LE DUC DE BROGLIE AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 13 mai 1833.

»Mon prince,

»Il n'est bruit ici que de la magnificence de vos fêtes. Le roi est

transporté de joie de l'accueil que l'on fait en Angleterre à M. le

duc d'Orléans[87], et il vous attribue avec raison la plus grande

partie de cette bonne volonté universelle. J'en suis, pour ma part,

d'autant plus réjoui, que cela répond aux bruits que nos ambassadeurs

ici s'efforcent souvent de répandre d'un refroidissement entre la

France et l'Angleterre.

»Ce qui y répond encore mieux, ce sont les instructions de lord

Ponsonby, que M. Aston m'a communiquées ce matin, et celles données

par l'amirauté à sir Pultney Malcolm. Ces instructions sont, à très

peu de chose près, conformes aux nôtres, et je vois que nous

allons commencer à marcher du même pied en Orient. J'attends avec

impatience à toute minute les nouvelles d'Alexandrie, que le

télégraphe m'a annoncées; j'espère qu'elles nous apportent la

conclusion de l'affaire de ce côté. Reste à faire déguerpir les

Russes.

»Si vous pouvez terminer honorablement et utilement l'affaire de la

convention provisoire avec la Hollande, vous rendrez grand service au

roi des Belges, qui ne sait plus où donner de la tête. En tout cas,

nous sommes prêts à aller aussi loin qu'on le voudra dans les mesures

coercitives. Les Chambres sont disposées à patienter, si cela est

nécessaire, et à nous approuver de tout ce que nous ferons

d'énergique. Les choses vont au mieux à l'intérieur, et jamais la

prospérité n'a repris avec un tel degré de rapidité. La tranquillité

se rétablit partout. Si rien ne nous trouble de l'extérieur, il ne

restera plus trace, dans un an, de l'agitation causée par la

révolution de Juillet.

»Vous verrez dans le _Moniteur_ de demain tout le détail des

déclarations de Madame la duchesse de Berry; cela finit d'une manière

un peu burlesque et moins honteuse qu'il n'était permis de

l'espérer[88]...»

[87] Le duc d'Orléans est arrivé et j'ai dîné avec lui hier chez

Talleyrand. Il est merveilleusement embelli depuis que je l'ai vu

à Paris en 1830. Déjà alors il était très bien, mais, depuis, il

est devenu un homme et un très joli garçon, et il a les manières

et le maintien qui conviennent à son rang, il a vraiment une

excellente mine de prince héritier, et d'après la conversation

que j'ai eue avec lui, son intelligence m'a paru s'être

développée aussi bien que sa personne...» (_Lord Palmerston à Sir

William Temple, 7 mai 1833_, op. cit.).

[88] La duchesse de Berry venait de déclarer qu'elle était mariée

au comte de Luchesi-Palli.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 5 · 第 90 / 313 题