«Paris, le 21 janvier 1833.
»Mon prince,
»J'ai peu de chose à ajouter à la dépêche officielle que je vous
adresse. Je me suis entretenu à cœur ouvert avec lord Granville sur
le contenu de cette dépêche. Ce qui va arriver en Orient, personne ne
peut le dire; mais les événements ne nous ont point pris au dépourvu,
puisque des propositions raisonnables et trouvées telles par toutes
les personnes douées de quelque sens dans l'intérieur du Divan ont
été obtenues de Méhémet-Ali par notre consul et transmises à
Constantinople par notre chargé d'affaires, et puisque c'est sur ces
propositions qu'on négocie en ce moment[59]. Il importe de bien
avertir lord Palmerston qu'il ne se fie en rien à Namick Pacha; c'est
un très petit intrigant, envoyé non par la Porte, mais par le Sérail,
ce qui ne peut être bon à rien. C'est à Constantinople qu'il faut agir
maintenant. Je crois que les intérêts du gouvernement anglais sur ce
point sont identiques au nôtre et que le temps presse. J'ai tout lieu
de croire que si nos deux gouvernements s'entendent bien, l'Autriche
finira par se réunir à nous contre l'agrandissement éventuel de
la Russie.
»C'est là l'œuvre que vous avez tentée au congrès de Vienne et que
les Cent-jours sont venus déranger. C'est à vous qu'il appartient de
l'achever...»
[59] Méhémet-Ali avait fait parvenir au sultan ses propositions
au commencement de janvier. Il offrait de traiter sur les bases
suivantes:
Cession par la Porte des pachaliks de la Syrie moyennant tribut,
ainsi que du district d'Adana.
Modification dans le lien qui rattachait l'Égypte à la Porte, de
façon à placer le pacha d'Égypte dans la situation des anciens
deys d'Alger.