Le terrain est même assez spongieux pour que

de robustes cypéracées s'y développent et couvrent de grands espaces,

où niche et multiplie un très-petit râle d'eau. Tant que nous restâmes

sur ces hauteurs nous n'eûmes d'autre nourriture que la chair de

tortue. Le plastron rôti avec ce qu'il contient (_carne con cuero_, à

la façon des Gauchos) est un mets savoureux, et les jeunes tortues

font d'excellente soupe; mais la viande en elle-même me semble

médiocre.

Un jour, nous fîmes avec les Espagnols une excursion dans leur bateau

baleinier à une _salina_. Une fois débarqués nous eûmes à franchir une

rugueuse couche de lave, qui entourait presque complètement le cratère

de tuf, au fond duquel est le lac salé. L'eau n'a que trois à quatre

pouces (huit à dix centimètres) de profondeur et repose sur un lit de

sel blanc, admirablement cristallisé. Le lac, tout à fait circulaire,

est bordé d'une frange de plantes grasses d'un vert brillant; les

parois presque à pic du cratère sont revêtues d'arbustes, et tout le

site est à la fois pittoresque et curieux. Peu d'années auparavant,

l'équipage d'un navire frété pour la pêche des veaux marins, attira

son capitaine dans ce lieu écarté, et l'y assassina. Nous vîmes son

crâne gisant au milieu des broussailles.

Pendant la plus grande partie de notre séjour le ciel fut sans nuages.

Si le vent cessai une heure de souffler, la chaleur devenait

intolérable; deux jours de suite le thermomètre s'éleva sous la lente

à 93°, mais en plein air, exposé au vent et au soleil, il ne dépassait

pas 85°. Enfoui dans du sable de couleur brune il monta immédiatement

à 137°, et je ne sais où il se fût arrêté, l'échelle n'allant pas au

delà de ce chiffre. Le sable noir était encore plus chaud, et nous

brûlait à travers l'épaisseur de nos bottes.

L'histoire naturelle de ces îles est éminemment curieuse. La plupart

de leurs productions organiques sont des créations aborigènes et ne se

rencontrent nulle autre part.

Parmi les races mammifères terrestres, une souris (_mus

galapagoensis_) peut être considérée comme indigène. Autant que j'ai

pu m'en assurer, elle est particulière à l'île Chatam, la plus

orientale du groupe, et se rattache à une division de la famille des

souris caractéristique de l'Amérique. À l'île James se trouve un rat

assez distinct de l'espèce commune pour que M. Waterhouse ait cru

devoir le classer à part; mais comme il appartient à une des divisions

de la famille des rongeurs de l'ancien monde et que depuis cent

cinquante ans cette île est fréquentée par des vaisseaux, je penche à

croire que, primitivement importés, les aïeux de ce rat ont fait

souche d'une variété, résultat du changement de climat, de nourriture

et de sol. Il se peut aussi que la souris de Chatam soit une

modification de l'espèce américaine: car j'ai vu, dans une des parties

les moins fréquentées des Pampas, une souris native habiter le toit

d'une hutte nouvellement bâtie; sa transportation à bord d'un navire

n'est donc pas chose improbable.

J'ai obtenu vingt-six espèces d'oiseaux de l'intérieur des terres,

tous spéciaux à l'archipel, sauf un pinson de l'Amérique du Nord

(_dolychonyx oryzivorus_) qui, sur ce continent, étend son vol

jusqu'au 54e degré de latitude septentrionale. Il fréquente en général

les marais. Les autres espèces se composent: 1º d'un faucon, dont la

curieuse structure tient du busard et du groupe américain de

polybores, qui se repaissent de charogne: il se rattache à ces

derniers par les habitudes et le son de la voix; 2º de deux hiboux,

représentants de la chouette blanche d'Europe à oreilles courtes; 3º

d'un roitelet ou troglodyte, de trois tyrans-gobe-mouches et d'un

ramier; 4º d'une hirondelle qui ne diffère de la _progné purpurea_ des

deux Amériques que par sa petitesse et la couleur terne de son

plumage; 5º de trois espèces de merles ou oiseaux moqueurs, type

essentiellement américain. Le reste forme un bizarre assemblage de

pinsons, ayant tous des rapports entre eux, et néanmoins différant

assez les uns des autres pour qu'on en distingue treize groupes,

divisés en quatre sous-groupes. Il faut en excepter le cactornis,

importé de l'île de Bow, et qu'on voit souvent grimper le long des

fleurs du grand cactus. Les autres espèces de pinsons confondues

ensemble picorent par bandes sur le sol aride des terres basses. Les

mâles sont d'un noir de jais, et les femelles généralement brunes. Un

fait curieux est la parfaite gradation des becs dans les différents

genres des _geospiza_: ce qui semblerait indiquer que, par suite de la

disette primitive d'oiseaux dans l'archipel, la nature a modifié une

seule espèce pour des buts divers. On peut aussi conjecturer que le

faucon busard a petit à petit dérogé de sa coutume de se nourrir d'une

proie vivante qu'il attaque et tue, et qu'il en est arrivé à se

repaître de cadavres comme le polybore du continent américain.

