No 3.--_Joint au billet précédent._

«En conséquence de cet accord, Leurs Majestés les régents se sont

adressés à Leurs Majestés le roi des français et le roi de la

Grande-Bretagne, et Leurs dites Majestés, prenant en considération

l'intérêt qu'elles doivent toujours prendre à la sûreté de la

monarchie espagnole, et étant de plus animées du vif désir de

contribuer à l'établissement de la paix dans la péninsule, comme dans

toutes les autres parties de l'Europe; et Sa Majesté le roi de la

Grande-Bretagne, considérant en outre les engagements provenant de son

ancienne alliance avec le Portugal, Leurs Majestés ont consenti à

devenir parties dans l'engagement proposé.»

No 4.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON.

«Hanover-Square, le 19 avril 1834, neuf heures du soir.

»Dear lord Palmerston,

»Je viens de lire avec beaucoup de soin votre nouveau projet. Puisque

vous persistez à ne pas vouloir de la rédaction du cabinet français

pour la dernière partie du préambule, je me soumets à votre manière de

voir sur ce point.

»Quant à l'article VI, je le trouve d'abord mal placé, il devrait

venir à la suite de l'article III et former par conséquent l'article

IV du traité, attendu que les articles IV et V de votre projet ne sont

qu'accessoires; il est d'ailleurs logique et de bonne rédaction

de traité que les articles d'action précèdent ceux qui ne sont que la

conséquence.

»J'ai une autre observation à vous faire sur le même article VI, et à

l'égard de laquelle il vous sera facile de me satisfaire, car ce ne

sont que quelques mots à effacer. Je vous demande donc de supprimer

les mots: _lorsqu'il sera invité par elles à le faire_, et de finir

simplement par les mots: _tel secours qui sera déterminé d'un commun

accord; entre lui et ses augustes alliés_.--La suppression que je vous

demande ici est grammaticale, car dans la rédaction première il y a

redondance, et d'ailleurs cela entre dans l'esprit de toute la

rédaction où la même idée est déjà établie.

»Si vous adoptez mes très légères modifications, indiquez moi l'heure

à laquelle vous voulez signer demain, je serai à vos ordres, car alors

je prendrai sur moi de n'en pas référer à mon cabinet.

»Tout à vous.»

No 5.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Stanhope-Street, le 19 avril 1834, onze heures du soir.

»Mon cher prince,

»J'adopte très volontiers la transposition que vous proposez de

l'article VI, et je trouve avec vous que ce changement est une

amélioration sous tous les rapports.

»Quant à la suppression des derniers mots de cet article, je dois vous

prier de faire la part de nos susceptibilités, comme nous l'avons

faite aux vôtres. Je conviens avec vous que ces paroles n'ajoutent

rien de fort essentiel au sens de l'article et que ce qu'elles

contiennent se trouve déjà exprimé par ce qui précède; mais, _nous_ y

tenons _beaucoup_, et quand je dis _nous_, je veux dire

_plusieurs_ personnes. Souvenez-vous qu'il s'agit dans le traité

uniquement d'une intervention armée dans les affaires du _Portugal_,

et que nous avons des préjugés sur ce point-là.

»Quant à nous-mêmes, non seulement nous n'y sommes pas intervenus sans

y être spécialement invités, mais nous n'avons pas accepté

l'invitation qui nous a été faite. Ne trouvez donc pas mauvais que

nous nous montrions un petit peu doctrinaires à ce sujet.

»Je m'occupais, à l'instant que votre billet est arrivé, à rendre

compte au roi des changements dont je vous croyais satisfait et pour

lesquels il me faut sa sanction; mais maintenant, il faut que

j'attende votre réponse à ce billet, et, par conséquent je ne pourrai

expédier mon courrier à Windsor que demain. Voilà encore une autre

journée de perdue. Contentez-vous, je vous en prie, mon prince, des

grands changements que vous avez faits dans ce projet, qui maintenant

doit être considéré plutôt comme votre enfant que le mien.

»Tout à vous.

No 6.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON.

