LE COMTE DE RIGNY AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 23 juin 1834.

»Mon prince,

»Sainte-Aulaire mande qu'il y a eu grand bruit à Vienne au sujet de

l'escadre anglaise qui a paru dans l'Archipel. Pozzo en était très

préoccupé, et je me suis tué à lui faire considérer ce mouvement sous

son véritable point de vue: une promenade navale qu'un nouvel amiral

s'est cru en droit et en devoir de faire sans but politique. Je

suppose du moins que c'est cela.

»Les affaires de Suisse se compliquent. Rumigny[238] n'est pas

toujours adroit. Le ministre de Sardaigne me disait hier que son

cabinet se déclarant satisfait du langage de la députation, tout

tombait de soi-même, lorsqu'une nouvelle note est venue raviver la

question[239].

»Nous écrivons en Égypte qu'on se décide à remplir les engagements

contractés envers la Porte, et d'ôter là tout prétexte. Tout ce bruit

aboutira à donner aux Russes un prétexte de rester armés dans la

mer Noire et à nous tenir ainsi en échec de ce côté.

»Nos élections sont très bien. Sur cent trente nominations connues à

cette heure, l'opposition en a perdu vingt-quatre remplacées

convenablement. Nous aurons deux légitimistes à Marseille[240].»

[238] Le comte de Rumigny, alors ministre de France en Suisse.

[239] Une députation suisse s'était rendue auprès du roi de

Sardaigne, au cours d'un voyage que ce prince faisait en Savoie,

pour lui témoigner les regrets du gouvernement suisse de

l'échauffourée du mois de février (Voir page 392, note). Le roi

l'avait fort bien accueillie, ce qui n'empêcha pas le cabinet de

Turin d'adresser le 20 juin une note au directoire, pour se

plaindre de l'insuffisance des mesures de police qu'il avait

prises.

[240] Élections générales du 22 juin. L'opposition républicaine

en sortit considérablement diminuée. Par contre, le parti

légitimiste obtint une vingtaine de sièges.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 179 / 313 题