«Très Saint-Père,
»La jeune et pieuse enfant qui entoure ma vieillesse des soins les
plus touchants et les plus tendres vient de me faire connaître les
expressions de bienveillance dont Votre Sainteté a daigné se servir à
mon égard, en m'annonçant avec quelle joie elle attend les objets
bénis qu'elle a bien voulu lui destiner: j'en suis pénétré comme au
jour où monseigneur l'archevêque de Paris me les rapporta pour la
première fois.
»Avant d'être affaibli par la maladie grave dont je suis atteint, je
désire, très Saint-Père, vous exprimer toute ma reconnaissance et en
même temps mes sentiments. J'ose espérer que non seulement Votre
Sainteté les accueillera favorablement, mais qu'elle daignera
apprécier dans sa justice toutes les circonstances qui ont dirigé mes
actions. Des _Mémoires_ achevés depuis longtemps, mais qui, selon mes
volontés, ne devront paraître que trente ans après ma mort,
expliqueront à la postérité ma conduite pendant la tourmente
révolutionnaire. Je me bornerai aujourd'hui, pour ne pas fatiguer le
Saint-Père, à appeler son attention sur l'égarement général de
l'époque à laquelle j'ai appartenu.
»Le respect que je dois à ceux de qui j'ai reçu le jour ne me défend
pas non plus de dire que toute ma jeunesse a été conduite vers une
profession pour laquelle je n'étais pas né.
»Au reste, je ne puis mieux faire que de m'en rapporter, sur ce point
comme sur tout autre, à l'indulgence et l'équité de l'Église et de son
vénérable chef.
»Je suis avec respect, très Saint-Père, de Votre Sainteté le très
humble et très obéissant fils et serviteur.
»CHARLES-MAURICE, prince DE TALLEYRAND.
»Fait le 10 mars 1838. Signé à Paris le 17 mai 1838.»