»Hanover-Square: 20 avril 1834, huit heures du matin.

»Dear lord Palmerston,

»Nous voilà d'accord sur tous les points, excepté sur ce retranchement

de trois mots que notre amour-propre vous demande. Il ma semble que le

vôtre ne peut pas être engagé dans cette question, parce qu'il reste

évident que, même sans ces trois mots, nous ne pouvons rien faire dans

les affaires de la péninsule que de concert avec vous et les deux

autres puissances. La répétition de la même idée dans le même

article ne pourrait donc exprimer que de la méfiance. C'est ce que

nous devons éviter dans l'intérêt de nos deux pays et dans la

situation de nos deux gouvernements l'un vis-à-vis de l'autre. La

moindre trace de méfiance dans notre traité serait plus dangereuse par

ses conséquences que par le fait même, car, lorsqu'il sera public, les

hommes de l'opposition chez vous et chez nous ne manqueraient pas de

s'en emparer, et certainement au détriment de l'union intime qu'il est

si utile de ménager. Ne voyez donc dans mon insistance que le désir

d'être conséquent avec notre point de départ. Votre bon esprit

comprendra cela, arrangera toutes choses de manière à ce que votre

premier billet me dise à quelle heure je dois aller signer chez vous.

Je suis presque embarrassé des vétilles auxquelles, par mes

instructions, je suis obligé d'attacher de l'importance.

«Tout à vous.»

No 7.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Stanhope-Street, 20 avril 1834.

»Mon cher prince,

»Ma foi, vous êtes bien difficile à contenter! Je conviens cependant

avec vous que nous manquerions un but principal de notre traité, si,

au lieu de constater union et confiance, nous devions proclamer

défiance et soupçon. J'ai donc tâché[203] de rédiger l'article IV de

manière à satisfaire toutes les parties. Dites-moi si j'ai réussi

quant à vous.

»Vous me proposez de venir signer aujourd'hui, comme si préparer un

traité était chose aussi simple qu'écrire une lettre. Mais il faut que

je soumette tous vos changements à la sanction du roi qui est à

Windsor. Et, après cela, il faut obtenir le concours des ministres

d'Espagne et de Portugal, et les introduire dans le texte espagnol et

portugais. Voilà bien de la besogne.

»Tout à vous.»

[203] Comparer cette deuxième rédaction qui fut définitive (p.

386) avec le projet primitif de lord Palmerston (p. 476).

No 8.--LE PRINCE DE TALLEYRAND A LORD PALMERSTON.

«Hanover-Square, 20 avril 1834, deux heures après midi.

»Dear lord Palmerston.

»Quelque difficile que je sois, je vous rends les armes, et je me

borne pour cette fois à une observation toute grammaticale. Ne

trouvez-vous pas que l'article serait exprimé en meilleur français, en

ne suspendant pas le sens par un membre de phrase incident et inutile.

Je crois donc que nous devrions rayer les mots: _par les hautes

parties contractantes_, qui viennent couper la première partie de

l'article et en obscurcissent le sens. M. de Voltaire disait que de

tous les changements que ses amis lui proposaient de faire à ses

ouvrages, celui dont il ne s'était jamais repenti c'était d'effacer.

Vous m'appellerez quand vous voudrez de moi.

»Tout à vous.»

No 9.--LORD PALMERSTON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Stanhope-Street, 20 avril 1834.

»Mon cher prince,

»Je suis bien fâché, mais je ne puis pas aller plus loin à votre

rencontre. Le changement que vous me proposez embellirait

peut-être le style, mais nuirait au sens. Le mot de Voltaire est vrai

quant aux livres, mais je crois que, quant aux traités, le contraire

doit plutôt s'affirmer, et qu'on pourrait bien dire que maintes

disputes entre États n'auraient jamais eu lieu, si les traités avaient

été rédigés avec plus de soin et de développement. Puis-je envoyer cet

article tel qu'il est pour l'approbation du roi? Mandez-moi un _oui_

et vite, car vraiment le temps presse.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 154 / 313 题