«Le jeudi 1er mai 1834.
»Mon prince,
»Je vous écris quelques mots au milieu des embarras du 1er mai. Goblet
est rappelé. La note de M. de Mérode[215] est ferme. Bresson a pris à
Berlin le ton un peu haut sur cette affaire et il a bien fait. Je
crois que la faute du roi Léopold a été de ne pas répondre à une
lettre particulière du roi de Prusse avant d'expédier Goblet. J'ai
communiqué à lord Granville la teneur de cette lettre.
Le maréchal Maison me donne aujourd'hui des explications sur des
préparatifs dans la mer Noire que notre consul à Odessa aurait
annoncés et qui n'existent pas. M. Bligh ayant pu transmettre, sur la
même foi, de semblables renseignements à Londres, il sera
peut-être bon que lord Palmerston soit averti de leur exagération.
»La Suisse prend des mesures contre ses réfugiés. Vous avez lu dans
les _Débats_ la proclamation de la police de Berne: c'est une idée que
j'avais suggérée là-bas. Je pense qu'aujourd'hui les légations
étrangères sont bien attrapées d'être reléguées à Zurich.
»Nos journaux commencent à jaser sur le traité. La diplomatie ne nous
en parle pas encore, mais je sais qu'elle est en émoi; le parti
carliste, surtout, en trépigne...
»Sauf la défaite de Quesada, les nouvelles de Barcelone, Valence,
Murcie, sont très bonnes. Le statut royal y a partout grand succès. La
_Gazette de Madrid_ du 23 annonce l'envoi réciproque et la réception
de ministres accrédités entre Madrid et Lisbonne: voilà la
reconnaissance formelle.
»Don Carlos a encore été serré de près une seconde fois et perdu de
nouveau quelques équipages.
»M. Sontag[216] revient déjà de Bruxelles où se rend M.
Périer[217]...»
[215] Le comte Félix de Mérode, alors ministre des affaires
étrangères.
[216] Second secrétaire d'ambassade à Londres.
[217] Auguste-Casimir-Victor-Laurent Périer, fils de M. Périer,
alors secrétaire de légation à Bruxelles.