Je n'ai pu réunir que onze espèces d'échassiers et d'oiseaux

aquatiques, dont trois seulement sont aborigènes, y compris un râle

qui ne quitte pas les humides sommets des îles, et une mouette, que

j'ai été surpris de trouver particulière à cet archipel, vu les

habitudes errantes de cet oiseau. La proportion minime de trois

espèces nouvelles de palmipèdes et d'échassiers sur onze, comparées

aux vingt-cinq espèces nouvelles sur vingt-six habitant l'intérieur

des terres, s'explique par le grand parcours des oiseaux aquatiques

dans toutes les parties du globe. La même loi s'étend aux coquillages

de mer et d'eau douce, et à un moindre degré aux insectes de cet

archipel. La plupart des oiseaux de terre ou de rivages, importés et

aborigènes, se distinguent de leurs congénères par leur petitesse et

la teinte foncée de leur plumage. Sauf un roitelet à gorge d'un beau

jaune et un tyran-gobe-mouche à huppe et poitrine écarlates, aucun ne

se pare des brillantes couleurs qui semblent l'apanage des régions

équatoriales. Oiseaux, plantes, insectes, ont l'aspect grêle, terne,

misérable, et le caractère du désert, comme dans le sud de la

Patagonie. On peut en conclure que le haut coloris des productions des

tropiques ne tient ni à la chaleur, ni à la lumière de ces zones, mais

à quelque autre cause, peut-être à des conditions d'existence plus

favorables à la vie.

Les oiseaux de l'intérieur sont étonnamment privés, surtout les merles

moqueurs, les pinsons, les roitelets, les gobe-mouches, les pigeons et

les busards. Tous s'approchaient assez pour qu'on pût les tuer d'un

coup de badine ou les abattre, comme je l'ai moi-même essayé, avec un

chapeau ou un bonnet. Un fusil est presque inutile ici; avec le bout

du canon je poussai un faucon perché sur une branche, et le fis

déguerpir. Un jour que j'étais couché à terre, un merle vint se poser

sur le bord d'une écuelle faite d'écaille de tortue que je tenais à la

main, et se mit tranquillement à boire; je levai le vase sans qu'il

s'envolât. J'ai tenté d'attraper ces oiseaux par les pattes, et peu

s'en est fallu que je ne réussisse. Il paraît qu'autrefois ils étaient

encore plus familiers qu'à présent. Cowley dit en 1684: «Les

tourterelles sont si peu craintives qu'elles se posent sur nos

chapeaux et nos épaules, de manière qu'on peut les prendre vivantes.

