MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Neuilly, le 23 mai 1834.

»Qui croirait, mon cher prince, que le roi Léopold n'ayant que

quarante-trois ans et une femme jeune et en parfaite santé, se laisse

entraîner par l'amertume que lui cause la perte de son enfant à

vouloir seul et de lui-même assurer sa succession au trône de Belgique

à ses neveux, ce à quoi il n'avait pas pensé au moment de son mariage,

ni avant, et certes il y avait moins de motifs de le faire à présent

qu'avant la naissance du cher petit que nous pleurons. Notre

Louise a prouvé qu'elle pouvait avoir des enfants et à vingt-trois

ans, fraîche et bien portante comme elle l'est, il est probable

qu'elle en aura d'autres. Vous ne serez pas surpris que notre roi lui

fasse sentir, par la lettre dont je vous envoie copie, d'abord qu'il

ne peut _seul_ et de _lui-même_ prendre une résolution de cette nature

et de cette importance, sans se concerter d'avance avec l'Angleterre

et la France, et que nous ne pouvons consentir à laisser germaniser la

Belgique ni à la laisser affubler d'une série d'agnats comme ceux du

Luxembourg qui nous ont déjà causé tant d'embarras et de difficultés;

ce que, mon cher prince, vous savez mieux que tout autre. Notre roi

pense qu'il est utile et nécessaire que vous soyez au fait de cette

affaire pour, si on y donne suite en Angleterre et que vous en

entendiez parler, prévenir dans votre sagesse les dangers et

difficultés qui en pourraient résulter pour la paix générale, en les

faisant envisager en Angleterre dans toute leur étendue. Nous nous en

remettons pour cela à votre esprit si juste et à votre zèle pour le

bien de la France.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 165 / 313 题