«Paris, le 30 décembre 1833.
»Mon prince,
»D'après votre désir, je vous adresse un projet de traité[152]. C'est
une simple ébauche sur laquelle le roi vous demande votre avis. Je me
suis efforcé de rédiger d'après vos propres idées; c'est pour lui
donner la plus grande généralité possible et laisser soupçonner
derrière tout ce qu'on voudra que je l'ai réduit à un préambule et à
un article, l'article n'énonçant autre chose que le simple fait de
l'alliance défensive, et renvoyant, par conséquent, tous les moyens
d'exécution à une convention spéciale à conclure, le cas échéant. Il
m'a paru, d'autre part, qu'il serait impossible que cet article unique
n'eût pas pour résultat sur les imaginations de leur faire supposer un
grand nombre d'articles secrets, et d'une autre part, il m'a paru que
ne liant le gouvernement anglais qu'au fond même de la mesure, et lui
laissant pleine liberté sur tout le reste, il devait faciliter
l'admission du principe. En réduisant le traité à son effet moral, il
écarte, en grande partie, les objections qu'on peut nous opposer.
»J'ai fondé le préambule, comme vous le désiriez, sur le _statu quo_;
mais j'ai pensé que ce _statu quo_ devait avoir pour nom de baptême
_la foi des traités_. Il serait très impopulaire, en France, de
s'engager ostensiblement à renoncer aux départements que nous
avons perdus; mais il n'y a personne assez hardi pour venir dire qu'il
faut violer, voire même qu'il ne faut pas respecter la foi des
traités. Le reste du préambule est, ce me semble, d'un ton conciliant
et irréprochable de la part des puissances étrangères.
»L'article séparé n'est qu'un moyen de négociation avec le
gouvernement anglais. Nous ne désirons point qu'il soit inséré dans le
traité; mais, dans le cas où le gouvernement anglais désirerait nous
engager un peu sur la question d'Orient, dans le cas où il mettrait
son consentement au prix d'un engagement éventuel, en cas que les
Russes revinssent à Constantinople, nous ne verrions pas
d'inconvénient à l'article ainsi rédigé qui ménage une grande liberté
aux deux parties, et qui, pour le ton, rentre dans le caractère même
du traité défensif. Au demeurant, je vous le répète, ceci n'est qu'une
ébauche sur laquelle nous vous demandons conseil...»
[152] Ce projet stipulait purement et simplement une alliance
défensive. Il ajoutait que les deux parties s'engageaient à se
concerter dans toutes les occasions où le repos de l'Europe et
l'indépendance des États qui la composent leur paraîtraient
compromis.