Elles n'avaient nulle terreur de l'homme, jusqu'à ce que quelqu'un des

nôtres, ayant tiré sur elles, les eût mis en défiance.» Dampierre dit

aussi, à la même époque, qu'un homme pouvait facilement en tuer six à

sept douzaines en se promenant le matin. Aujourd'hui quoique

très-privées, elles ne perchent pas sur la tête des gens et ne se

laissent pas massacrer en si grand nombre. Il est surprenant qu'elles

ne soient pas devenues tout à fait sauvages, car depuis que les

boucaniers et les baleiniers fréquentent ces îles, les matelots qui

parcourent les bois pour trouver des tortues, se font un méchant

plaisir d'abattre les pauvres oiseaux. Dans l'île Charles, colonisée

depuis six ans, je vis un jeune garçon assis près d'une source, une

baguette à la main; il s'en servait pour tuer les tourterelles et les

pinsons à mesure qu'ils venaient boire. Il en avait déjà un petit tas

qu'il destinait à son dîner. C'était, disait-il, sa façon habituelle

de s'approvisionner. Il semble que les oiseaux de cet archipel n'ayant

pas encore appris que l'homme est de tous les animaux le plus

dangereux, s'en préoccupent aussi peu que les ombrageuses pics se

préoccupent en Angleterre des vaches et des chevaux au pâturage. Une

preuve que cette familiarité ne tient pas à l'absence des rapaces dans

les îles Galapagos, c'est que la même disposition existe chez les

oiseaux des îles Falkland, où se trouvent des renards, des milans, des

hiboux. Cependant l'oie des montagnes y bâtit son nid sur des îlots,

montrant par là qu'elle connaît le danger du voisinage du renard, mais

elle se laisse approcher par l'homme. Cette confiance contraste

fortement avec les habitudes de la même espèce dans la Terre de Feu

où, persécutée depuis des siècles par les sauvages habitants, elle est

devenue si défiante, qu'il est aussi difficile d'en tirer une que de

chasser l'oie sauvage en Angleterre, tandis qu'aux îles Falkland un

chasseur peut en un jour abattre plus que sa charge de ce gibier. Au

dire de Pernety, en 1763, le petit _opetiorhynchus_ venait presque

percher sur son doigt, et cependant il ajoute qu'il était dès lors

impossible de tuer le cygne à col noir. Cet oiseau de passage

apportait probablement avec lui la sagesse qu'il avait puisée en pays

étrangers.

On peut conclure de ces faits et de beaucoup d'autres analogues, que

la terreur de l'homme chez les oiseaux est un instinct particulier,

qui ne s'acquiert qu'au bout d'un certain temps, même quand il y a

persécution, et qui se transmet par l'hérédité, à travers des

générations successives. Ainsi en Angleterre où, comparativement,

très-peu de jeunes oiseaux sont pourchassés, les petits, même au

sortir du nid, ont peur de l'homme. Au contraire, quoique rudement

poursuivis et massacrés par lui aux îles Falkland et dans l'archipel

Galapagos, ils n'ont pas encore appris cette terreur salutaire. Quels

dégâts ne doit donc pas faire dans un pays l'introduction de toute

nouvelle bête de proie, avant que les instincts des animaux indigènes

se soient adaptés à la ruse ou à la force du nouveau venu.

La classe des reptiles est, sans contredit, celle qui donne le

caractère le plus tranché à la zoologie des îles Galapagos. Il y a peu

d'espèces, mais les individus sont extraordinairement nombreux. Un

petit lézard se rattache à un genre de sauriens de l'Amérique du Sud;

deux espèces (probablement plus) de l'_amblyrhynchus_ forment un ordre

particulier à cet archipel. On y trouve en grand nombre un serpent

identique au _psammophis temminckii_ du Chili, à ce que m'apprend M.

Bibron. Il y a, je crois, plus d'une espèce de tortues de mer, et deux

ou trois espèces terrestres. Les crapauds et les grenouilles ne s'y

rencontrent nulle part; j'en fus d'autant plus surpris que les taillis

humides des hautes régions tempérées me semblaient leur convenir à

merveille. Je me rappelai la remarque faite par M. Bory de

Saint-Vincent, qu'aucuns de ces batraciens n'habitent les îles

volcaniques des grands océans. Cela semble vrai pour la mer Pacifique,

et même pour les grandes îles de l'archipel Sandwich; mais dans

l'océan Indien, l'île Maurice fait en apparence exception: j'y ai vu

en quantité le _rana mascariensis_: elle habite également les

Séchelles, Madagascar et Bourbon. Si l'on en croit les rapports de

divers voyageurs, il n'existait en 1669 d'autres reptiles à Bourbon

que des tortues, et on avait essayé en 1768 d'introduire des

grenouilles à Maurice. L'absence d'espèces indigènes de cette famille

dans les îles océaniques est d'autant plus remarquable que les lézards

y fourmillent sur les moindres îlots. Cette différence ne peut-elle

avoir pour cause la facilité avec laquelle les oeufs de ces sauriens,

protégés par des coquilles calcaires, surnagent et sont transportés à

travers l'eau salée, tandis que le frai gélatineux des grenouilles se

dissout et se disperse?

[Illustration: Archipel Galapagos.--Aiguade de l'île Charles.--Dessin

de E. de Bérard d'après l'atlas de _la Vénus_.]

La _testudo nigra_, ou tortue noire se trouve sur toutes les îles de

l'archipel Galapagos, ou du moins sur le plus grand nombre. Elle

fréquente de préférence les hauteurs humides, mais elle vit aussi dans

les parties basses et stériles; elle atteint parfois des dimensions

gigantesques. Le vice-gouverneur de la colonie nous dit en avoir vu

plusieurs si grosses qu'il fallait sept à huit hommes pour les enlever

de terre. Quelques-unes ont donné jusqu'à deux cents livres de chair.

Les vieux mâles sont les plus gros et se reconnaissent à la longueur

de la queue: les femelles rivalisent rarement de grosseur avec eux.

