LETTRE DU PRINCE DE TALLEYRAND AU PAPE GRÉGOIRE XVI

«Très Saint-Père,

»La jeune et pieuse enfant qui entoure ma vieillesse des soins les

plus touchants et les plus tendres vient de me faire connaître les

expressions de bienveillance dont Votre Sainteté a daigné se servir à

mon égard, en m'annonçant avec quelle joie elle attend les objets

bénis qu'elle a bien voulu lui destiner: j'en suis pénétré comme au

jour où monseigneur l'archevêque de Paris me les rapporta pour la

première fois.

»Avant d'être affaibli par la maladie grave dont je suis atteint, je

désire, très Saint-Père, vous exprimer toute ma reconnaissance et en

même temps mes sentiments. J'ose espérer que non seulement Votre

Sainteté les accueillera favorablement, mais qu'elle daignera

apprécier dans sa justice toutes les circonstances qui ont dirigé mes

actions. Des _Mémoires_ achevés depuis longtemps, mais qui, selon mes

volontés, ne devront paraître que trente ans après ma mort,

expliqueront à la postérité ma conduite pendant la tourmente

révolutionnaire. Je me bornerai aujourd'hui, pour ne pas fatiguer le

Saint-Père, à appeler son attention sur l'égarement général de

l'époque à laquelle j'ai appartenu.

»Le respect que je dois à ceux de qui j'ai reçu le jour ne me défend

pas non plus de dire que toute ma jeunesse a été conduite vers une

profession pour laquelle je n'étais pas né.

»Au reste, je ne puis mieux faire que de m'en rapporter, sur ce point

comme sur tout autre, à l'indulgence et l'équité de l'Église et de son

vénérable chef.

»Je suis avec respect, très Saint-Père, de Votre Sainteté le très

humble et très obéissant fils et serviteur.

»CHARLES-MAURICE, prince DE TALLEYRAND.

»Fait le 10 mars 1838. Signé à Paris le 17 mai 1838.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 199 / 313 题