Les tortues qui habitent les îles où il n'y a point d'eau, ou qui se

tiennent dans les terrains arides et bas, font leur principale

nourriture du succulent cactus: celles qui hantent les régions

supérieures se repaissent des feuilles de différents arbres, d'une

espèce de baie acide et âpre, appelée guayarita, et aussi d'un lichen

verdâtre et filamenteux (_usnera plicata_) qui pend par tresses aux

branches des arbres. Elles aiment beaucoup l'eau, en absorbent de

grandes quantités, et se vautrent volontiers dans la boue.

Traduit par Mlle A. DE MONTGOLFIER.

_(La fin à la prochaine livraison.)_

[Illustration: Archipel des Galapagos: Oiseaux: _Pyrocephalus nanus_ (en

haut), _Tenagra Darwin_ (ailes déployées) _Sylvicola auréola_ (au-dessus

à droite), _Coctarnis assimilis_ (sur la pierre).--Reptiles:

_Leiocephalus Grayi_.--Dessin de Rouyer d'après l'atlas du voy. de

_l'Aventure_ et du _Beagle_.]

VOYAGES D'UN NATURALISTE,

(CHARLES DARWIN).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS ET LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX[2].

[Note 2: Une histoire de l'archipel Galapagos offrirait à la

curiosité des épisodes singuliers. Voici l'un des plus

récents:

Le 10 novembre 1848, une goëlette d'environ cent tonneaux,

partie de Valparaiso et se dirigeant vers la Californie, jeta

l'ancre devant l'île Saint-Charles pour y renouveler sa

provision d'eau. Les passagers, au nombre de treize,

descendirent à terre et s'y livrèrent, pendant quelques

heures, aux plaisirs de la chasse et du bain. Quand ils

voulurent retourner à bord, ils s'aperçurent que la goëlette

s'éloignait vers la pleine mer. Un canot courut après, mais

le subrécargue et le pilote, qui étaient restés sur le

navire, refusèrent de s'arrêter. Les malheureux passagers,

volés et abandonnés, furent obligés de vivre plusieurs mois,

au milieu des privations les plus cruelles, dans cette île

qui servait de lieu de déportation à la république de

l'Équateur. La goëlette et les voleurs furent pris longtemps

après devant les îles Sandwich. Un récit très-dramatique de

ces événements a été publié par l'un des passagers, M. Ernest

Charton (frère du directeur du TOUR DU MONDE) sous ce titre:

_Vol d'un navire dans l'océan Pacifique._]

1858.--INÉDIT.

L'ARCHIPEL GALAPAGOS[3].

[Note 3: Suit et fin.--Voy. p. 139.]

Tortues de terre; leurs habitudes; lézard aquatique se nourrissant

de plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain.

Les sources, que possèdent seules les plus grandes-îles de l'archipel

Galapagos, sont toujours situées au centre et à une hauteur

considérable. Les tortues des basses terres, sont donc obligées de

faire de longs voyages pour se désaltérer. De là, ces sentiers larges

et bien battus qui divergent en tous sens des sources vers les bords

de la mer. Ce fut en les suivant que les Espagnols découvrirent pour

la première fois les fontaines. Lorsque je débarquai à l'île Chatam,

je ne pouvais imaginer quel était l'animal qui voyageait si

méthodiquement le long de ces chemins choisis et nettement tracés.

C'est un curieux spectacle de voir aux abords des sources plusieurs de

ces énormes reptiles, une compagnie montant à la file, empressée, le

cou tendu, et une autre s'en retournant après avoir bu son soûl. Dès

qu'elle arrive à l'eau, la tortue, sans s'inquiéter des regardants, y

plonge sa tête jusque par-dessus les yeux, et avale goulûment de

grandes gorgées; dix environ à la minute. Les habitants assurent

qu'elle passe trois ou quatre jours dans le voisinage, avant de

redescendre vers les basses régions: mais ils diffèrent sur la

fréquence de ces visites, que règle probablement le genre de

nourriture de l'animal. Il est cependant certain que les tortues

peuvent exister même sur les îles où l'on ne trouve d'autre eau que

celle qui tombe du ciel pendant le peu de jours pluvieux de l'année.

Je crois qu'il est avéré que la vessie de la grenouille agit comme

réservoir et entretient l'humidité nécessaire à la vie de l'individu:

il en est de même de la tortue. Quelque temps après sa visite aux

sources la vessie est dilatée par la présence du fluide qui décroît,

dit-on, graduellement et devient de moins en moins pur. Quand les

colons, parcourant les basses terres, sont surpris par la soif, ils

tirent parti de cette circonstance, et boivent le contenu de la

vessie. Dans une tortue que je vis tuer, cette eau était tout à fait

limpide, et n'avait qu'une très-légère amertume; néanmoins, celle que

renferme le péricarde passe pour la meilleure, et se boit la première.

Le Tour du Monde; Voyage d'un naturaliste. Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 4 段